du1er au 24 fĂ©vrier 2018 CLAUDE GILLI Symbole universel de la vie et du sentiment amoureux dans l’imaginaire populaire, le cƓur possĂšde une force visuelle et Ă©motionnelle unique. Dans la sĂ©rie des « Feux de l’amour », Claude Gilli le dĂ©cline sous la forme de compositions en relief, brillantes et lisses, aux couleurs intenses. Jeux MUSEE DES BEAUX-ARTS DE DOLE, CL. C-H BERNARDO SĂ©ries d'Ă©tĂ© L'affaire Gabrielle Russier, l'amour hors la loi PubliĂ© le 31 juillet 2020 Ă  18h00 - Mis Ă  jour le 02 aoĂ»t 2020 Ă  18h46 RĂ©servĂ© Ă  nos abonnĂ©s EnquĂȘte L’affaire Gabrielle Russier, l’amour hors la loi » 66. La France du tournant des annĂ©es 1960-1970 se dĂ©chire aprĂšs le suicide de cette enseignante condamnĂ©e pour avoir eu une relation amoureuse avec l’un de ses Ă©lĂšves. Dans l’une de ses farces tragiques, Ionesco raconte les tourments d’un couple aux prises avec le cadavre d’on ne sait qui. Ce corps encombre leur logement et grandit d’heure en heure. Comment s’en dĂ©barrasser ? Je songe Ă  l’étroit cercueil de Gabrielle Russier. Lui aussi s’est mis Ă  grandir de jour en jour, jusqu’à atteindre la place VendĂŽme et mĂȘme l’ElysĂ©e. Et il me semble – comment s’en dĂ©barrasser ? – que chacun cherche Ă  repasser Ă  un autre cet insupportable fardeau. » La tribune, signĂ©e de l’écrivain Gilbert Cesbron, est publiĂ©e dans Le Monde du 6 octobre 1969. Les mots d’un poĂšte communiste, chantre de la rĂ©sistance et de la libertĂ©, disent la compassion du prĂ©sident Pompidou Deux semaines plus tĂŽt, le 22 septembre, dans la salle des fĂȘtes de l’ElysĂ©e, oĂč se tenait la deuxiĂšme confĂ©rence de presse de Georges Pompidou, le journaliste de Radio Monte Carlo, Jean-Michel Royer, s’était levĂ© pour la derniĂšre question Monsieur le prĂ©sident, je voudrais vous faire sortir carrĂ©ment de l’épure et vous interroger sur un fait divers. A Marseille, une femme, un professeur, 32 ans, est condamnĂ©e pour dĂ©tournement de mineur. Elle se suicide. Vous-mĂȘme qu’avez-vous pensĂ© de ce fait divers qui pose, je crois, des problĂšmes de fond ? » Le silence qui suit dure dix longues secondes. Le prĂ©sident a un Ă©trange sourire, regarde Ă  droite, puis Ă  gauche. Appuie son menton sur ses deux mains. Semble hĂ©siter. Ouvre la bouche. Ne dit rien. Ecarte ses mains, les croise, les noue. Et rĂ©pond enfin – Je ne vous dirai pas tout ce que j’ai pensĂ© sur cette affaire
 Nouveau silence de cinq secondes. – Ni mĂȘme
 Ce que j’ai fait
 Passent encore cinq secondes. – Quant Ă  ce que j’ai ressenti
 Comme beaucoup
 Eh bien
 Passent sept secondes. – “Comprenne qui voudra, Moi mon remords ce fut, La victime raisonnable Au regard d’enfant perdue, Celle qui ressemble aux morts, Qui sont morts pour ĂȘtre aimĂ©s.” C’est de l’Eluard. Merci Mesdames et Messieurs. Moment d’anthologie politique. Georges Pompidou a tronquĂ© quelques vers du poĂšme Ă©crit en 1944 par le tĂ©moin impuissant de l’humiliation publique imposĂ©e Ă  celles dont on tondait les cheveux Ă  la LibĂ©ration pour les punir de leurs relations avec l’ennemi allemand. Les mots d’un poĂšte communiste, chantre de la rĂ©sistance et de la libertĂ©, disent la compassion que le prĂ©sident, Ă©lu par une majoritĂ© conservatrice encore tout imprĂ©gnĂ©e de l’effroi de Mai 68, ne peut lui-mĂȘme exprimer. Il vous reste de cet article Ă  lire. La suite est rĂ©servĂ©e aux abonnĂ©s.
Lamour au coeur du pouvoir, raconte comment le couple a traversĂ© les Ă©preuves de la calomnie, puis les annĂ©es Ă  l'ÉlysĂ©e, oĂč Claude a
A Georges et Claude POMPIDOU 
Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris » I. Seigneur JĂ©sus, Ă  la fin de ce livre que je T’offre comme un ciboire de souffrances Au commencement de la Grande AnnĂ©e, au soleil de Ta paix sur les toits neigeux de Paris - Mais je sais bien que le sang de mes frĂšres rougira de nouveau l’Orient jaune, sur les bords de l’OcĂ©an Pacifique que violent tempĂȘtes et haines Je sais bien que ce sang est la libation printaniĂšre dont les Grands Publicains depuis septante annĂ©es engraissent les terres d’Empire Seigneur, au pied de cette croix – et ce n’est plus Toi l’arbre de douleur, mais au-dessus de l’Ancien et du Nouveau Monde l’Afrique crucifiĂ©e Et son bras droit s’étend sur mon pays, et son cĂŽtĂ© gauche ombre l’AmĂ©rique Et son cƓur est HaĂŻti cher, HaĂŻti qui osa proclamer l’Homme en face du Tyran Au pied de mon Afrique crucifiĂ©e depuis quatre cents ans et pourtant respirante Laisse-moi Te dire Seigneur, sa priĂšre de paix et de pardon. II. Seigneur Dieu, pardonne Ă  l’Europe blanche ! Et il est vrai, Seigneur, que pendant quatre siĂšcles de lumiĂšres elle a jetĂ© la bave et les abois de ses molosses sur mes terres Et les chrĂ©tiens, abjurant Ta lumiĂšre et la mansuĂ©tude de Ton cƓur On Ă©clairĂ© leurs bivouacs avec mes parchemins, torturĂ© mes talbĂ©s, dĂ©portĂ© mes docteurs et mes maĂźtres-de-science. Leur poudre a croulĂ© dans l’éclair la fiertĂ© des tatas et des collines Et leurs boulets ont traversĂ© les reins d’empires vastes comme le jour clair, de la Corne de l’Occident jusqu’à l’Horizon oriental Et comme des terrains de chasse, ils ont incendiĂ© les bois intangibles, tirant AncĂȘtres et gĂ©nies par leur barbe paisible. Et ils ont fait de leur mystĂšre la distraction dominicale de bourgeois somnambules. Seigneur, pardonne Ă  ceux qui ont fait des Askia des maquisards, de mes princes des adjudants De mes domestiques des boys et de mes paysans des salariĂ©s, de mon peuple un peuple de prolĂ©taires. Car il faut bien que Tu pardonnes Ă  ceux qui ont donnĂ© la chasse Ă  mes enfants comme Ă  des Ă©lĂ©phants sauvages. Et ils les ont dressĂ©s Ă  coups de chicotte, et ils ont fait d’eux les mains noires de ceux dont les mains Ă©taient blanches. Car il faut bien que Tu oublies ceux qui ont exportĂ© dix millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires Qui en ont supprimĂ© deux cents millions. Et ils m’ont fait une vieillesse solitaire parmi la forĂȘt de mes nuits et la savane de mes jours. Seigneur la glace de mes yeux s’embue Et voilĂ  que le serpent de la haine lĂšve la tĂȘte dans mon cƓur, ce serpent que j’avais cru mort
 III. Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singuliĂšrement pour la France. Seigneur, parmi les nations blanches, place la France Ă  la droite du PĂšre. Oh ! je sais bien qu’elle aussi est l’Europe, qu’elle m’a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des boeufs, pour engraisser ses terre Ă  cannes et coton, car la sueur nĂšgre est fumier. Qu’elle aussi a portĂ© la mort et le canon dans mes villages bleus, qu’elle a dressĂ© les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os Qu’elle a traitĂ© les rĂ©sistants de bandits, et crachĂ© sur les tĂȘtes-aux-vastes-desseins. Oui, Seigneur, pardonne Ă  la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques Qui m’invite Ă  sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlĂšve la moitiĂ©. Oui Seigneur, pardonne Ă  la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement Qui ouvre des voies triomphales aux hĂ©ros et traite ses SĂ©nĂ©galais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire Qui est la RĂ©publique et livre les pays aux Grands-Concessionnaires Et de ma MĂ©sopotamie, de mon Congo, ils ont fait un grand cimetiĂšre sous le soleil blanc. IV. Ah ! Seigneur, Ă©loigne de ma mĂ©moire la France qui n’est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine – mais je peux bien haĂŻr le Mal Car j’ai une grande faiblesse pour la France. BĂ©nis de peuple garrottĂ© qui par deux fois sut libĂ©rer ses mains et osa proclamer l’avĂšnement des pauvres Ă  la royautĂ© Qui fit des esclaves du jour des hommes libres Ă©gaux fraternels BĂ©nis ce peuple qui m’a apportĂ© Ta Bonne Nouvelle, Seigneur, et ouvert mes paupiĂšres lourdes Ă  la lumiĂšre de la foi. Il a ouvert mon cƓur Ă  la connaissance du monde, me montrant l’arc-en-ciel des visages neufs de mes frĂšres. Je vous salue mes frĂšres toi Mohamed Ben Abdallah, toi Razafymahatratra, et puis toi lĂ -bas Pham-Manh-Tuong, vous des mers pacifiques et vous des forĂȘts enchantĂ©es Je vous salue tous d’une cƓur catholique. Ah ! je sais bien que plus d’un de Tes messagers a traquĂ© mes prĂȘtres comme gibier et fait un grand carnage d’images pieuses. Et pourtant on aurait pu s’arranger, car elles furent, ces images, de la terre Ă  Ton ciel l’échelle de Jacob La lampe au beurre clair qui permet d’attendre l’aube, les Ă©toiles qui prĂ©figurent le soleil. Je sais que nombre de Tes missionnaires ont bĂ©ni les armes de la violence et pactisĂ© avec l’or des banquiers Mais il faut qu’il y ait des traĂźtres et des imbĂ©ciles. V. O bĂ©nis ce peuple, Seigneur, qui cherche son propre visage sous le masque et a peine Ă  le reconnaĂźtre Qui Te cherche parmi le froid, parmi la faim qui lui rongent os et entrailles Et la fiancĂ©e pleure sa viduitĂ©, et le jeune homme voit sa jeunesse cambriolĂ©e Et la femme lamente oh ! l’Ɠil absent de son mari, et la mĂšre cherche le rĂȘve de son enfant dans les gravats. O bĂ©nis ce peuple qui rompt ses liens, bĂ©nis ce peuple aux abois qui fait front Ă  la meute boulimique des puissants et des tortionnaires. Et avec lui tous les peuples d’Europe, tous les peuples d’Asie tous les peuples d’Afrique et tous les peuples d’AmĂ©rique Qui suent sang et souffrances. Et au milieu de ces millions de vagues, vois les tĂȘtes houleuses de mon peuple. Et donne Ă  leurs mains chaudes qu’elles enlacent la terre d’une ceinture de mains fraternelles. DESSOUS L’ARC-EN-CIEL DE TA PAIX. Paris, janvier 1945 LĂ©opold SĂ©dar Senghor Paix Retrouvezl'elan du coeur et des millions de livres en stock sur Amazon.fr. Achetez neuf ou d'occasion . Choisir vos prĂ©fĂ©rences en matiĂšre de cookies. Nous utilisons des cookies et des outils similaires qui sont nĂ©cessaires pour vous permettre d'effectuer des achats, pour amĂ©liorer votre expĂ©rience d'achat et fournir nos services, comme dĂ©taillĂ© dans notre Avis sur les IMAGES CRÉATIVESCollectionsProjet MontrezNousCreative InsightsPHOTOS D’ACTUALITÉSVIDÉOSBBC Motion GalleryNBC News ArchivesMUSIQUEBLOGTARIFICATIONENTREPRISEPremium AccessCustom contentMedia ManagerVisualGPS InsightsNOUVEAUVotre compteVue gĂ©nĂ©raleHistorique de tĂ©lĂ©chargementsHistorique des achatsFacturesFERMER LA SESSIONTableaux rĂ©cents{{ }}{{ }}Afficher tous les tableauxAfficher toutes les sĂ©riesCrĂ©er un nouveau tableauLes tableaux sont le meilleur endroit pour sauvegarder des images et des vidĂ©os. 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Saisir la complexitĂ© de la Terre c’était bien, mais trop peu si l’action ne suivait pas.
Les diffĂ©rents services, mouvements et associations du diocĂšse travaillent de concert Ă  l’animation festive de cette journĂ©e. Ce sont 60 stands qui sont en prĂ©paration ! OrganisĂ©s en 4 villages autour de la Parole de Dieu. Village Grandir de tout cƓur » Bonne humeur et Ă©clats de rire garantis pour relever en famille des dĂ©fis. Chacun de nos petits pas permet de grandir, en taille, en sagesse, en amour
 Avec sainte Bernadette vous pourrez mesurer que grandir est source de bonheur et de joie Ă  partager. Village CƓur en joie » Dans les pas de SƓur Emmanuelle, exprimez votre joie de vivre ! Venez chanter, jouer, vous dĂ©guiser ou encore goĂ»ter la joie qui est en vous. Nous vous attendons tous en famille pour unir nos cƓurs au cri de joie de SƓur Emmanuelle Yalla !! Village CƓur en paix » Avec Martin Luther King faisons un rĂȘve que la paix soit au cƓur de nos vies ! Venez vous dĂ©tendre au calme, expĂ©rimenter un moment de paix, mais aussi Ă©crire sur les murs, construire, rire, chanter, tout chambouler pour que le rĂȘve que nous faisons devienne rĂ©alitĂ© ! Village Au cƓur de la crĂ©ation » Avec saint François, embarquez dans l’arche de NoĂ© venez dĂ©couvrir la beautĂ© mais aussi la fragilitĂ© de notre monde, venez Ă©changer, jouer, crĂ©er, vous Ă©merveiller ! En famille, vous trouverez plein de bonnes idĂ©es pour vivre en harmonie avec la crĂ©ation ! DĂ©fi sportif RelĂšverez le dĂ©fi parcourir la plus grande distance possible sur la journĂ©e. On ne vous en dit pas plus pour l’instant
 sauf qu’un fauve voudra vous barrer le passage ! Autres animations A ces villages viennent s’ajouter des concerts sur la scĂšne centrale, avec Marie-Louise Valentin, Hugues Fantino et Georges Goudet, une tente de la priĂšre, sƓur Agathe viendra faire chanter les plus petits 3 sĂ©quences de chants gestuĂ©s, des gĂ©ants dĂ©ambuleront dans le village et pour les plus grands des confĂ©rences-tables rondes. Voir le programme
NĂ©le 29 novembre 1932 Ă  Paris, Jacques Chirac est lancĂ© en 1967 dans le grand bain du suffrage universel corrĂ©zien par Georges Pompidou, qui en fait un “jeune loup” et
Friday, March 23, 2012 Claude et Georges Pompidou lamour au coeur du pouvoir HASH E6454108EE7BC909C339093996C6EAF22B314BE6*Claude et Georges Pompidou lamour au coeur du pouvoir Posted by Chev Mizelle at 436 AM No comments Post a Comment Newer Post Older Post Home Subscribe to Post Comments Atom
LƓuvre de 2021 avait Ă©tĂ© annoncĂ©e en 2020 par un ultime dessin dans la derniĂšre salle de la grande exposition du Centre Georges Pompidou « Christo et Jeanne-Claude, Paris ! » qui retraçait la pĂ©riode parisienne du couple d’artistes (1958 - 1964), Ă©poque fondatrice oĂč il avait dĂ©fini les bases de son art. Ensuite il est parti s’implanter Ă  New-York, pour prĂ©parer des Alain Pompidou nous fait revivre la passion de ses parents pour l’art. Georges et Claude Pompidou formaient un couple pĂ©tri de culture classique mais en avance sur son temps. Leur insatiable curiositĂ© partagĂ©e, au-delĂ  de la disparition du PrĂ©sident, apparaĂźt donc doublement animĂ©e par l’amour de l’art. Un nouveau regard sur les Pompidou nourri par les tĂ©moignages inĂ©dits de Madeleine Malraux, MaĂŻa Paulin, Pierre Soulages
 Au dĂ©but des annĂ©es trente, au Quartier latin, une rencontre inattendue rĂ©unit Georges Pompidou et Claude Cahour. Ils se marient quelques annĂ©es plus tard et forment un couple uni partageant le goĂ»t de la littĂ©rature, de la musique, du cinĂ©ma. TrĂšs vite, ils frĂ©quentent les galeries d’art et les artistes contemporains. DĂšs 1948, les Pompidou – comme on les appelle avec affection – font l’acquisition de leur premiĂšre toile abstraite signĂ©e d’un peintre alors peu connu Youla Chapoval. Par la suite, au fil des rencontres, leur collection se construit en relation Ă©troite avec les crĂ©ateurs. En 1958, Claude offre Ă  son mari un Nicolas de StaĂ«l. En 1962, l’accrochage d’un Soulages dans le bureau du Premier ministre surprend. Quand, en 1969, Ă  l’ÉlysĂ©e, le PrĂ©sident et son Ă©pouse font appel Ă  Pierre Paulin et Ă  Yaacov Agam pour la rĂ©novation et la dĂ©coration de leurs appartements privĂ©s, force est de constater que l’art reprĂ©sente pour eux une raison de vivre. Que la crĂ©ation du Centre Pompidou viendra couronner. C’est cette fusion artistique, ce sens innĂ© des oeuvres capables d’entrer dans l’Histoire, leurs rapports avec les artistes qu’Alain Pompidou et CĂ©sar Armand dĂ©voilent dans cet ouvrage biographique et intime, riche de souvenirs, de tĂ©moignages et d’illustrations. À travers le rĂ©cit de leur fils, les souvenirs de l’épouse de Jean Coural, directeur du Mobilier national, de MaĂŻa Paulin, Pierre Soulages, Jack Lang et bien d’autres, ce livre rĂ©vĂšle le parcours initiatique autant qu’affectif d’un couple pas comme les autres, mu par une insatiable curiositĂ©. Alain Pompidou, fils de Claude et Georges Pompidou, passionnĂ© et collectionneur d’art, est professeur Ă©mĂ©rite de biologie mĂ©dicale XLIOX8211; il rĂ©alise ses propres brevets dans le champ du diagnostic. AprĂšs la publication de la correspondance de son pĂšre et d’un livre sur sa mĂšre, il consacre son temps aux archives familiales. INTERVIEW D’ALAIN POMPIDOU Histoire immĂ©diate" Claude et Georges Pompidou: l'amour au coeur du pouvoir (TV Episode 2011) Quotes on IMDb: Memorable quotes and exchanges from movies, TV series and more Menu . Movies. Release Calendar DVD & Blu-ray Releases Top 250 Movies Most Popular Movies Browse Movies by Genre Top Box Office Showtimes & Tickets In Theaters Coming Soon Movie PubliĂ© le mardi 31 janvier 2017 Ă  06h44 Le Centre Pompidou fĂȘte ses 40 ans. En 1977, c'Ă©tait l'anti-musĂ©e rĂ©volutionnaire. Retour sur ce lieu novateur Ă  travers huit anecdotes mĂ©connues. Voici toutes les choses que l'on oublie sur le Centre Pompidou, que seuls ceux qui Ă©taient vraiment lĂ  en 1977 peuvent raconter. Claude Mollard Ă©tait alors SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral du Centre National d'Art et de Culture, impliquĂ© dans la conception du projet dĂšs le dĂ©but, en 1969. Il livre ici quelques secrets de fabrication. Des Ă©crans gĂ©ants avant l'heureUn grand Ă©cran de tĂ©lĂ©vision qui allait clignoter sur la ville Ă©tait prĂ©vu sur la façade. Raison pour laquelle une large place, que l'on appelait la Piazza, se dĂ©ployait devant cet Ă©cran. Le projet avait 30 ans d'avance. Les Ă©quipes avaient travaillĂ© avec des AmĂ©ricains sur des systĂšmes de diodes, mais cela coĂ»tait trop cher. Finalement, on a abouti Ă  cette façade sur laquelle on voit les visiteurs monter, alors qu'eux, peuvent voir les diffĂ©rentes strates du centre. Le parvis est en pente parce que la machine est au service de la cultureLe bĂątiment n'occupe que la moitiĂ© de l'espace disponible pour sa construction. Il ne devait pas ĂȘtre trop haut, pour respecter certaines normes. Donc il a fallu creuser, pour atteindre la hauteur souhaitĂ©e par les architectes. Par ailleurs, Beaubourg Ă©tait un anti-musĂ©e, pas question mettre la culture au-dessus des gens. L'esprit du projet c'Ă©tait celui d'une maison pour tout le monde, donc il fallait laisser les gens descendre selon les lois de la gravitĂ© naturelle. Ensuite, la machine, les ascenseurs, ou les escalators, symboles du machinisme, permettent d'accĂ©der aux expositions. C’est une sublimation du rĂŽle de la machine, comme si elle Ă©tait au service de la culture. On Ă©tait Ă  la fin de l’architecture machiniste, la fin d’une architecture sans enveloppe. Du coup, le centre est un prototype qui n’a jamais Ă©tĂ© reproduit. Le premier visiteur Roberto Rossellini En mars 2017, le centre d'art La ferme du buisson, projettera le film de Robert Rosselini sur l'ouveture du Centre Beaubourg Le premier jour le centre accueille 40 000 personnes. La descente du parvis les surprend, et c'est la camĂ©ra de Roberto Rossellini qui les filme. Le cinĂ©aste italien tourne pendant 20 jours ce nouveau public. C’est son dernier film, il est mort quelques mois aprĂšs. Jacques Grandclaude a tournĂ© le making off de ce film. Le sculpteur Jean Tinguely Ă©tait en salopette dans l'entrĂ©e du centre, et construisait un automate pendant que le public dĂ©ambulait. Le film, jamais projetĂ©, va ĂȘtre prĂ©sentĂ© Ă  l'occasion des 40 ans de Beaubourg Ă  la Ferme du Buisson, Ă  Noisiel. Bleu, vert, rouge et jauneAvant d'ĂȘtre ce bĂątiment colorĂ©, Beaubourg, a failli avoir la couleur de la Tour Eiffel, mais cela a donnĂ© une maquette rose-rouille-marron clair, peu engageante. Renzo Piano et Richard Rodgers ont alors tentĂ© les couleurs du mĂ©tro suspendu, argentĂ©. LĂ , c'Ă©tait trop clinquant. Un jour Piano et Rodgers ont dit "Puisque c'est un bĂątiment dans l'esprit industriel, on va utiliser le code-couleur de l’industrie." Ce qui donna ceci Rouge pour tout ce qui est mĂ©canique et levage. Donc les escaliers et les ascenseurs sont peints en rouge. Bleu pour tout ce qui est l’air. Donc les grands tubes de ventilation sont bleus. Jaune pour tout ce qui est Ă©lectrique. Vert pour tout ce qui est circulation d’eau. Dans les tubes verts, notamment cĂŽtĂ© rue du Renard, il y a de l’eau. ValĂ©ry Giscard d'Estaing a dĂ©crĂ©tĂ© que le rouge et le bleu sur le toit pour le boyau de ventilation et pour le mĂ©canisme d’ascenseur qui dĂ©passaient lĂ©gĂšrement Ă©taient de trop. Le toit a donc Ă©tĂ© repeint en blanc. Le Centre Pompidou vu de la rue Beaubourg Le jour oĂč Chirac sauva le CentrePompidou voulait que le chantier aille vite car il se savait malade. Tous les marchĂ©s de charpentes mĂ©talliques ont donc Ă©tĂ© passĂ©s avant sa mort. C’était Krupp qui donnait cet acier moulĂ© des coursives, moins cher que les aciĂ©ristes français. En avril 1974, le parking sous le centre, le lieu de stockage des rĂ©serves, Ă©tait presque fini, l'acier pour les structures du bĂątiment, commandĂ©, et Georges Pompidou disparaissait. En mai, ValĂ©ry Giscard d'Estaing, qui lui succĂšde, envisage de mettre fin au projet. Jacques Chirac, premier ministre, menace de dĂ©missionner s'il touche au projet. Giscard s'incline et sacrifie plutĂŽt le Centre de Commerce International. Le jour oĂč JuppĂ© sous-estima fortement le CentreAlain JuppĂ© Ă©tait conseiller Ă  l'Inspection GĂ©nĂ©rale des finances. Il estima que le Centre ne recevrait pas plus de 7 000 visiteurs par jour, et non 20 000 comme l'imaginaient ses concepteurs. RatĂ© ! Aujourd'hui la jauge quotidienne du Centre est autour de 16 000 visiteurs. Une seule fois une femmeDepuis son ouverture, 11 personnes ont dirigĂ© le Centre, parmi lesquelles une seule femme HĂ©lĂšne Ahrweiler, une grande universitaire, spĂ©cialiste des Ă©tudes byzantines. Elle n'est restĂ©e que deux ans Ă  la tĂȘte de Beaubourg, atteinte par la limite d'Ăąge en 1991. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e sous la prĂ©sidence de François Mitterrand. Et maintenant, tous dans la chambre ! SchĂ©ma de l'Ircam et de ses installations souterraines. La chambre anĂ©choĂŻde est en jaune L' IRCAM existe dans l'enceinte du Centre car Georges Pompidou a convaincu Pierre Boulez de rentrer de son exil en Allemagne pour s'installer dans un lieu qui serait dĂ©diĂ© Ă  la musique contemporaine sous sa direction. À sa crĂ©ation, l'Ircam Ă©tait entiĂšrement souterrain. Parmi les studios, laboratoires et ateliers de l'Ircam, il y a une chambre anĂ©choĂŻde. C'est une salle d'expĂ©rimentation dont les parois absorbent les ondes sonores ou Ă©lectromagnĂ©tiques. Les ondes se retrouvent dans les conditions dites de champ libre et ne provoquent pas d'Ă©cho pouvant perturber les mesures. DĂ©sormais, l'Ircam est constituĂ© d'une tour signĂ©e Renzo Piano, d'un volume issue d'une ancienne Ă©cole et d'un autre volume appartenant aux Bains-Douches. Vous trouvez cet article intĂ©ressant ? Faites-le savoir et partagez-le. ClaudePompidou a toujours dĂ©testĂ© la politique. Elle n’avait pas aimĂ© Matignon, lorsqu’en 1962, Georges a Ă©tĂ© nommĂ© Premier ministre. Un documentaire inĂ©dit, signĂ© Pierre Hurel, raconte ce mercredi 21 septembre Ă  20h35 sur France 3 les quatre annĂ©es et demie du couple Pompidou Ă  l’ÉlysĂ©e, depuis la calomnie initiale jusqu’à la mort du prĂ©sident, terrassĂ© par une leucĂ©mie. C’est l’histoire d’un couple amoureux, ballottĂ© par les intrigues, la solitude du pouvoir, la maladie. L’histoire d’un homme qui n’avait pas rĂȘvĂ© d’ĂȘtre prĂ©sident de la RĂ©publique et d’une femme qui redoutait la politique. Mais c’est aussi l’épopĂ©e d’une Ă©poque heureuse, oĂč le couple Pompidou a fait entrer la modernitĂ©, l’art, la poĂ©sie, dans les palais glacĂ©s de la RĂ©publique. Note d’intention de Pierre Hurel "Georges Pompidou est un prĂ©sident mĂ©connu, un peu oubliĂ©. CoincĂ© entre la stature du gĂ©nĂ©ral de Gaulle et les frasques de Giscard, il Ă©voque une France conservatrice, presque poussiĂ©reuse. Erreur de la mĂ©moire collective Pompidou a inventĂ© la prĂ©sidence moderne. EntrĂ©s Ă  l'ÉlysĂ©e aux lendemains de l'ouragan Mai 68, Claude et Georges Pompidou y ont fait souffler un vent de libertĂ©, de crĂ©ation, de rĂȘves qui se rĂ©alisent
 Le destin du couple Pompidou est digne d'une tragĂ©die grecque. Un couple amoureux — Ă©perdument. Il est intelligent, elle est raffinĂ©e, pleine de vie. Le bonheur, le conte de fĂ©es. Mais l'appel du pouvoir retentit. Elle ne veut pas qu'il y aille, il jure qu'il ne fait que passer. Mais la politique les rattrape et salit leur amour immaculĂ©. Alors, il prend le pouvoir, avec son accord Ă  elle. Et le pouvoir l'use et le tue. L’histoire de la prĂ©sidence de Georges Pompidou commence avec une calomnie odieuse et finit par une maladie terrible. C’est toute la rĂ©sonance de ce film. À l’orĂ©e d’une campagne prĂ©sidentielle qui s'annonce fĂ©roce, nous pouvons apprendre de notre histoire. Le destin romanesque du couple Pompidou est furieusement actuel. On y retrouve les mĂȘmes dangers, les mĂȘmes questions, les mĂȘmes douleurs qui attendent ceux qui rĂȘvent aujourd’hui d’entrer, ou de rester, Ă  l'ÉlysĂ©e. La rumeur. Le scandale. La calomnie. La vie publique qui bouffe la vie privĂ©e. La vie privĂ©e qui devient publique. Le secret. La solitude. L’amour – Ă  prĂ©server envers et contre tout
 De tous les prĂ©sidents de la CinquiĂšme RĂ©publique, Pompidou est le seul qui n'y pensait pas depuis le plus jeune Ăąge. Ses successeurs, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, sont tous des fauves politiques, rompus aux manƓuvres et aux intrigues. Pas lui. C'est plus par devoir que par ambition que Georges Pompidou est devenu prĂ©sident. C'est cette distance avec son destin, peut-ĂȘtre, qui lui a donnĂ© cette authenticitĂ© unique, cette sincĂ©ritĂ© rare. Les Français de son Ă©poque ne s'y sont pas trompĂ©s Ă  la veille de sa disparition, aprĂšs cinq annĂ©es au pouvoir, soixante pour cent d'entre eux, selon les sondages, Ă©taient satisfaits de sa prĂ©sidence
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\n claude et georges pompidou l amour au coeur du pouvoir
Auxyeux de François, Claude et Jean Mauriac, le gaullisme apparaĂźt avant tout – et ce trait transcende en dĂ©finitive rĂ©serves et critiques -, depuis le 18 juin 1940 jusqu’au 27 avril 1969, comme une aventure intellectuelle et morale, dans laquelle ils se reconnaissent quasiment de bout en bout, mĂȘme si, aprĂšs 1968, un lĂ©ger doute semble, chez François Mauriac, s’insinuer
Voici 46 cas, autant de situations diffĂ©rentes et souvent dramatiques. Perdre la vie, perdre une bataille ou une place enviĂ©e, perdre un combat idĂ©ologique, perdre la confiance du peuple ou d’un partenaire essentiel, perdre la face et l’honneur. Perdre parce qu’on est faible ou qu’on se croit trop fort, perdre par malchance, par injustice ou par la force des choses et du sens de l’Histoire Louis XVI sous la RĂ©volution. Perdre individuellement, mais aussi en groupe les femmes, les Templiers, les Girondins sous la RĂ©volution, les canuts de Lyon, la Commune de Paris. Certains cas semblent anecdotiques ou paradoxaux – nous assumons, avec des arguments. MalgrĂ© tout, ces perdantes et perdants sont honorĂ©s Ă  des titres divers. Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » le PanthĂ©on leur fait place. Ils se retrouvent ici et lĂ  statufiĂ©s ou s’inscrivent dans la toponymie de nos rues, nos places, notre environnement quotidien. Ils figurent dans les livres d’histoire et les dictionnaires, renaissent dans des Ɠuvres de fiction littĂ©raire, théùtrale, lyrique. La sanctification honore volontiers les femmes, Blandine, GeneviĂšve, Jeanne d’Arc. Parfois, les perdants font Ă©cole, crĂ©ant un courant d’idĂ©es, une thĂ©orie, voire une religion qui change le monde – JĂ©sus-Christ, l’exemple incroyable mais vrai ». Autant de qui perd gagne » permettant une revanche posthume. On peut en tirer une petite philosophie de l’Histoire et rĂ©flĂ©chir au travail de mĂ©moire dont on parle tant. C’est le but de nos Ă©ditos et la preuve que les citations bien choisies se rĂ©vĂšlent toujours utiles. C’est aussi l’occasion de dĂ©mentir deux personnages exceptionnellement rĂ©unis À la fin, il n’y a que la mort qui gagne. » 2980Charles de GAULLE 1890-1970, citant volontiers ce mot de STALINE dans ses MĂ©moires de guerre.Toutes les citations numĂ©rotĂ©es sont comme toujours tirĂ©es de notre Histoire en citations Honneur aux perdants, retrouvez nos quatre Ă©ditos De la Gaule aux guerres de Religion Du rĂšgne d’Henri IV Ă  la RĂ©volution De l’Empire Ă  la DeuxiĂšme RĂ©publique De la TroisiĂšme RĂ©publique Ă  nos jours IV. De la TroisiĂšme RĂ©publique Ă  nos jours LOUISE MICHEL ET LA COMMUNE DE PARIS RĂ©volution manquĂ©e, incarnĂ©e par la Vierge rouge » et des socialistes plus ou moins utopistes et radicaux dont les idĂ©es vont nourrir nombre de rĂ©formes Ă  venir. Suite Ă  la tragique rĂ©pression, la mĂ©moire de la Semaine sanglante » marquera les gĂ©nĂ©rations de gauche. Faisons la rĂ©volution d’abord, on verra ensuite. »2330 Louise MICHEL 1830-1905. L’ÉpopĂ©e de la rĂ©volte le roman vrai d’un siĂšcle d’anarchie 1963, Gilbert Guilleminault, AndrĂ© MahĂ© C’est l’hĂ©roĂŻne la plus populaire de cette page d’histoire ex-institutrice, fĂ©ministe, militante rĂ©publicaine et anarchiste, surnommĂ©e la Vierge rouge », elle appelle Ă  l’insurrection les quartiers rouges » de la capitale, ceux qui font toujours peur aux bourgeois Montmartre, Belleville, ĂŽ lĂ©gions vaillantes, / Venez, c’est l’heure d’en finir. / Debout ! La honte est lourde et pesantes les chaĂźnes, / Debout ! Il est beau de mourir. » On la voit sur les barricades dĂšs les premiers jours du soulĂšvement de Paris cause perdue d’avance, rĂ©volution sans espoir, utopie d’un Paris libre dans une France libre » ? En tout cas, rien de moins prĂ©mĂ©ditĂ© que ce mouvement qui Ă©chappe Ă  ceux qui tentent de le diriger, au nom d’idĂ©aux d’ailleurs contradictoires. Au nom du peuple, la Commune est proclamĂ©e ! »2363 Gabriel RANVIER 1828-1879, place de l’HĂŽtel-de-Ville, DĂ©claration du 28 mars 1871. Histoire socialiste, 1789-1900, volume XI, La Commune, Louis Dubreuilh, sous la direction de Jean JaurĂšs 1908 Ranvier est maire de Belleville, ouvrier peintre dĂ©corateur et disciple de Blanqui - l’éternel insurgĂ©. Les Ă©lections municipales du 26 mars n’ont mobilisĂ© que la moitiĂ© des Parisiens 230 000 votants, trĂšs majoritairement de gauche, beaucoup de gens des beaux quartiers ayant fui la capitale 18 Ă©lus bourgeois » refuseront de siĂ©ger Ă  cĂŽtĂ© des 72 rĂ©volutionnaires, jacobins, proudhoniens, blanquistes, socialistes, internationaux. Comment dĂ©finir cette Commune ? Un conseil municipal de gauche, un contre-gouvernement Ă©lu, provisoire et rival de celui de Versailles, un exemple devant servir de modĂšle Ă  la France ? La Commune de Paris se veut tout Ă  la fois, mais ne vivra pas deux mois. Paris ouvrait Ă  une page blanche le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant ! »2364 ComitĂ© central de la garde nationale, Proclamation du 28 mars 1871. Histoire du socialisme 1879, BenoĂźt Malon En prĂ©sence de 200 000 Parisiens, le comitĂ© central de la garde nationale s’efface devant la Commune, le jour de sa proclamation officielle. Le lyrisme s’affiche Aujourd’hui il nous a Ă©tĂ© donnĂ© d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais frappĂ© nos yeux, qui ait jamais Ă©mu notre Ăąme. » Le mouvement s’étend Ă  quelques villes Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-Étienne. La rĂ©volution sera la floraison de l’humanitĂ© comme l’amour est la floraison du cƓur. »2365 Louise MICHEL 1830-1905, La Commune, Histoire et souvenirs 1898 Un quart de siĂšcle aprĂšs, elle fait revivre ces souvenirs vibrants et tragiques. Face aux Communards ou FĂ©dĂ©rĂ©s, les Versaillais se prĂ©parent, troupes commandĂ©es par les gĂ©nĂ©raux Mac-Mahon et Vinoy. En plus des 63 500 hommes dont l’État dispose, il y a les 130 000 prisonniers libĂ©rĂ©s par Bismarck – hostile Ă  tout mouvement populaire Ă  tendance rĂ©volutionnaire. Le 30 mars, Paris est pour la seconde fois ville assiĂ©gĂ©e, bombardĂ©e, et Ă  prĂ©sent par des Français. Premiers affrontements, le 2 avril bataille de Courbevoie. Les FĂ©dĂ©rĂ©s ou Communards tentent une sortie de Paris pour marcher sur Versailles oĂč l’AssemblĂ©e nationale s’est repliĂ©e, mais sont arrĂȘtĂ©s par le canon du Mont ValĂ©rien, fort stratĂ©gique investi par les Versaillais depuis le 21 mars les rĂȘveurs de la Commune qualifient les obus qui les Ă©crasent de choses printaniĂšres » ! 17 tuĂ©s dont les 5 premiers fusillĂ©s de la Commune et 25 prisonniers chez les FĂ©dĂ©rĂ©s. Dans l’armĂ©e versaillaise, 5 morts et 21 blessĂ©s. Nous avons la mission d’accomplir la rĂ©volution moderne la plus large et la plus fĂ©conde de toutes celles qui ont illuminĂ© l’histoire. »2369 La Commune, DĂ©claration au peuple français, 19 avril 1871. EnquĂȘte parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1872, Commission d’enquĂȘte sur l’insurrection du 18 mars, comte NapolĂ©on Daru La Commune ne fait pas que se dĂ©fendre et attaquer. Elle gouverne Paris et prend des mesures importantes qui prĂ©figurent l’Ɠuvre de la TroisiĂšme RĂ©publique sĂ©paration des Églises et de l’État, instruction laĂŻque, gratuite et obligatoire en projet. Elle est socialiste quand elle communalise » par dĂ©cret du 16 avril les ateliers abandonnĂ©s par les fabricants en fuite, pour en donner la gestion Ă  des coopĂ©ratives formĂ©es par les Chambres syndicales ouvriĂšres. Ce qui fait Ă©crire Ă  Karl Marx, l’annĂ©e mĂȘme C’était la premiĂšre rĂ©volution dans laquelle la classe ouvriĂšre Ă©tait ouvertement reconnue comme la seule qui fĂ»t encore capable d’initiatives sociales » La Guerre civile en France. Paris sera soumis Ă  la puissance de l’État comme un hameau de cent habitants. »2373 Adolphe THIERS 1797-1877, DĂ©claration du 15 mai 1871. La Commune 1904, Paul et Victor Margueritte Ces mots plusieurs fois rĂ©pĂ©tĂ©s annoncent la Semaine sanglante du 22 au 28 mai. Le chef du gouvernement amasse toujours plus de troupes aux portes de Paris, espĂ©rant sans trop y croire que ses menaces feront cĂ©der les Communards. Puisqu’il semble que tout cƓur qui bat pour la libertĂ© n’ait droit qu’à un peu de plomb, j’en rĂ©clame ma part, moi ! Si vous n’ĂȘtes pas des lĂąches, tuez-moi ! »2375 Louise MICHEL 1830-1905. Histoire de ma vie 2000, Louise Michel, XaviĂšre Gauthier La Vierge rouge se retrouve sur les barricades, fusil sur l’épaule. Paris est reconquis, rue par rue, et incendiĂ©. La derniĂšre barricade des FĂ©dĂ©rĂ©s, rue Ramponeau, tombe le 28 mai 1871. À 15 heures, toute rĂ©sistance a cessĂ©. Le bon Dieu est trop Versaillais. »2378 Louise MICHEL 1830-1905, La Commune, Histoire et souvenirs 1898 Elle tĂ©moigne de l’inĂ©vitable victoire des Versaillais, vu l’inĂ©galitĂ© des forces et de l’organisation. Bilan de la Semaine sanglante, du 22 au 28 mai 1871 au moins 20 000 morts chez les insurgĂ©s, 35 000 selon Rochefort. De son cĂŽtĂ©, l’armĂ©e bien organisĂ©e des Versaillais a perdu moins de 900 hommes, depuis avril. Les journalistes, unanimes, condamnent la rĂ©pression. La Seine est devenue un fleuve de sang. Dans Le SiĂšcle, on Ă©crit C’est une folie furieuse. On ne distingue plus l’innocent du coupable. » Et dans Paris-Journal du 9 juin C’est au bois de Boulogne que seront exĂ©cutĂ©s Ă  l’avenir les gens condamnĂ©s par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamnĂ©s dĂ©passera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d’exĂ©cution. » 3 500 insurgĂ©s sont fusillĂ©s sans jugement dans Paris, prĂšs de 2 000 dans la cour de prison de la Roquette, plusieurs centaines au cimetiĂšre du PĂšre-Lachaise c’est le mur des FĂ©dĂ©rĂ©s », de sinistre mĂ©moire. Il y aura 400 000 dĂ©nonciations Ă©crites – sur 2 millions de Parisiens, ce fort pourcentage de dĂ©lateurs montre assez la haine accumulĂ©e. On ne peut pas tuer l’idĂ©e Ă  coups de canon ni lui mettre les poucettes [menottes]. »2381 Louise MICHEL 1830-1905, La Commune, Histoire et souvenirs 1898 CondamnĂ©e, dĂ©portĂ©e en Nouvelle-CalĂ©donie, amnistiĂ©e en 1880, elle reviendra en France pour continuer le combat en militante. Le cadavre est Ă  terre, mais l’idĂ©e est debout », dit Hugo Ă  propos de la Commune. La force des idĂ©es est l’une des leçons de l’histoire, la Commune en est l’illustration, malgrĂ© la confusion des courants qui l’animĂšrent. Un chant y est nĂ©, porteur d’une idĂ©e qui fera le tour du monde et en changera le cours, c’est L’Internationale Debout ! Les damnĂ©s de la terre ! / Debout ! Les forçats de la faim ! 
 C’est la lutte finale ; / Groupons-nous et demain / L’Internationale / Sera le genre humain. » Paroles d’EugĂšne Pottier, mises en musique par Pierre Degeyter. [La Commune] fut dans son essence, elle fut dans son fond la premiĂšre grande bataille rangĂ©e du Travail contre le Capital. Et c’est mĂȘme parce qu’elle fut cela avant tout [
] qu’elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut Ă©gorgĂ©e. »2384 Jean JAURÈS 1859-1914, Histoire socialiste, 1789-1900, volume XI, La Commune, Louis Dubreuilh 1908 JaurĂšs, qui dirige ce travail en 13 volumes juge Ă  la fois en historien et en socialiste. Homme politique, il sera toujours du cĂŽtĂ© du Travail et des travailleurs. N’excluant pas le recours Ă  la force insurrectionnelle malgrĂ© son pacifisme, il aurait sans doute Ă©tĂ© Communard. Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera cĂ©lĂ©brĂ© Ă  jamais comme le glorieux fourrier d’une sociĂ©tĂ© nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand cƓur de la classe ouvriĂšre. »2385 Karl MARX 1818-1883, La Guerre civile en France 1871 Hommage du militant rĂ©volutionnaire, mĂȘme si le thĂ©oricien socialiste Ă©mit de nombreuses rĂ©serves ! Le mouvement ouvrier français restera marquĂ© par les consĂ©quences de la Commune vide dans le rang de ses militants, haine des victimes contre les bourreaux, force du mythe qui s’attache Ă  jamais au nom de la Commune. ADOLPHE THIERS RĂ©publicain de la premiĂšre heure et longtemps condamnĂ© Ă  l’opposition malgrĂ© son goĂ»t du pouvoir, il rate de peu la prĂ©sidence sous la TroisiĂšme RĂ©publique et reste impopulaire dans l’histoire pour sa rĂ©pression de la Commune. Double injustice rĂ©parĂ©e par quelques historiens. Faisons donc la RĂ©publique, la RĂ©publique honnĂȘte, sage, conservatrice. »2060 Adolphe THIERS 1797-1877, Manifeste de M. Thiers. Portraits historiques 1883, H. Draussin Apparition d’un homme politique qui va faire carriĂšre jusque sous la TroisiĂšme RĂ©publique. Pour l’heure, Louis Adolphe Thiers est un jeune avocat qui a frĂ©quentĂ© les milieux libĂ©raux et collaborĂ© au Constitutionnel. En janvier 1830, il crĂ©e un autre journal d’opposition orlĂ©aniste, Le National. Il dĂ©fend une monarchie constitutionnelle de type anglais et s’oppose aux Doctrinaires, Guizot et Royer-Collard pour qui le trĂŽne n’est pas un fauteuil vide ». Ces dĂ©bats agitent l’opinion. La Charte revue et corrigĂ©e, approuvĂ©e le 7 aoĂ»t 1830 par une majoritĂ© de dĂ©putĂ©s 219 contre 33, mais plus de 200 absents, reconnaĂźt certes la libertĂ© de la presse, l’abolition de la censure, l’initiative des lois Ă  la Chambre, la suppression des justices d’exception, tandis que le catholicisme n’est plus religion d’État. Mais l’on se retrouve quand mĂȘme en monarchie. Le 9 aoĂ»t, le duc d’OrlĂ©ans prĂȘte serment sur la Charte et devient Louis-Philippe Ier, roi des Français et non plus roi de France. Thiers va cautionner cette monarchie constitutionnelle, comme le trĂšs rĂ©publicain La Fayette qui s’y est ralliĂ©. Ministre de Louis-Philippe Ă  plusieurs reprises, Thiers tentera de sauver le rĂ©gime en 1848. La RĂ©publique est le gouvernement qui nous divise le moins. »2201 Adolphe THIERS 1797-1877, AssemblĂ©e lĂ©gislative, 13 fĂ©vrier 1850. L’Empire libĂ©ral Louis-NapolĂ©on et le coup d’état 1897, Émile Ollivier Le parti de l’Ordre est au pouvoir et cette majoritĂ© satisfait ou rassure, sous cette DeuxiĂšme RĂ©publique. Mais Thiers se mĂ©fie bientĂŽt de Louis-NapolĂ©on devenu prĂ©sident de cette RĂ©publique, avant d’instaurer le Second Empire suite Ă  un coup d’État. Thiers se retrouve dans l’opposition rĂ©publicaine et se fait remarquer pour sa dĂ©fense des libertĂ©s, puis son hostilitĂ© Ă  la guerre franco-allemande. Pacifier, rĂ©organiser, relever le crĂ©dit, ranimer le travail, voilĂ  la seule politique possible et mĂȘme concevable en ce moment. »2355 Adolphe THIERS 1797-1877, prĂ©sentant son ministĂšre et son programme Ă  l’AssemblĂ©e, Bordeaux, 19 fĂ©vrier 1871. Questions ouvriĂšres et industrielles en France sous la TroisiĂšme RĂ©publique 1907, Pierre Émile Levasseur 1871 annĂ©e de tous les pouvoirs et tous les dangers pour cet homme de 74 ans, Ă©lu dĂ©putĂ© par 26 dĂ©partements Ă  la fois et devenu chef du pouvoir exĂ©cutif de la RĂ©publique », le 17 fĂ©vrier. Lourde tĂąche, dans une France vaincue et dĂ©chirĂ©e. En vieux routier de la politique, Thiers s’engage Ă  respecter la trĂȘve des partis et Ă  diffĂ©rer toute discussion sur la forme du rĂ©gime et la Constitution. Son programme prend le nom de Pacte de Bordeaux. Mais la guerre civile va de nouveau bouleverser le pays et dĂ©jouer tous les plans politiques. Il n’y a qu’une solution radicale qui puisse sauver le pays il faut Ă©vacuer Paris. Je n’abandonne pas la patrie, je la sauve ! »2361 Adolphe THIERS 1797-1877, aux ministres de son gouvernement, 18 mars 1871. Histoire de la France et des Français 1972, AndrĂ© Castelot, Alain Decaux Thiers a dĂ©cidĂ© d’en finir avec la Commune et la Terreur qui s’organise dans Paris, affolant une France majoritairement monarchiste et fondamentalement bourgeoise. Ordre est donnĂ© de dĂ©sarmer les quelque 200 000 gardes nationaux organisĂ©s en FĂ©dĂ©ration et de rĂ©cupĂ©rer les 227 canons qui ont servi Ă  la dĂ©fense de Paris contre les Prussiens, Ă  prĂ©sent regroupĂ©s Ă  Montmartre et Belleville, quartiers populaires. Les 4 000 soldats font leur devoir sans enthousiasme. La foule, les femmes surtout s’interposent. Deux gĂ©nĂ©raux, l’un chargĂ© de l’opĂ©ration, l’autre Ă  la retraite, mais reconnu, sont arrĂȘtĂ©s, traĂźnĂ©s au ChĂąteau rouge ancien bal de la rue Clignancourt, devenu quartier gĂ©nĂ©ral des FĂ©dĂ©rĂ©s, blessĂ©s, puis fusillĂ©s Lecomte et Thomas. Clemenceau, maire du XVIIIe arrondissement et tĂ©moin, est atterrĂ©. On ne connaĂźtra jamais les responsables de cette exĂ©cution sommaire leur nom est la foule » Georges Duby. C’est l’étincelle qui met le feu Ă  Paris, insurgĂ© en quelques heures. Thiers renonce Ă  rĂ©primer l’émeute – il dispose de 30 000 soldats face aux 150 000 hommes de la garde nationale et il n’est mĂȘme pas sĂ»r de leur fidĂ©litĂ©. Il abandonne Paris au pouvoir de la rue et regagne Versailles, ordonnant Ă  l’armĂ©e et aux corps constituĂ©s d’évacuer la place. C’est la premiĂšre journĂ©e de la Commune au sens d’insurrection la tragĂ©die va durer 72 jours. Elle se termine par la Semaine sanglante du 22 au 28 mai. La presse dĂ©nonce la sauvagerie de la rĂ©pression, mais Thiers gagne en popularitĂ© auprĂšs des Français pour ce rĂ©tablissement de l’ordre devenu indispensable. L’heure de gloire semble enfin arrivĂ©e pour le vieux RĂ©publicain. Chef, c’est un qualificatif de cuisinier ! »2418 Adolphe THIERS 1797-1877. Histoire de la France et des Français 1972, AndrĂ© Castelot, Alain Decaux Le petit homme, surnommĂ© Foutriquet pour sa houppe de cheveux et son mĂštre cinquante-cinq, troque son titre de chef du pouvoir exĂ©cutif pour celui, plus prestigieux, de prĂ©sident de la RĂ©publique autoproclamĂ©, le 31 aoĂ»t 1871, tandis que l’AssemblĂ©e se proclame Constituante c’est la loi Rivet dĂ©putĂ© de centre gauche, ami de Thiers. Rappelons que la tĂąche institutionnelle avait sagement Ă©tĂ© remise Ă  plus tard, en fĂ©vrier 1871. Profitant de son prestige, le libĂ©rateur du territoire » s’impose, aussi conservateur que rĂ©publicain, soutenu par Gambetta lui-mĂȘme, rĂ©publicain d’extrĂȘme gauche Ă  la tĂȘte de l’Union rĂ©publicaine. La RĂ©publique existe, elle est le gouvernement lĂ©gal du pays, vouloir autre chose serait une nouvelle rĂ©volution et la plus redoutable de toutes. »2422 Adolphe THIERS 1797-1877, Discours de rentrĂ©e parlementaire, 13 novembre 1872. Discours parlementaires de M. Thiers 1872-1877 posthume, 1883 Il veut dĂ©fendre sa » RĂ©publique qui n’est toujours qu’un rĂ©gime provisoire. Il rappelle que c’est le rĂ©gime qui nous divise le moins » autre idĂ©e opportuniste » et met en garde les monarchistes, majoritaires de l’AssemblĂ©e. La RĂ©publique sera conservatrice ou elle ne sera pas. » Il prĂȘche toujours pour sa paroisse, en l’occurrence sa personne. Et d’insister Tout gouvernement doit ĂȘtre conservateur et nulle sociĂ©tĂ© ne pourrait vivre sans un gouvernement qui ne le serait point. » Il vise alors les rĂ©publicains avancĂ©s de l’AssemblĂ©e. C’est la tactique classique du un coup Ă  droite, un coup Ă  gauche ». Fort de son autoritĂ©, Thiers veut rassurer le pays et pour faire la RĂ©publique, jouer l’alliance des rĂ©publicains modĂ©rĂ©s et des orlĂ©anistes, contre les extrĂȘmes lĂ©gitimistes ultras inconditionnels du drapeau blanc et nostalgiques de la Commune rĂ©volutionnaire. Le conflit va Ă©clater quelques mois plus tard. Il faut tout prendre au sĂ©rieux, mais rien au tragique. »2427 Adolphe THIERS 1797-1877, Discours Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s, 24 mai 1873. Annales de l’AssemblĂ©e nationale, volume XVIII 1873, AssemblĂ©e nationale ContestĂ© pour son parti pris rĂ©publicain par les monarchistes majoritaires, Thiers a perdu son droit de parole Ă  l’AssemblĂ©e prĂ©sident de la RĂ©publique, il ne peut plus s’exprimer que par un message lu, ne donnant lieu Ă  aucune discussion loi de Broglie, du 13 mars. Il se conforme Ă  ce cĂ©rĂ©monial chinois ». La veille, de Broglie l’a interpellĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de dĂ©fendre l’ ordre moral », des dĂ©putĂ©s royalistes lui demandant de faire prĂ©valoir une politique rĂ©solument conservatrice ». Le 24 mai au matin, avant la sĂ©ance Ă  la Chambre, il rĂ©affirme sa position rĂ©publicaine La monarchie est impossible il n’y a qu’un trĂŽne, et on ne peut l’occuper Ă  trois ! » Outre le comte de Paris et le comte de Chambord, il y a encore le prince impĂ©rial, fils de NapolĂ©on III. L’aprĂšs-midi, en son absence, par 360 voix contre 334, l’AssemblĂ©e vote un blĂąme contre Thiers. Il offre sa dĂ©mission. Il n’y est pas obligĂ©, mais il est sĂ»r qu’on le rappellera et sa position en sera renforcĂ©e. Le soir, sa lettre est lue Ă  l’AssemblĂ©e qui procĂšde aussitĂŽt Ă  l’élection du nouveau prĂ©sident. La gauche s’abstient
 et le marĂ©chal Mac-Mahon, candidat des royalistes, est Ă©lu. Thiers a jouĂ©, et perdu. Saluons son humour devenu proverbe Il faut tout prendre au sĂ©rieux, mais rien au tragique. » La RĂ©publique, c’est la nĂ©cessitĂ©. »2455 Adolphe THIERS 1797-1877. Discours parlementaires de M. Thiers 1872-1877 posthume, 1883 Dernier message du vieux rĂ©publicain. Il meurt le 3 septembre 1877. Sa famille refuse les obsĂšques officielles. Mais 384 villes sont reprĂ©sentĂ©es et une foule estimĂ©e Ă  un million assiste Ă  ses funĂ©railles parisiennes. L’émotion nationale atteste Ă  la fois l’immense prestige du petit homme et son incontestable rĂ©ussite son ralliement Ă  la RĂ©publique a su rallier le pays Ă  ce rĂ©gime et rĂ©concilier les Français avec les rĂ©publicains. Le presse tĂ©moigne de sa popularitĂ©. Ce vieillard, dont l’histoire Ă©tait celle du pays depuis prĂšs de soixante ans, apparaissait dĂ©jĂ  comme un personnage lĂ©gendaire et, cependant, avec le passĂ©, il reprĂ©sentait pour nous, pour la France rĂ©publicaine et libĂ©rale, un avenir long et utile
 Il avait encore des services Ă  rendre, des conseils Ă  donner, des hommes Ă  Ă©clairer ; sa grande expĂ©rience, sa clairvoyance inaltĂ©rable, sa passion du bien public donnaient Ă  ses avis une autoritĂ© tout Ă  fait unique ». Journal Le Temps, 5 septembre 1877, rĂ©sumant la carriĂšre de Thiers L’impopularitĂ© viendra plus tard, par ignorance de l’histoire certes complexe qui a prĂ©cĂ©dĂ© l’avĂšnement de la TroisiĂšme RĂ©publique et par le culte de la Commune qui ne va cesser de grandir. En 1990, l’historien François Roth rĂ©sume bien Il faut dĂ©barrasser la mĂ©moire de Thiers des lĂ©gendes qui l’obscurcissent. La plupart de ses contemporains l’ont portĂ© aux nues et n’ont pas tari d’éloges sur l’illustre nĂ©gociateur », sur l’éminente sagesse de l’illustre homme d’État ». Les historiens du dĂ©but du [XXe] siĂšcle ont baissĂ© un peu le ton tout en l’approuvant. Puis un courant d’opinion amorcĂ© par les ouvrages d’Henri Guillemin l’a rejetĂ©. Pour les insurgĂ©s de 1968 et les cĂ©lĂ©brants intellectuels du centenaire de la Commune, le cas de Thiers n’est mĂȘme plus plaidable [
] Il faut toujours revenir au contexte de fĂ©vrier 1871. Avec ce qui restait d’armĂ©e, la reprise de la guerre Ă©tait une totale illusion. [
] Thiers a Ă©tĂ© suivi, la mort dans l’ñme, par l’immense majoritĂ© de ses compatriotes. » La Guerre de 70, Fayard, 1990. Je n’aimais pas ce roi des prud’hommes. N’importe ! comparĂ© aux autres, c’est un gĂ©ant. »2456 Gustave FLAUBERT 1821-1880, Ă  la mort de Thiers, Correspondance 1893 
 et puis il avait une vertu rare le patriotisme. Personne n’a rĂ©sumĂ© comme lui la France, de lĂ  l’immense effet de sa mort. » Flaubert, un an plus tĂŽt, s’exclamait pourtant Rugissons contre M. Thiers ! Peut-on voir un plus triomphant imbĂ©cile, un croĂ»tard plus abject, un plus Ă©troniforme bourgeois ! Non, rien ne peut donner l’idĂ©e du vomissement que m’inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa bĂȘtise sur le fumier de la bourgeoisie ! Il me semble Ă©ternel comme la mĂ©diocritĂ© ! » Cet hommage posthume et du bout de la plume prendra encore plus de valeur par la suite le personnel politique de la TroisiĂšme RĂ©publique fut – sauf exceptions – d’une grande mĂ©diocritĂ©. CLEMENT ADER Inventeur tout terrain, la TroisiĂšme RĂ©publique ne l’a pas soutenu au mĂȘme titre que d’autres noms. Il reste quand mĂȘme dans la mĂ©moire collective comme le premier aviateur de l’histoire. Ils m’ont Ă©tranglĂ© avec la cravate. »2537 ClĂ©ment ADER 1841-1925. Lettre ouverte Ă  mon grand-pĂšre qui avait le tort d’avoir raison 1995, Marcel Jullian C’est le pionnier de l’aviation avec le premier vol au monde d’un mĂštre de haut et cinquante de long sur Éole I, petit monomoteur, en octobre 1890. Une nouvelle dĂ©monstration au camp de Satory en 1897 Ă©choue en raison d’un vent violent et le ministre de la Guerre ne donne pas suite Ă  sa commande. L’ingĂ©nieur et inventeur par ailleurs touche-Ă -tout renonce en 1903, dĂ©couragĂ© par l’incomprĂ©hension des politiques. Il a ce mot bien plus tard, quand on veut le consoler avec la cravate » en le nommant commandeur de la LĂ©gion d’honneur. Louis BlĂ©riot vengera Ader en traversant la Manche en avion juillet 1909 et Roland Garros, la MĂ©diterranĂ©e septembre 1913. Le vol des oiseaux et des insectes m’a toujours prĂ©occupé  J’avais essayĂ© tous les genres d’ailes d’oiseaux, de chauve-souris et d’insectes, disposĂ©es en ailes battantes, ou ailes fixes avec hĂ©lice
 je dĂ©couvris l’importante courbe universelle du vol ou de sustentation. » ClĂ©ment ADER 1841-1925, L’AĂ©roplane Éole, 1893 Il consacra une partie de sa vie Ă  la rĂ©alisation d’un rĂȘve d’enfant faire voler un plus lourd que l’air autopropulsĂ© ». Ses travaux et recherches pour y parvenir coĂ»taient cher. Il trouva d’abord un parrain Ă  la fois gĂ©nĂ©reux et avisĂ©, l’homme d’affaires Isaac Pereire, crĂ©ateur de la banque moderne avec son frĂšre Isaac-Jacob sous le Second Empire. Pendant la guerre de 1870, employĂ© comme scientifique, ClĂ©ment Ader tente sans succĂšs de rĂ©aliser un cerf-volant capable d’emporter un homme. En 1874, il construit un planeur de neuf mĂštres d’envergure, pesant 24 kg et capable de recevoir un moteur. Certaines photographies de son ami Nadar en tĂ©moignent. Des Ă©tudes menĂ©es au MusĂ©e de l’air et de l’espace du Bourget tendraient Ă  montrer que cette machine Ă©tait capable de s’élever dans les airs. Par la suite, ayant convaincu le ministre de la Guerre de financer ses travaux, Ader aidĂ© de Ferdinand Morel, ingĂ©nieur qui dessina les plans de l’avion Chauve-souris mit au point des prototypes aux voilures inspirĂ©es d’observations naturalistes, imitant l’aile de la chauve-souris. Ader pensait qu’une fois le vol maĂźtrisĂ©, une aile rigide comme celle des oiseaux serait plus efficace et plus solide. Mais il ne fallait pas tenter de reproduire le battement des ailes d’oiseau, le concept de voilure fixe Ă©tant plus appropriĂ©. Entre 1890 et 1897, il rĂ©alisa trois appareils l’Éole, financĂ© par lui-mĂȘme, le ZĂ©phyr Ader Avion II et l’Aquilon Ader Avion III subventionnĂ©s par l’État. GÉNÉRAL BOULANGER Le Brav’ gĂ©nĂ©ral jouit d’une incroyable popularitĂ© qui met en danger la RĂ©publique, avant de sombrer dans le ridicule – aidĂ© par Clemenceau. Il laisse quand mĂȘme son nom au boulangisme », prĂ©curseur du populisme de plus en plus rĂ©pandu. La popularitĂ© du gĂ©nĂ©ral Boulanger est venue trop tĂŽt Ă  quelqu’un qui aimait trop le bruit. »2481 Georges CLEMENCEAU 1841-1929. Le Boulangisme 1946, Adrien Dansette Boulanger est imposĂ© au gouvernement le 7 janvier 1886 par les radicaux, Clemenceau en tĂȘte, avec qui les rĂ©publicains opportunistes doivent compter. Le nouveau ministre de la Guerre devient vite le brav’gĂ©nĂ©ral Boulanger » pour l’armĂ©e, sachant se rendre populaire par diverses rĂ©formes qui amĂ©liorent l’ordinaire du conscrit. Sa popularitĂ© va gagner les rangs des innombrables mĂ©contents du rĂ©gime. Le 14 juillet 1886 sera la premiĂšre apothĂ©ose de sa fulgurante ascension. Il reviendra quand le tambour battra,Quand l’étranger m’naç’ra notre frontiĂšreIl reviendra et chacun le suivraPour cortĂšge il aura la France entiĂšre. »2485 Refrain populaire en l’honneur du gĂ©nĂ©ral Revanche 1887, chanson. Le GĂ©nĂ©ral Boulanger jugĂ© par ses partisans et ses adversaires 1888, Georges Grison Le 8 juillet 1887, la foule se masse Ă  la gare de Lyon pour empĂȘcher le dĂ©part de son idole. La popularitĂ© de Boulanger devenait gĂȘnante pour les rĂ©publicains opportunistes qui ont par ailleurs jaugĂ© le personnage, irresponsable et bien lĂ©ger. En mai, il a perdu son portefeuille sous le nouveau ministĂšre Rouvier. Le voilĂ  expĂ©diĂ© Ă  Clermont-Ferrand pour commander le 13e corps d’armĂ©e. Mais le voilĂ  aussi Ă©ligible. Dissolution, RĂ©vision, Constituante. »2492 GĂ©nĂ©ral BOULANGER 1837-1891, Mot d’ordre de sa campagne Ă©lectorale, printemps 1888. Histoire politique de l’Europe contemporaine 1897, Charles Seignobos Le scandale des dĂ©corations Ă  l’ÉlysĂ©e a transformĂ© la vague de sentimentalitĂ© populaire en mouvement politique le boulangisme, devenu syndicat des mĂ©contents », hostile aux rĂ©publicains opportunistes au pouvoir, menace le rĂ©gime parlementaire. Il rassemble des radicaux qui veulent depuis toujours la rĂ©vision de la Constitution Rochefort, Naquet, des patriotes de droite qui ne rĂȘvent que revanche DĂ©roulĂšde, mais aussi des royalistes et des bonapartistes. Boulanger se pose en champion d’une RĂ©publique nouvelle et crĂ©e son Parti rĂ©publicain national. Clemenceau se mĂ©fie, voyant poindre un nouveau Bonaparte, et Charles Floquet, prĂ©sident du Conseil, dans son discours Ă  la Chambre du 19 avril 1888, qualifie le gĂ©nĂ©ral Boulanger de manteau trouĂ© de la dictature », avant de le blesser dans un duel Ă  l’épĂ©e, le 13 juillet. Pourquoi voulez-vous que j’aille conquĂ©rir illĂ©galement le pouvoir quand je suis sĂ»r d’y ĂȘtre portĂ© dans six mois par l’unanimitĂ© de la France ? »2496 GĂ©nĂ©ral BOULANGER 1837-1891, rĂ©ponse aux manifestants, 27 janvier 1889. Histoire de la TroisiĂšme RĂ©publique, volume II 1963, Jacques Chastenet RĂ©ponse aux manifestants qui lui crient À l’ÉlysĂ©e ! » et marchent vers le palais oĂč le prĂ©sident Carnot fait dĂ©jĂ  ses malles ! Boulanger choisit la lĂ©galitĂ© ce 27 janvier 1889, il choisit aussi d’écouter les conseils de sa maĂźtresse passionnĂ©ment aimĂ©e, Marguerite de Bonnemains– il ignore qu’elle travaille pour la police. Cela laisse le temps au gouvernement de rĂ©agir le ministre de l’IntĂ©rieur, Ernest Constans, accuse Boulanger de complot contre l’État. Craignant d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©, il fuit en Belgique. Son prestige s’effondre. Il est mort comme il a vĂ©cu en sous-lieutenant. »2499 Georges CLEMENCEAU 1841-1929, apprenant le suicide du gĂ©nĂ©ral Boulanger sur la tombe de sa maĂźtresse Ă  Ixelles Belgique, le 30 septembre 1891. Histoire de la France 1947, AndrĂ© Maurois L’épitaphe est cinglante, mais la fin du Brave GĂ©nĂ©ral » qui fit trembler la RĂ©publique est un fait divers pitoyable. Le 14 aoĂ»t, le SĂ©nat, rĂ©uni en Haute Cour de justice, l’a condamnĂ© par contumace Ă  la dĂ©portation. Sa maĂźtresse, Mme de Bonnemains, meurt du mal du siĂšcle la phtisie, le 16 juillet 1891. Sur sa tombe, toujours fou d’amour, Boulanger fait graver ces mots Marguerite
 Ă  bientĂŽt ». Le 30 septembre, il revient se tirer une balle dans la tĂȘte, pour ĂȘtre enterrĂ© dans la mĂȘme tombe oĂč l’on gravera Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi ? » Parlez-nous de lui, grand-mĂšre,Grand-mĂšre, parlez-nous de lui ! »2500 MAC-NAB 1856-1889, Les Souvenirs du populo, chanson. Chansons du chat noir 1890, Camille Baron, Maurice Mac-Nab Parodie de la cĂ©lĂšbre chanson de BĂ©ranger, comme si Bonaparte et Boulanger Ă©taient Ă©galement sensibles au cƓur du peuple Devant la photographie / D’un militaire Ă  cheval / En habit de gĂ©nĂ©ral / Songeait une femme attendrie. / Ses quatre petits-enfants / Disaient Quel est donc cet homme ? » / Mes fils, ce fut dans le temps / Un brave gĂ©nĂ©ral comme / On n’en voit plus aujourd’hui / Son image m’est bien chĂšre ! » » Le phĂ©nomĂšne Boulanger aura durĂ© trois ans. Mais le nationalisme revanchard va lui survivre dans les milieux de droite. Il porte un nom le boulangisme. Il a surtout un hĂ©ritier, le populisme. En France, nous aurons Pierre Poujade et le poujadisme sous la QuatriĂšme RĂ©publique, Le Pen et le Front national trĂšs prĂ©sent sous la CinquiĂšme. Citons aussi Silvio Berlusconi et Matteo Salvini Italie, Donald Trump États-Unis et Jair Bolsonaro BrĂ©sil. Le populisme est toujours le signe d’une dĂ©mocratie malade oĂč les hommes politiques s’adressent directement aux classes populaires, sans jouer le jeu des institutions rĂ©publicaines. Certains historiens s’intĂ©ressant Ă  ce phĂ©nomĂšne ont trouvĂ© un prĂ©cĂ©dent en la personne de Louis-NapolĂ©on Bonaparte. Mais l’on doit pouvoir remonter plus avant, aussi vrai que l’Histoire se rĂ©pĂšte fatalement, pour le pire et le meilleur. CHARLES PÉGUY ChrĂ©tien mystique, politicien atypique, poĂšte Ă©corchĂ© vif, penseur engagĂ©, volontaire pour la Grande Guerre, il meurt aux premiers jours. Son nom reste, littĂ©ralement inclassable Ă  l’image de l’homme. L’ordre, et l’ordre seul, fait en dĂ©finitive la libertĂ©. Le dĂ©sordre fait la servitude. »2540 Charles PÉGUY 1873-1914, Cahiers de la Quinzaine, 5 novembre 1905 RejetĂ© de tous les groupes constituĂ©s, parce que patriote et dreyfusard, socialiste et chrĂ©tien, suspect Ă  l’Église comme au parti socialiste, isolĂ© par son intransigeance et ignorĂ© jusqu’à sa mort du grand public, c’est l’un des rares intellectuels de l’époque Ă©chappant aux Ă©tiquettes. Voyant d’abord pour seul remĂšde au mal universel l’établissement de la RĂ©publique socialiste universelle », il crĂ©e ses Cahiers de la Quinzaine pour y traiter tous les problĂšmes du temps, y publier ses Ɠuvres et celles d’amis Romain Rolland, Julien Benda, AndrĂ© SuarĂšs. La mystique rĂ©publicaine, c’est quand on mourait pour la RĂ©publique, la politique rĂ©publicaine, c’est Ă  prĂ©sent qu’on en vit. »2556 Charles PÉGUY 1873-1914, Notre jeunesse 1910 Et l’essentiel est que [
] la mystique ne soit point dĂ©vorĂ©e par la politique Ă  laquelle elle a donnĂ© naissance ». C’est dire si PĂ©guy, l’humaniste qui se voudra toujours engagĂ© jusqu’à sa mort aux premiers jours de la prochaine guerre, doit souffrir de la politique politicienne nĂ©e sous la TroisiĂšme RĂ©publique. De plus en plus isolĂ©, il tĂ©moigne Ă  la fois contre le matĂ©rialisme du monde moderne, la tyrannie des intellectuels de tout parti, les manƓuvres des politiques, la morale figĂ©e des bien-pensants. Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre !Heureux les Ă©pis mĂ»rs et les blĂ©s moissonnĂ©s ! »2588 Charles PÉGUY 1873-1914, Ève 1914 Deux derniers alexandrins d’un poĂšme qui en compte quelque 8 000. Le poĂšte appelle de tous ses vƓux et de tous ses vers la gĂ©nĂ©ration de la revanche ». Lieutenant, il tombe Ă  la tĂȘte d’une compagnie d’infanterie, frappĂ© d’une balle au front, Ă  Villeroy, le 5 septembre, veille de la bataille de la Marne. Un site lui est dĂ©diĂ©, pour faire vivre sa mĂ©moire. En exergue, une citation qui le dĂ©finit bien Il y a quelque chose de pire qu’une mauvaise pensĂ©e. C’est d’avoir une pensĂ©e toute faire. » À mĂ©diter. JEAN MOULIN Chef de la RĂ©sistance ralliĂ© Ă  de Gaulle, volontaire pour les missions difficiles, martyre panthĂ©onisĂ© avec tous les honneurs dus Ă  sa mĂ©moire, c’est un Nom qui symbolise l’hĂ©roĂŻsme sous la Seconde guerre. Je ne savais pas que c’était si simple de faire son devoir quand on est en danger. »2748 Jean MOULIN 1899-1943, Lettre Ă  sa mĂšre et Ă  sa sƓur, 15 juin 1940. Vies et morts de Jean Moulin 1998, Pierre PĂ©an Sous-prĂ©fet Ă  27 ans, chargĂ© en 1936 d’acheminer vers l’Espagne rĂ©publicaine le matĂ©riel de guerre soviĂ©tique, il est prĂ©fet d’Eure-et-Loir et refusera, le 17 juin, de signer une dĂ©claration accusant de crimes de guerre les troupes coloniales engagĂ©es dans le secteur de Chartres. RĂ©voquĂ© comme franc-maçon par le gouvernement de Vichy en juillet, il rejoindra de Gaulle Ă  Londres en automne. La mort ? DĂšs le dĂ©but de la guerre, comme des milliers de Français, je l’ai acceptĂ©e. Depuis, je l’ai vue de prĂšs bien des fois, elle ne me fait pas peur. »2785 Jean MOULIN 1899-1943. Vies et morts de Jean Moulin 1998, Pierre PĂ©an PrĂ©fet ayant refusĂ© la politique de Vichy, il rejoint Londres Ă  l’automne 1940. ParachutĂ© en France dans les Alpilles le 1er janvier 1942 comme reprĂ©sentant du gĂ©nĂ©ral de Gaulle », il a pour mission d’unifier les trois grands rĂ©seaux de rĂ©sistants de la zone sud Combat, LibĂ©ration, Franc-Tireur. RĂŽle difficile, vue l’extrĂȘme diversitĂ© des sensibilitĂ©s, tendances et courants ; action Ă  haut risque qu’il paiera bientĂŽt de sa vie. Pierre Brossolette qui agit dans la zone nord, lui aussi arrĂȘtĂ©, se suicidera pour ne pas livrer de secrets sous la torture. BafouĂ©, sauvagement frappĂ©, la tĂȘte en sang, les organes Ă©clatĂ©s, il atteint les limites de la souffrance humaine, sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. »2796 Laure MOULIN 1892-1974, sƓur et collaboratrice de Jean Moulin, tĂ©moignage. AntimĂ©moires Le Miroir des limbes, volume I 1976, AndrĂ© Malraux ChargĂ© d’unifier les rĂ©seaux de la zone sud, Jean Moulin a obtenu le ralliement des communistes, particuliĂšrement prĂ©cieux par leur discipline et leur expĂ©rience de la clandestinitĂ©. Le 27 mai 1943, il crĂ©e Ă  Paris le Conseil national de la RĂ©sistance CNR, mais il est livrĂ© aux Allemands le 21 juin Ă  Caluire RhĂŽne, emprisonnĂ© au fort de Montluc Ă  Lyon. Il meurt des suites de tortures, dans le train qui l’emmĂšne en Allemagne. Battus, brĂ»lĂ©s, aveuglĂ©s, rompus, la plupart des rĂ©sistants n’ont pas parlĂ© ; ils ont brisĂ© le cercle du Mal et rĂ©affirmĂ© l’humain, pour eux, pour nous, pour leurs tortionnaires mĂȘmes. »2718 Jean-Paul SARTRE 1905-1980, Situations II 1948 Prisonnier, libĂ©rĂ© grĂące Ă  un subterfuge, Sartre l’éternel engagĂ© participe Ă  la constitution d’un rĂ©seau de rĂ©sistance. ActivitĂ© clandestine Ă  haut risque en France, 30 000 rĂ©sistants fusillĂ©s, plus de 110 000 dĂ©portĂ©s, dont la plupart morts dans les camps, ou Ă  leur retour. Jean Moulin en fut Ă  la fois le chef prĂ©sident du Conseil national de la RĂ©sistance, le hĂ©ros, le martyr et le symbole. Pauvre roi suppliciĂ© des ombres, regarde ton peuple d’ombres se lever dans la nuit de juin constellĂ©e de tortures. »2797 AndrĂ© MALRAUX 1901-1976, Discours au PanthĂ©on, lors du transfert des cendres de Jean Moulin, 19 dĂ©cembre 1964. AndrĂ© Malraux et la politique L’ĂȘtre et l’Histoire 1996, Dominique Villemot Le corps fut renvoyĂ© Ă  Paris en juillet 1943, incinĂ©rĂ© au PĂšre-Lachaise. Ses cendres supposĂ©es telles ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es au PanthĂ©on. Cette panthĂ©onisation », reconnaissance suprĂȘme de la patrie Ă  ses hĂ©ros, est l’acte final des cĂ©lĂ©brations du 20e anniversaire de la LibĂ©ration. ROBERT BRASILLACH C’est vĂ©ritablement un cas ». Peut-on lui rendre honneur ? Oui, au titre de son indiscutable talent, reconnu par ses pairs et mĂȘme par de Gaulle ! Mais le gĂ©nĂ©ral refuse sa grĂące au collaborateur et au dĂ©lateur responsable de nombreux morts durant la guerre. En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumĂ©e qu’exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vĂ©rolĂ©e, fleurant le patchouli et la perte blanche, la RĂ©publique toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours lĂ , la mal blanchie, elle est toujours lĂ , la craquelĂ©e, la lĂ©zardĂ©e, sur le pas de sa porte, entourĂ©e de ses michĂ©s et de ses petits jeunots, aussi acharnĂ©s que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapportĂ© de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cƓur de l’abandonner, malgrĂ© les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu’à l’os. »2781 Robert BRASILLACH 1909-1945, Je suis partout, 7 fĂ©vrier 1942 Écrivain de talent et d’autant plus responsable, il s’est engagĂ© politiquement dans l’entre-deux-guerres avec l’Action française le mouvement et le journal, mais c’est comme rĂ©dacteur en chef de Je suis partout qu’il va se faire remarquer. Il prĂŽne un fascisme Ă  la française ». Sa haine du Front populaire et de la RĂ©publique va de pair avec celle des juifs, notamment ceux au pouvoir, comme LĂ©on Blum et Georges Mandel nĂ© Rothschild, ex ministre et dĂ©putĂ©, dont il demande rĂ©guliĂšrement la mise Ă  mort et qui sera assassinĂ© par la Milice française, en juillet 1944. Il est un autre droit que nous revendiquons, c’est d’indiquer ceux qui trahissent. »2794 Robert BRASILLACH 1909-1945. La Force de l’ñge 1960, Simone de Beauvoir La dĂ©lation est la forme la plus infĂąme, parce que la plus lĂąche de la collaboration. À cĂŽtĂ© des trafiquants trop contents de faire des affaires sur le marchĂ© noir, d’autres ont des raisons politiques. Faiblesse devant le vainqueur admirĂ©, calcul pour ĂȘtre du bon » cĂŽtĂ© au jour de la victoire escomptĂ©e, mais aussi et plus rarement, conviction idĂ©ologique mĂȘlant souvent anticommunisme, antisĂ©mitisme, anglophobie. Brasillach est de ce camp. PassĂ© de L’Action française Ă  Je suis partout, il participe Ă  la chasse aux rĂ©sistants, de plus en plus nombreux et organisĂ©s, qui se radicalise en janvier 1943 avec la Milice, police supplĂ©tive de volontaires chargĂ©s de les traquer. Le Service du travail obligatoire STO instituĂ© en fĂ©vrier va augmenter considĂ©rablement le nombre de ceux qui trahissent » pour ne pas aller travailler en Allemagne. DĂ©noncĂ©s frĂ©nĂ©tiquement par Brasillach et ses amis, la rĂ©sistance devient une activitĂ© clandestine Ă  haut risque. Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilitĂ©. »2821 Charles de GAULLE 1890-1970, refusant la grĂące de Robert Brasillach. MĂ©moires de Guerre, tome III, Le Salut, 1944-1946 1959, Charles de Gaulle Sur 2 071 recours prĂ©sentĂ©s, de Gaulle en acceptera 1 303. CondamnĂ© Ă  mort pour intelligence avec les Allemands, Brasillach est fusillĂ© le 6 fĂ©vrier 1945. Ses convictions hitlĂ©riennes ne font aucun doute et son journal Je suis partout en tĂ©moigne abondamment. Le procĂšs est bĂąclĂ©, de nombreux confrĂšres tentent de le sauver. Mais le PC voulait la tĂȘte de l’homme responsable de la mort de nombreux camarades et de Gaulle ne lui pardonnait pas celle de Georges Mandel, rĂ©sistant exĂ©cutĂ© par la Milice aprĂšs les appels au meurtre signĂ©s, entre autres, par Brasillach. Et ceux que l’on mĂšne au poteauDans le petit matin glacĂ©,Au front la pĂąleur des cachots,Au cƓur le dernier chant d’OrphĂ©e,Tu leur tends la main sans un mot,O mon frĂšre au col dĂ©grafĂ©. »2822 Robert BRASILLACH 1909-1945, PoĂšmes de Fresnes, Chant pour AndrĂ© ChĂ©nier RĂ©fĂ©rence Ă  ChĂ©nier, poĂšte exĂ©cutĂ© sous la RĂ©volution Ă  la fin de la Terreur, presque au mĂȘme Ăąge. Jean Luchaire journaliste, directeur des Nouveaux Temps et Jean HĂ©rold-Paquis de Radio-Paris subiront le mĂȘme sort, parmi quelque 3 000 condamnĂ©s. L’histoire est Ă©crite par les vainqueurs. »2826 Robert BRASILLACH 1909-1945, Les FrĂšres ennemis dialogue Ă©crit Ă  Fresnes fin 1944, posthume 
 Écrite par les vivants plus que par les vainqueurs et Brasillach ne sera pas fusillĂ© pour cause de dĂ©faite, mais de trahison. L’histoire de la Seconde Guerre mondiale, cette page d’histoire de France encore si sensible et mĂȘme brĂ»lante, fut d’ailleurs réécrite tant de fois que les vaincus ont eu, lĂ©gitimement, le droit de tĂ©moigner aux cĂŽtĂ©s des vainqueurs. PIERRE MENDÈS FRANCE Premier ministre sous la QuatriĂšme RĂ©publique, personnalitĂ© atypique du monde politique, il ne rĂ©siste Ă  l’opposition que 7 mois et 7 jours, mais reste une rĂ©fĂ©rence indiscutable pour les socialistes français en mal de repĂšres. Gouverner, c’est choisir. »2885 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, Discours Ă  l’Assemble nationale, 3 juin 1953. Gouverner, c’est choisir 1958, Pierre MendĂšs France La cause fondamentale des maux qui accablent le pays, c’est la multiplicitĂ© et le poids des tĂąches qu’il entend assumer Ă  la fois reconstruction, modernisation et Ă©quipement, dĂ©veloppement des pays d’outre-mer, amĂ©lioration du niveau de vie et rĂ©formes sociales, exportations, guerre en Indochine, grande et puissante armĂ©e en Europe, etc. Or, l’évĂ©nement a confirmĂ© ce que la rĂ©flexion permettait de prĂ©voir on ne peut pas tout faire Ă  la fois. Gouverner, c’est choisir, si difficiles que soient les choix. » Cette formule empruntĂ©e involontairement ? au duc Gaston de LĂ©vis Maximes politiques, 1808 accompagne dĂ©sormais l’homme politique bientĂŽt au pouvoir. Quelques jours avant, dans le premier numĂ©ro de L’Express 16 mai 1953, MendĂšs France Ă©crit À prĂ©tendre tout faire, nous n’avons rĂ©ussi qu’à dĂ©tĂ©riorer notre monnaie, sans satisfaire aucun de nos objectifs [
] Ce n’est pas sur des confĂ©rences diplomatiques, mais sur la vigueur Ă©conomique que l’on fait une grande nation. » Quelques mois plus tard, devant la dĂ©route française dans la guerre d’Indochine, il ajoutera Nous sommes en 1788 », cependant que Paul Reynaud voit en la France l’homme malade de l’Europe ». La dĂ©mocratie, c’est d’abord un Ă©tat d’esprit. »2890 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, La RĂ©publique moderne 1962 Le gouvernement Laniel est renversĂ© sur la question de l’Indochine. MendĂšs France le remplace, annonçant qu’il obtiendra un cessez-le-feu avant le 20 juillet. Sa dĂ©claration d’investiture Ă  l’AssemblĂ©e nationale 17 juin 1954 est plutĂŽt musclĂ©e Je ferai appel [
] Ă  des hommes capables de servir, Ă  des hommes de caractĂšre, de volontĂ© et de foi. Je le ferai sans aucune prĂ©occupation de dosage [
] Il n’y aura pas de ces nĂ©gociations interminables que nous avons connues ; je n’admettrai ni exigence ni vetos. Le choix des ministres, en vertu de la Constitution, appartient au prĂ©sident du Conseil investi, et Ă  lui seul. Je ne suis pas disposĂ© Ă  transiger sur les droits que vous m’auriez donnĂ©s par votre investiture. » Bref, MendĂšs France refuse d’emblĂ©e de devenir un homme du systĂšme. Dans son cabinet, il prend des gaullistes le gĂ©nĂ©ral Koenig Ă  la DĂ©fense, des radicaux François Mitterrand Ă  l’IntĂ©rieur. Edgar Faure reste aux Finances et MendĂšs prend le portefeuille des Affaires Ă©trangĂšres. En ce jour anniversaire qui est aussi celui oĂč j’assume de si lourdes responsabilitĂ©s, je revis les hautes leçons de patriotisme et de dĂ©vouement au bien public que votre confiance m’a permis de recevoir de vous. »2891 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, TĂ©lĂ©gramme au gĂ©nĂ©ral de Gaulle, 18 juin 1954. MendĂšs France au pouvoir 1965, Pierre Rouanet Son premier jour au pouvoir coĂŻncide avec celui de l’Appel, il y a quatorze. MendĂšs France avoue alors avoir trois grands hommes comme modĂšle PoincarĂ©, Blum et de Gaulle. Le troisiĂšme homme est sceptique sur les chances du nouveau chef du gouvernement Vous verrez, ils ne vous laisseront pas aller jusqu’au bout », lui dira-t-il le 13 octobre. Sept mois et dix-sept jours le titre donnĂ© par MendĂšs France au recueil de ses discours dit trĂšs exactement la durĂ©e de son ministĂšre, renversĂ© le 5 fĂ©vrier 1955. Il cherche plutĂŽt Ă  trancher qu’à s’accommoder, ce qui lui vaut, surtout auprĂšs des jeunes, un prestige certain. Quand on l’aura vu Ă  l’Ɠuvre, on s’apercevra qu’il est dans sa maniĂšre de prendre les problĂšmes l’un aprĂšs l’autre, en quelque sorte Ă  la gorge, sans s’y attarder. Son attitude est celle d’un liquidateur. »2892 AndrĂ© SIEGFRIED 1875-1959, PrĂ©face Ă  l’AnnĂ©e politique 1954 MendĂšs France prend l’affaire indochinoise Ă  bras-le-corps il s’engage Ă  en finir avant le 20 juillet, sinon il dĂ©missionnera. Les accords de GenĂšve sont signĂ©s dans la nuit du 20 au 21 juillet 1954. Le Vietnam est partagĂ© en deux zones, le Nord Ă©tant abandonnĂ© au communisme et Ă  l’influence chinoise et bientĂŽt soviĂ©tique, l’influence occidentale et bientĂŽt amĂ©ricaine prĂ©valant dans le Sud. Six ans et demi de guerre, 3 000 milliards de francs, 92 000 morts et 114 000 blessĂ©s », tel est le bilan de cette guerre, dressĂ© par Jacques Fauvet La QuatriĂšme RĂ©publique. Le Figaro parle d’un deuil » pour la France, mais l’opinion soulagĂ©e sait d’abord grĂ© Ă  MendĂšs d’avoir sorti le pays de ce guĂȘpier oĂč les USA vont s’enliser. Plus tard, il sera pourtant traitĂ© de bradeur ». Les hommes passent, les nĂ©cessitĂ©s nationales demeurent. »2896 Pierre MENDÈS FRANCE 1907-1982, AssemblĂ©e Nationale, nuit du 4 au 5 fĂ©vrier 1955. Pierre MendĂšs France 1981, Jean Lacouture L’AssemblĂ©e vient de lui refuser la confiance 319 voix contre 273 par peur d’une politique d’ aventure » en Afrique du Nord. On l’accuse, dans son discours de Carthage, d’avoir encouragĂ© la rĂ©bellion des Tunisiens et des fellagas d’AlgĂ©rie, alors qu’il est partisan dĂ©clarĂ© de l’AlgĂ©rie française dont il a renforcĂ© la dĂ©fense. Contrairement aux usages et sous les protestations, il remonte Ă  la tribune pour justifier son action. MendĂšs France est restĂ© populaire dans le pays, mais de nombreux parlementaires dĂ©plorent ses positions cassantes, aux antipodes des compromis et compromissions de la QuatriĂšme. Le syndicat » des anciens prĂ©sidents du Conseil et anciens ministres lui reproche de ne pas jouer le jeu politicien et de semer le trouble dans l’hĂ©micycle et ses coulisses. De Gaulle l’avait prĂ©dit Ils ne vous laisseront pas faire ! » MendĂšs France, pour la derniĂšre fois Ă  la tribune, dĂ©fie les dĂ©putĂ©s Ce qui a Ă©tĂ© fait pendant ces sept ou huit mois, ce qui a Ă©tĂ© mis en marche dans ce pays ne s’arrĂȘtera pas
 » Il faudrait ĂȘtre bien inattentif pour croire que l’action de Pierre MendĂšs France fut limitĂ©e aux quelque sept mois et dix-sept jours passĂ©s de juin 1954 Ă  fĂ©vrier 1955 Ă  la tĂȘte du gouvernement de la RĂ©publique. Un Ă©tĂ©, un automne, quelques jours. L’Histoire ne fait pas ces comptes-lĂ . LĂ©on Blum pour un an, Gambetta et JaurĂšs, pour si peu, pour jamais, pour toujours. »2897 François MITTERRAND 1916-1996, Cour d’honneur de l’AssemblĂ©e nationale, Discours du 27 octobre 1982. Le Pouvoir et la rigueur Pierre MendĂšs France, François Mitterrand 1994, Raymond Krakovitch Tel sera l’hommage solennel de Mitterrand, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique, Ă  la mort de Pierre MendĂšs France. JACQUES CHABAN-DELMAS Brillant Premier ministre qui lance l’idĂ©e d’une nouvelle sociĂ©tĂ© », il Ă©choue Ă  faire vraiment couple avec Pompidou, prĂ©sident plus pragmatique que social. Sportif aguerri, il se prĂ©cipite trop vite dans la course Ă  sa succession. Il se rattrapera un peu comme maire de Bordeaux pendant 48 ans avec cumul des mandats. Dans ce rĂ©gime, tout ce qui est rĂ©ussi l’est grĂące au prĂ©sident de la RĂ©publique. Tout ce qui ne va pas est imputĂ© au Premier ministre
 mais je ne l’ai compris qu’au bout d’un certain temps. »2937 Jacques CHABAN-DELMAS 1915-2000. Vie politique sous la CinquiĂšme RĂ©publique 1981, Jacques Chapsal C’est une loi qui se dĂ©gage Ă  mesure que passent les gouvernements les fusibles » sont faits pour sauter. Chaban-Delmas l’a Ă©prouvĂ© en Ă©tant le second » de Pompidou – prĂ©sident de la RĂ©publique aprĂšs de Gaulle – sortant vaincu de ce duo qui tourna au duel et injustement Ă  son dĂ©savantage. Pourtant, la cote de popularitĂ© d’un prĂ©sident peut chuter au-dessous de celle de son Premier ministre durablement, dans le cas de Sarkozy et au terme d’un rĂ©fĂ©rendum manquĂ© de Gaulle ou d’une Ă©lection perdue Giscard d’Estaing, il lui arrive de cĂ©der sa place Ă  la tĂȘte de l’État. Nous ne parvenons pas Ă  accomplir des rĂ©formes autrement qu’en faisant semblant de faire des rĂ©volutions. »2953 Jacques CHABAN-DELMAS 1915-2000, AssemblĂ©e nationale, 16 septembre 1969. MĂ©moires pour demain 1997, Jacques Chaban-Delmas Le Premier ministre songe naturellement aux Ă©vĂ©nements de Mai 68, constatant de façon plus gĂ©nĂ©rale que la sociĂ©tĂ© française n’est pas encore parvenue Ă  Ă©voluer autrement que par crises majeures ». C’est un mal français, maintes fois diagnostiquĂ©. Contre les conservatismes » et les blocages », il propose sa nouvelle sociĂ©tĂ© ». La guerre des RĂ©publiques est terminĂ©e. »3113 Jacques CHABAN-DELMAS 1915-2000, prĂ©sentant son gouvernement le 23 juin 1969. La Guerre de succession 1969, Roger-GĂ©rard Schwartzenberg L’UDR soutient ce baron » du gaullisme, rĂ©sistant pendant la guerre et en mĂȘme temps un des piliers de la QuatriĂšme RĂ©publique. On lui passe mĂȘme quelques gestes d’ouverture en direction d’anciens adversaires du GĂ©nĂ©ral. Mais la guerre n’est pas finie entre les partis ! Et les tentatives de sĂ©duction du trĂšs sĂ©duisant Premier ministre vont Ă©chouer. Les centristes d’opposition continueront de dĂ©noncer la dictature de l’ État UDR », tandis que la gauche socialiste et communiste fourbit les armes de l’union qui fera un jour sa force. Il y a peu de moments dans l’existence d’un peuple oĂč il puisse autrement qu’en rĂȘve se dire Quelle est la sociĂ©tĂ© dans laquelle je veux vivre ? J’ai le sentiment que nous abordons un de ces moments. Nous pouvons donc entreprendre de construire une nouvelle sociĂ©tĂ©. »3116 Jacques CHABAN-DELMAS 1915-2000, Discours Ă  l’AssemblĂ©e nationale, 16 septembre 1969 Aucun discours parlementaire de Premier ministre n’eut plus de retentissement, sous la CinquiĂšme RĂ©publique. La dĂ©nonciation du conservatisme » et des blocages » de la sociĂ©tĂ© française annonce un programme ambitieux de rĂ©formes – maĂźtre mot des quatre prochains prĂ©sidents, mais malheureusement pas de Pompidou, aux prioritĂ©s plus concrĂštes que sociĂ©tales ! Chaban-Delmas, dans L’Ardeur 1975, donne de sa nouvelle sociĂ©tĂ© » deux dĂ©finitions L’une politique, c’est une sociĂ©tĂ© qui tend vers plus de justice et de libertĂ© [
] L’autre sociologique, c’est une sociĂ©tĂ© oĂč chacun considĂšre chacun comme un partenaire ». Comment ne pas souscrire Ă  un tel projet ? Tandis que vous parliez, je vous regardais et je ne doutais pas de votre sincĂ©ritĂ©. Et puis, je regardais votre majoritĂ© et je doutais de votre rĂ©ussite. »3117 François MITTERRAND 1916-1996, AssemblĂ©e nationale, 16 septembre 1969. La PrĂ©sidence de Georges Pompidou essai sur le rĂ©gime prĂ©sidentialiste français 1979, Françoise Decaumont L’opposition ne fait pas mauvais accueil au programme du Premier ministre, sur le principe, mais elle doute de sa rĂ©alisation On ne bĂątit pas une nouvelle sociĂ©tĂ© sur des vƓux pieux. » Les difficultĂ©s viendront surtout du scepticisme du prĂ©sident de la RĂ©publique, aux convictions Ă©conomiques plus que sociologiques. On ne tire pas sur une ambulance. »3149 Françoise GIROUD 1916-2003, L’Express, 24 avril 1974 Le trait d’une charitĂ© sans pitiĂ© vise Chaban-Delmas dont la cote ne cesse de baisser dans les sondages, dĂ©but mai 1974. Jeudi 4 avril, avant mĂȘme la fin du discours d’hommage d’Edgar Faure, prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, au prĂ©sident dĂ©funt, Chaban-Delmas avait annoncĂ© par un communiquĂ© Ayant Ă©tĂ© trois ans Premier ministre sous la haute autoritĂ© de Georges Pompidou et dans la ligne tracĂ©e par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, j’ai dĂ©cidĂ© d’ĂȘtre candidat Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Je compte sur l’appui des formations politiques de la majoritĂ© prĂ©sidentielle. » Candidature lancĂ©e trop tĂŽt ? Pas assez solide face Ă  Mitterrand Ă  gauche ? ConcurrencĂ©e par d’autres candidats Ă  droite ? Et Françoise Giroud de commenter Alors que MM. Giscard d’Estaing et Mitterrand provoquent des mouvements intenses d’admiration ou d’hostilitĂ©, parfois d’admiration et d’hostilitĂ© mĂȘlĂ©es, on a envie de demander, sans acrimonie, Ă  M. Chaban-Delmas Et vous, qu’est-ce que vous faites au juste dans cette affaire ? » Il encombre. Comment le battant a-t-il virĂ© Ă  l’ancien combattant ? » Il redevient dĂ©putĂ©, prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, toujours sportif et hyperactif, et il retrouve sa mairie de Bordeaux – surnommĂ©e la belle endormie ». ÂgĂ© de 80 ans et presque toujours aussi jeune d’allure, il soutient la candidature d’Alain JuppĂ© et se retire de la vie politique qu’il aura tant aimĂ©e, avec ce constant dĂ©sir de plaire qui irrita Pompidou. ALAIN JUPPÉ Premier ministre de Chirac qui le dĂ©signe comme le meilleur d’entre nous », homme de droite toujours droit dans ses bottes, il paie pour ceux de son camp en assumant diverses malversations. AprĂšs une carriĂšre politique presque aussi longue que Chaban, il lui succĂšde Ă  la mairie de Bordeaux pour dix ans et un marathon des travaux qui rĂ©veille la belle endormie ». Je suis droit dans mes bottes et je crois en la France. »3336 Alain JUPPÉ nĂ© en 1945, Premier ministre, TF1, 6 juillet 1995 Un mois aprĂšs son entrĂ©e en fonction, le plus fidĂšle ami de Chirac doit rĂ©pondre sur le loyer de son appartement parisien, trop bas pour ĂȘtre honnĂȘte, et la baisse de loyer demandĂ©e pour l’appartement de son fils Laurent. Affaire dĂ©risoire, mais symbolique. JuppĂ© devient vite impopulaire sa cote d’avenir » passe de 63 % en juin Ă  37 % en novembre baromĂštre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine. Sa dĂ©fense paraĂźt rigide, illustrĂ©e par l’expression qui le poursuivra empruntĂ©e Ă  la cavalerie militaire Je suis droit dans mes bottes. » Autrement dit, je ne plie pas, j’ai ma conscience pour moi. En dĂ©saccord avec son ministre de l’Économie et des Finances, Alain Madelin, il doit faire face Ă  sa dĂ©mission, le 26 aoĂ»t 1995, et le remplace par Jean Arthuis. Mais il reste Premier ministre, droit dans ses bottes. En 1996, AndrĂ© Santini, dĂ©putĂ© de droite et grand faiseur de petites phrases, reçoit le prix d’excellence dĂ©cernĂ© par le trĂšs sĂ©rieux Club de l’humour politique, pour avoir dĂ©clarĂ© Alain JuppĂ© voulait un gouvernement ramassĂ©, il n’est pas loin de l’avoir. » Un Premier ministre, on le lĂšche, on le lĂąche, on le lynche ! »3383 Alain JUPPÉ nĂ© en 1945. La MalĂ©diction Matignon 2006, Bruno Dive, Françoise Fressoz Il a vĂ©cu un court Ă©tat de grĂące, Premier ministre 1995-1997 et maire de Bordeaux. Reconnu plusieurs fois par Chirac comme le meilleur d’entre les hommes de droite », il se rend vite impopulaire par le projet de rĂ©forme des retraites, le gel des salaires des fonctionnaires, la dĂ©route des Juppettes huit femmes dĂ©barquĂ©es du gouvernement aprĂšs quelques mois d’exercice et cette raideur de l’homme qui se dit lui-mĂȘme droit dans ses bottes. » Mais le pire est Ă  venir. En 1998, il est mis en examen pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et prise illĂ©gale d’intĂ©rĂȘt » – pour des faits commis en tant que secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du RPR et maire adjoint de Paris aux finances, de 1983 Ă  1995. Le 30 janvier 2004, le tribunal correctionnel de Nanterre le condamne lourdement dix-huit mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris et dix ans d’inĂ©ligibilitĂ©. L’appel interjetĂ© suspend l’application de la peine, jusqu’à l’arrĂȘt de la cour d’appel. Le 1er dĂ©cembre 2004, condamnation rĂ©duite Ă  quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inĂ©ligibilitĂ©. JuppĂ© vit une traversĂ©e du dĂ©sert qui passe par le Canada
 Nombre de commentateurs bien informĂ©s estiment qu’il paie pour Chirac, reconnu comme responsable moralement. Il finira en beautĂ©, maire de Bordeaux, succĂ©dant Ă  Chaban et lui rendant Ă©lĂ©gamment hommage en baptisant l’un des grands travaux que lui doit la ville le fameux pont Jacques Chaban-Delmas qui relie les deux rives de la Garonne. LIONEL JOSPIN Premier ministre socialiste de cohabitation avec Chirac prĂ©sident de droite, il se rĂ©vĂšle beau joueur dans l’échec majeur de la gauche aux prĂ©sidentielles de 2002. Son retrait dĂ©finitif de la vie politique devient paradoxalement son premier titre de gloire. La nation est non seulement la rĂ©alitĂ© vivante Ă  laquelle nous sommes tous attachĂ©s, mais surtout le lieu oĂč bat le cƓur de la dĂ©mocratie, l’ensemble oĂč se nouent les solidaritĂ©s les plus profondes. La France, ce n’est pas seulement le bonheur des paysages, une langue enrichie des Ɠuvres de l’esprit ; c’est d’abord une histoire. »3343 Lionel JOSPIN nĂ© en 1937, Premier ministre, DĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale, 19 juin 1997 La cohabitation va durer cinq ans – un record sous la CinquiĂšme RĂ©publique. Le pouvoir du chef de l’État s’en trouve limitĂ©, mais sur la scĂšne internationale, avec les deux tĂȘtes de l’exĂ©cutif prĂ©sentes aux grands rendez-vous, la France parle d’une seule voix, la sienne. Pour commencer Ă  Ă©crire la suite de l’histoire de la France, Jospin forme un gouvernement d’union, centrĂ© sur quelques proches Martine Aubry, Claude AllĂšgre, Dominique Strauss-Kahn. Principale promesse de campagne les 35 heures payĂ©es 39 pour favoriser le partage du travail. C’est la mesure la plus populaire, la plus contestĂ©e aussi. Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la SolidaritĂ©, reste Ă  jamais la Dame des 35 heures », mĂȘme si Strauss-Kahn fut le premier Ă  prĂ©coniser la rĂ©duction du temps de travail RTT. Ancien professeur, Jospin affirme que l’école est le berceau de la RĂ©publique » et son ami AllĂšgre s’attelle Ă  la rĂ©forme, souhaitant dĂ©graisser le mammouth ». Mot maladroit qui entraĂźnera sa dĂ©mission. Pas de parcours politique sans Ă©chec. Celui de Jospin aux prochaines prĂ©sidentielles sera particuliĂšrement cruel – et sans doute injuste. J’assume pleinement la responsabilitĂ© de cet Ă©chec et j’en tire les conclusions, en me retirant de la vie politique. »3373 Lionel JOSPIN nĂ© en 1937, DĂ©claration du 21 avril 2002, au soir du premier tour des prĂ©sidentielles La gauche est hors-jeu et littĂ©ralement KO, la prĂ©sidentielle va se jouer Ă  droite toute. Lionel Jospin se prĂ©sente Ă  la tĂ©lĂ©vision et devant ses troupes, visage dĂ©fait, voix blanche Le rĂ©sultat du premier tour de l’élection prĂ©sidentielle vient de tomber comme un coup de tonnerre. Voir l’extrĂȘme droite reprĂ©senter 20 % des voix dans notre pays et son principal candidat affronter celui de la droite au second tour est un signe trĂšs inquiĂ©tant pour la France et pour notre dĂ©mocratie. Ce rĂ©sultat, aprĂšs cinq annĂ©es de travail gouvernemental entiĂšrement vouĂ© au service de notre pays, est profondĂ©ment dĂ©cevant pour moi et ceux qui m’ont accompagnĂ© dans cette action. Je reste fier du travail accompli. Au-delĂ  de la dĂ©magogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j’assume pleinement la responsabilitĂ© de cet Ă©chec et j’en tire les consĂ©quences en me retirant de la vie politique aprĂšs la fin de l’élection prĂ©sidentielle. » Ce 21 avril est l’une des dates chocs des annĂ©es 1990-2020 - avec les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le Non au rĂ©fĂ©rendum sur l’Europe 29 mai 2005, l’attentat hyper-mĂ©diatique contre Charlie Hebdo 7 janvier 2015. Ma mission Ă  moi Ă©tait de conduire la gauche Ă  la victoire prĂ©sidentielle. Et lĂ , on pourrait dire que l’équipage de la gauche a abandonnĂ© son capitaine. »3375 Lionel JOSPIN nĂ© en 1937, Ă  propos du 21 avril 2002. Lionel raconte Jospin 2010, Lionel Jospin Le bilan du parti socialiste Ă©tait honorable, mais son programme dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide aucune proposition propre Ă  faire rĂȘver les classes populaires dĂ©boussolĂ©es ou les jeunes avides d’idĂ©al. La campagne, mal conduite, devint une foire d’empoigne entre les 16 candidats, huit Ă  gauche, huit Ă  droite, chacun s’efforçant d’engranger un maximum de voix en prĂ©vision des Ă©lections lĂ©gislatives de juin. Le 21 avril fut parfois analysĂ© comme une nouvelle poussĂ©e d’extrĂȘme-droite, surtout ressenti comme tel par la jeunesse qui manifestait en masse, vent debout. C’est davantage une dĂ©mobilisation de la droite traditionnelle et plus encore de la gauche socialiste. Le PS va proïŹter de ce choc citoyen, des remords du corps Ă©lectoral et d’un rĂ©ïŹ‚exe de vote utile pour s’afïŹrmer comme la seule force autour de laquelle la gauche peut s’organiser. En attendant, Chirac est réélu avec l’alliance de toute la classe politique hormis les extrĂȘmes droite et gauche et un score sans prĂ©cĂ©dent 82,21 % des voix.
Leurdivorce date de là. Pompidou a sauvé le régime par son sang-froid, en 1968, alors que de Gaulle flanchait. Les législatives de juin

Nous sommes le 31 dĂ©cembre 1957. Il est 22 heures. Un coursier sonne Ă  la porte de Maurice et Claude Hersaint, alors qu’ils sont sur le dĂ©part pour prendre un train de nuit. À cette heure tardive et Ă  leur grande surprise, le coursier leur remet, de la part d’Óscar DomĂ­nguez, un petit paquet contenant un dessin encadrĂ©[1]. Le dessin reprĂ©sente une femme nue aux gros seins et Ă  tĂȘte d’oiseau, avec une fleur Ă  la main et une feuille au bec. Cette sorte de faune de la Saint Sylvestre est dĂ©diĂ© en ces termes au collectionneur Maurice Hersaint pour mon trĂšs cher Hersa[i]nt avec le souvenir de l’avenir / DomĂ­nguez ». DomĂ­nguez qui a crayonnĂ© ces mots le 31 dĂ©cembre 1957, quelques heures avant de se donner la mort, n’a fait que constater, au tournant de l’annĂ©e nouvelle, et avec un certain humour, que l’avenir n’était plus pour lui qu’un souvenir. Rivalisant avec l’humour d’un Jean-François Lacenaire en marche vers la guillotine, le peintre canarien a ainsi renouĂ© avec l’esprit de son ex-ami AndrĂ© Breton dont il avait rĂ©alisĂ© jadis la couverture du tirage de tĂȘte de l’Anthologie de l’humour noir. Mais si l’expression le souvenir de l’avenir » a pu paraĂźtre ironique et terrible Ă  l’homme DomĂ­nguez se prĂ©parant au suicide, la formule Ă©tait nĂ©anmoins familiĂšre au peintre natif de Tenerife, qui ne pouvait pas ne pas se souvenir de deux de ses Ɠuvres majeures de 1938, Ă  savoir, le dessin Le Souvenir de l’avenir publiĂ© dans le recueil Trajectoire du rĂȘve, et la toile Souvenir de l’avenir, une des premiĂšres manifestations de sa peinture lithochronique. Le dessin et la toile Examinons d’abord le dessin Le Souvenir de l’avenir. Tandis qu’un cygne se profile Ă  l’horizon, on dĂ©couvre au premier plan une sorte de meuble incurvĂ© et oblong, surmontĂ© d’un phonographe Ă  pavillon et servant de piĂ©destal Ă  une crĂ©ature mi-femme mi-cygne, dont la robe Ă©pouse exactement la forme d’un pavillon de gramophone. Or si nous combinons en pensĂ©e d’une part le phonographe Ă  pavillon et d’autre part la crĂ©ature fĂ©minine Ă  la robe Ă©vasĂ©e d’oĂč Ă©mergent d’un cĂŽtĂ© deux pieds cambrĂ©s et de l’autre un bras coudĂ©, on obtient trĂšs exactement le fameux objet de DomĂ­nguez intitulĂ© Jamais reprĂ©sentant les pieds chaussĂ©s de talons aiguilles d’une femme happĂ©e par un pavillon de gramophone et dont une main nĂ©anmoins ressort par le conduit Ă©troit du pavillon pour remplir la fonction d’un bras de phonographe frĂŽlant les seins et le ventre d’un plateau en rotation. Proposons une lecture sonore du dessin et de l’objet. Commençons par le dessin, oĂč coexistent un phonographe en Ă©tat de marche et une femme-cygne en position de danseuse. Ne pourrait-on pas dire, vu le cygne au fond du dessin, qu’est mis en scĂšne ici le fabuleux chant du cygne, du doux et merveilleux chant que le cygne ferait entendre avant de mourir ? Le titre du dessin, Le Souvenir de l’avenir, aurait alors un sens prĂ©monitoire. Il annoncerait la mort imminente de la ballerine ou de la femme-cygne. Mais dĂšs que l’on passe Ă  l’objet, il n’y a plus de doute, la mort est Ă  l’Ɠuvre. La femme aux talons aiguilles est bel et bien absorbĂ©e par le pavillon du gramophone. Comme elle fait corps avec l’instrument, on peut Ă  nouveau parler de chant du cygne. N’est-ce pas, pour DomĂ­nguez, mais aussi pour nous, qu’un phonographe fait entendre, ou fait mĂȘme vibrer, les accents de la vie, dans les sillons de la mort ? Quant au titre de l’objet, Jamais, il a beau sonner comme un refus de la mort, il finit par dĂ©signer ce que prĂ©cisĂ©ment il veut dĂ©nier, c’est-Ă -dire l’instance de la mort emportant ou ravissant la frĂȘle et exquise danseuse. En cette mĂȘme annĂ©e 1938, oĂč l’objet Jamais est prĂ©sentĂ© Ă  l’exposition internationale du surrĂ©alisme de la galerie des Beaux-Arts et oĂč le dessin Le Souvenir de l’avenir paraĂźt dans le recueil Trajectoire du rĂȘve d’AndrĂ© Breton, DomĂ­nguez peint Souvenir de l’avenir, un de ses premiers tableaux lithochroniques. Le dessin et la toile ont beau avoir le mĂȘme titre, ils n’ont pas le mĂȘme motif. En effet, nulle trace de personnage da ns la toile Souvenir de l’avenir, hormis une machine Ă  Ă©crire aux touches Ă©chevelĂ©es, modeste artefact perdu dans un vaste paysage minĂ©ral oĂč les plissements gĂ©ologiques du relief le disputent Ă  d’infranchissables failles. Quand il peint cette toile, Óscar DomĂ­nguez commence Ă  prendre conscience de la minĂ©ralisation du temps, du concept de peinture ou de sculpture lithochronique qu’il dĂ©veloppera bientĂŽt avec Ernesto SĂĄbato. Le titre du tableau, Souvenir de l’avenir, tĂ©moigne que le peintre nĂ© Ă  La Laguna a la ferme intention de batailler avec le temps. Mais tandis que le dessin Le Souvenir de l’avenir et l’objet Jamais, qui en est l’illustration concrĂšte, magnifiaient l’image onirique du chant du cygne ou de la femme qui disparaĂźt, la toile Souvenir de l’avenir qui met Ă  nu les strates gĂ©ologiques du relief et pĂ©trifie mĂȘme un nuage, entend moins figurer le temps par une image fulgurante qu’embrasser sa notion et en indiquer les linĂ©aments. Mais, dans le paysage minĂ©ral et dĂ©solĂ© du tableau, la petite machine Ă  Ă©crire aux touches dĂ©glinguĂ©es ne passe pas inaperçue. On dĂ©couvre en effet, et cela pourrait nous faire remonter jusqu’aux futuristes, que la machine Ă  Ă©crire comme le phonographe sont des capteurs ou des intercesseurs du temps. Il semblerait, par exemple, que la feuille de papier enroulĂ©e sur la machine Ă  Ă©crire de Souvenir de l’avenir pourrait comporter quelque message dactylographiĂ© et pourquoi pas quelque confession Ă  portĂ©e testamentaire. Le souvenir du futur En 1938, il y a un avis de tempĂȘte pour DomĂ­nguez. La guerre en Espagne le tient plus que jamais Ă©loignĂ© de Tenerife. Il a une grande part de responsabilitĂ© dans l’accident qui vaut Ă  Victor Brauner la perte d’un Ɠil. Et, bien entendu, les menaces de dĂ©flagration qui pĂšsent sur l’Europe n’ont aucune raison d’épargner la France. Tout cela contribue Ă  une interrogation ardente sur le passĂ©, le prĂ©sent et le futur. Mais comment expliquer, plus prĂ©cisĂ©ment, que DomĂ­nguez ait fait sienne l’expression souvenir de l’avenir » ? En fait, le fameux rĂȘve d’AndrĂ© Breton du 7 fĂ©vrier 1937 oĂč le peintre de Tenerife fait surgir de sa toile des lions fellateurs peut nous mettre sur la piste. En effet, quand le peintre de La Laguna anime d’abord sa toile en nouant des arbres, qu’il transforme ensuite en lions fellateurs, pour faire jaillir enfin une aurore borĂ©ale, il produit certes du mouvement, mais, mieux encore, il rĂ©alise, tel un cinĂ©aste, l’équivalent d’une durĂ©e filmique. Pour tout dire, Breton dĂ©couvre en DomĂ­nguez un peintre du temps, et qui plus est, un peintre orgiaque et cosmique. Et comme de surcroĂźt, Breton accorde au rĂȘve, tout au moins sur le plan thĂ©orique, une valeur prĂ©monitoire, on peut penser que cela engage DomĂ­nguez, en particulier aux yeux de Breton, Ă  devenir un voyant du temps. Mais que DomĂ­nguez devienne un guetteur ou un voyant du temps, cela n’a rien d’étonnant, si l’on songe que le surrĂ©alisme ne poursuit rien d’autre que le hasard objectif ou la magnĂ©tisation des durĂ©es. À cet Ă©gard, il faut examiner de prĂšs le frontispice de l’édition de 1927 de l’Introduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, un frontispice reproduisant une page autographe d’AndrĂ© Breton. Durant l’hiver 1924-1925, l’auteur de l’Introduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ© avait jetĂ© sur le papier les concepts philosophiques de ce qu’il faut bien appeler le temps sans fil surrĂ©aliste. Or, en bas de cette page manuscrite, qui tient Ă  la fois du plan et du brouillon, on voit apparaĂźtre l’expression Le souvenir du futur », qui est l’équivalent exact de la formule Le souvenir de l’avenir », que DomĂ­nguez utilisera Ă  deux reprises en 1938. L’important n’est pas de savoir si, oui ou non, Breton a soufflĂ© Ă  DomĂ­nguez le titre Le Souvenir de l’avenir, mais de constater qu’il y a de la part de DomĂ­nguez comme de Breton un vĂ©ritable attrait pour la notion de temps. DĂšs lors, il faut se pencher sĂ©rieusement sur la partie du frontispice oĂč figure l’expression Le souvenir du futur », une formulation que Breton a d’ailleurs tenu Ă  souligner. Voyons la premiĂšre phrase de ce qu’il faut dĂ©signer comme la quatriĂšme partie du frontispice. Cette phrase est composĂ©e d’un Ă©noncĂ© suivi d’une parenthĂšse Je me souviens la part de ce que l’on m’on accordera que j’invente dans ce dont je me souviens ». On le voit, pour AndrĂ© Breton, la mĂ©moire est sujette Ă  caution. Il y a dans la remĂ©moration du passĂ© une part qui est authentique, vĂ©ridique ou fidĂšle, mais il y a aussi une part de pure fabulation dans les souvenirs, comme si l’imagination s’invitait au festin des Ă©vĂ©nements passĂ©s ou rĂ©volus. C’est donc aprĂšs avoir notĂ© cette phrase sur le souvenir proprement dit, un souvenir qui est autant une imagination du passĂ© qu’une mĂ©moire du passĂ©, que Breton lui adjoint l’expression audacieuse de souvenir du futur ». Une expression audacieuse, qui rĂ©sulte d’une simple symĂ©trie dans la pensĂ©e de Breton. En effet, de mĂȘme que l’imagination vient troubler l’évocation du passĂ©, la mĂ©moire Ă  son tour vient hanter les contrĂ©es du futur. DĂšs lors, Breton est Ă  mĂȘme de distinguer les trois types d’anticipations qui incarnent Ă  merveille le souvenir du futur, Ă  savoir, les promesses, les prophĂ©ties et les antĂ©cĂ©dents. En qui concerne les promesses, Breton affirme qu’elles seront tenues ou non », tout en ajoutant, dans une parenthĂšse, qu’elles seront forcĂ©ment tenues ». Dans quelle mesure sommes-nous amenĂ©s Ă  tenir nos promesses ? Sous quel angle aborder les promesses ? Faut-il y voir des engagements moraux ou des vecteurs du temps ? Et surtout, que veut dire Breton, quand il Ă©crit que les promesses seront forcĂ©ment tenues ? À notre sens, Breton suggĂšre que l’enjeu de la promesse n’est pas moral mais temporel. Je ne tiens pas ma promesse par devoir ou par obligation. Je tiens ma promesse parce que ma mĂ©moire anticipatrice fait de la promesse un souvenir dĂ©jĂ  inscrit dans le devenir, bref un souvenir du futur. Une vraie promesse n’est pas faite en l’air. C’est le premier exercice d’une crĂ©ation patiente ou continuĂ©e. En ce qui concerne les prophĂ©ties, Breton note Les prophĂ©ties rĂ©alisĂ©es ou non », suivi de la parenthĂšse forcĂ©ment rĂ©alisĂ©es ». Une fois de plus, qu’est-ce qui incline AndrĂ© Breton Ă  dĂ©clarer que les prophĂ©ties seront forcĂ©ment rĂ©alisĂ©es », alors qu’il sait pertinemment que nombre de prophĂ©ties ont Ă©tĂ© dĂ©menties ? À ses yeux, les prophĂ©ties se rĂ©aliseront nĂ©cessairement, non en raison d’une prescience ou d’une excellence dans la prĂ©vision mais en vertu d’une voyance ou d’un souvenir de l’avenir. La prophĂ©tie est le deuxiĂšme cas de figure de l’intuition d’une durĂ©e. Enfin, pour ce qui est des antĂ©cĂ©dents, Breton couche sur le papier cet Ă©noncĂ© purement nietzschĂ©en Les antĂ©cĂ©dents, ce qui m’annonce et ce que j’annonce. » Le concept de souvenir du futur prend ici son plein essor. De mĂȘme qu’il y avait des prĂ©dĂ©cesseurs attendant la venue d’AndrĂ© Breton et comptant sur lui, Breton a lui-mĂȘme des successeurs et non des disciples, dĂ©jĂ  inscrits sur les tablettes du futur. Comment dire ? D’un cĂŽtĂ©, on songe Ă  Spinoza et Ă  Diderot, car ce qui advient, dans la sĂ©rie des antĂ©cĂ©dents et des consĂ©quents, c’est la persĂ©vĂ©ration ou la perpĂ©tuation fatale d’un dĂ©sir, et d’un autre cĂŽtĂ© on pense Ă  Bergson et Ă  Nietzsche, car ce qui survenait hier et retentira demain, c’est l’intuition d’une durĂ©e ou la crĂ©ation intempestive d’une flopĂ©e d’évĂ©nements. Il nous faut mentionner maintenant la derniĂšre ligne du frontispice, qui s’inscrit juste aprĂšs les Ă©noncĂ©s relatifs au souvenir du futur. Breton conclut par ces deux formules NĂ©gation de la mort. L’insuffisance religieuse. » Remarquons d’abord que Breton, en prĂŽnant la nĂ©gation de la mort, ne fait que se conformer au sixiĂšme et dernier secret de l’art magique surrĂ©aliste, rĂ©vĂ©lĂ© peu auparavant dans le Manifeste du surrĂ©alisme et qui a pour titre Contre la mort ». À elles seules, les expressions NĂ©gation de la mort » du frontispice et Contre la mort » du Manifeste du surrĂ©alisme, nous font sentir que la pensĂ©e surrĂ©aliste est une spĂ©culation sur le temps qui n’est pas arrimĂ©e Ă  la mort, contrairement Ă  la pensĂ©e de Pascal et de Kierkegaard ou celle Ă  venir de Heidegger. Il y a nĂ©anmoins une mort qui taraude les surrĂ©alistes, c’est le suicide, c’est la mort volontaire. Elle fait d’ailleurs l’objet, exactement Ă  l’époque qui nous occupe, d’une enquĂȘte dans La RĂ©volution surrĂ©aliste Le suicide est-il une solution ? ». Remarquons ensuite, mais fort briĂšvement, d’une part, que le sixiĂšme secret de l’art magique surrĂ©aliste intitulĂ© Contre la mort » sera suivi en 1936 d’un septiĂšme secret qu’AndrĂ© Breton consacrera Ă  la dĂ©calcomanie sans objet prĂ©conçu » inventĂ©e par DomĂ­nguez, septiĂšme secret qu’il intitulera Pour ouvrir Ă  volontĂ© sa fenĂȘtre sur les plus beaux paysages du monde et d’ailleurs », et d’autre part que le Contre la mort » du Manifeste du surrĂ©alisme est insĂ©parable du frontispice de l’Introduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. Relisons le dĂ©but de Contre la mort » Le surrĂ©alisme vous introduira dans la mort qui est une sociĂ©tĂ© secrĂšte. Il gantera votre main, y ensevelissant l’M profond par lequel commence le mot MĂ©moire. » Il s’agit ici, non pas d’ignorer la mort mais de la subvertir. L’art magique surrĂ©aliste prĂ©conise d’enfiler un gant pour se garder de la mort et y enfouir la mĂ©moire. Cette main surrĂ©aliste, qui n’est pas une main amie de la mort, c’est la main rouge de L’Énigme de la fatalitĂ©, le tableau triangulaire de Giorgio de Chirico acquis par AndrĂ© Breton[2]. Ou bien, dans le Destin du poĂšte, autre toile de Chirico, c’est la main noire surplombant un livre et un Ɠuf. Mieux encore, dans Le Chant de l’amour, c’est le gant en caoutchouc rose, un gant de sage-femme, qui autorise Giorgio de Chirico Ă  cĂ©lĂ©brer sa propre naissance. En somme, quand un surrĂ©aliste prend en main son destin, il coffre sa mĂ©moire et dĂ©livre son imagination. Il peut ouvrir ainsi la voie aux souvenirs du futur. Si l’on n’était pas convaincu que Breton invoque la peinture mĂ©taphysique de Chirico pour mieux affronter la fatalitĂ© et la mort, il suffirait de lire la suite du sixiĂšme secret de l’art magique surrĂ©aliste Ne manquez pas de prendre d’heureuses dispositions testamentaires je demande pour ma part, Ă  ĂȘtre conduit au cimetiĂšre dans une voiture de dĂ©mĂ©nagement. » Que dire d’autre, sinon que Breton songe Ă  la voiture jaune de dĂ©mĂ©nagement que Chirico a peinte dans L’Angoisse du dĂ©part ou dans L’Énigme d’une journĂ©e ou encore dans MystĂšre et mĂ©lancolie d’une rue. En fait, Giorgio de Chirico, qui Ă©tait hantĂ© par le sĂ©jour et l’effondrement de Nietzsche Ă  Turin, a fait de la peinture un art de divination, un art hallucinatoire requĂ©rant tantĂŽt un gant chirurgical tantĂŽt une voiture de dĂ©mĂ©nagement. Citons enfin la seconde disposition testamentaire Que mes amis dĂ©truisent jusqu’au dernier exemplaire l’édition du Discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. » VoilĂ  un cas emblĂ©matique de souvenir du futur. Alors que Breton publie, en mars 1925 puis en juin 1927, l’Introduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, il n’écrira pourtant pas le Discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, dont il a annoncĂ© la parution[3], mais dont il a aussi prĂ©vu l’annihilation de l’édition. Breton a-t-il sabordĂ© l’écriture du Discours sur le peu de rĂ©alitĂ© pour annuler la disposition testamentaire sur la destruction de l’édition, ou tout au contraire, s’est-il abstenu d’écrire l’ouvrage, procĂ©dant ainsi Ă  son effacement et facilitant Ă  coup sĂ»r la disposition testamentaire ? Dans les deux cas, il y a un retentissement dans le futur du projet initial de destruction. C’est cela mĂȘme un souvenir du futur. Le Discours sur le peu de rĂ©alitĂ©, comme son titre l’indique, est un livre mort-nĂ© que Breton, Ă  sa mort, a emportĂ© dans une voiture de dĂ©mĂ©nagement. Marie-Louise, la suicidĂ©e RĂ©capitulons notre parcours. Avant de se suicider, Óscar DomĂ­nguez a dessinĂ© une sorte d’autoportrait mi-femme mi-faune. Un dessin dĂ©diĂ© Ă  Maurice Hersaint et portant comme mention avec le souvenir de l’avenir ». Or en 1937-1938, DomĂ­nguez avait conçu l’objet surrĂ©aliste Jamais montrant une femme plongeant dans un pavillon de gramophone et un dessin apparentĂ© intitulĂ© Le Souvenir de l’avenir, Ă  quoi venait s’ajouter la toile Souvenir de l’avenir dont la prĂ©occupation lithochronique Ă©tait patente. Il nous a alors semblĂ© bon de rappeler que vers 1925 Breton avait analysĂ© le concept de souvenir du futur » dans une page autographe servant de frontispice Ă  l’Introduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. Et nous avons pu Ă©voquer Ă  cette occasion deux dispositions testamentaires d’AndrĂ© Breton. Il nous faut Ă  prĂ©sent mettre sur le tapis un dessin de DomĂ­nguez de 1942, qu’il faut bien appeler La SuicidĂ©e[4]. Le dessin est dĂ©diĂ© Ă  Gilbert Senecaut, un poĂšte belge qui publie, la mĂȘme annĂ©e, sa premiĂšre plaquette intitulĂ©e L’Érection expĂ©rimentale[5] Pour Senecaut / Souvenir de / DomĂ­nguez / Paris 42 ». Au premier plan et comme prise en plongĂ©e par une camĂ©ra, se tient en Ă©quilibre instable sur le rebord d’un toit de terrasse une femme nue aux seins multiples. L’inscription LA SUICIDÉE » tracĂ©e sur le pignon de l’immeuble attenant, ainsi qu’une flĂšche prĂ©figurant le sens de la chute, ne nous cĂšle rien sur le sort de cette femme qui ne manquera pas de choir, deux Ă©tages plus bas, sur le pavĂ© de la rue. Cette reprĂ©sentation d’une suicidĂ©e dans un dessin de DomĂ­nguez pourrait paraĂźtre fortuite si le peintre canarien n’avait justement mentionnĂ© le suicide d’une femme Ă  la fin de La pĂ©trification du temps », dont la publication est contemporaine du dessin. Relisons le dernier paragraphe du texte fondateur de la peinture ou de la sculpture lithochronique Le hasard objectif sera un Ă©lĂ©ment trĂšs important dans le choix des Ă©lĂ©ments Ă  superposer. Les Ă©tranges langoustes empaillĂ©es, les fossiles, les coquillages, les Ă©lĂ©phants bourrĂ©s de crins, etc. attendent avec la plus vive angoisse que les mains du poĂšte viennent les livrer Ă  l’espace, cet espace oĂč Marie-Louise a laissĂ© Ă  tout jamais la surface lithochronique authentiquement convulsive de son suicide, le jour oĂč elle se jeta dans le vide du dernier Ă©tage de la grande tour[6]. » Il n’y a pas de doute, le dessin La SuicidĂ©e semble vouloir illustrer le suicide de Marie-Louise se jetant dans le vide depuis la terrasse d’une maison ou du haut d’une tour[7]. On est tentĂ© de lire ces lignes conclusives, concrĂštes et abruptes, sur la dĂ©marche lithochronique de deux façons. Ou bien le procĂ©dĂ© lithochronique exige que le poĂšte, le peintre ou le sculpteur projette un objet, par exemple des langoustes empaillĂ©es, dans le vide de la rue, du haut d’une fenĂȘtre jusqu’au bas de l’immeuble, dans cet espace marquĂ© Ă  jamais par le suicide de Marie-Louise[8]. Ou bien, si le terme de Marie-Louise dĂ©signait plutĂŽt cette large bordure en carton utilisĂ©e par les encadreurs pour un dessin ou une gouache, alors la Marie-Louise serait la surface lithochronique par excellence, cette surface enveloppante oĂč viendraient s’abĂźmer ou mourir les crĂ©atures les plus vivantes comme les objets les plus surannĂ©s. En fait, c’est dans le n° 10 de Minotaure, datĂ© Hiver 1937 », que DomĂ­nguez a dĂ©couvert un bois de Posada intitulĂ© Marie-Louise, la suicidĂ©e, le graveur mexicain ayant saisi au vol, dans un dĂ©cor de cathĂ©drale monumentale, la frĂȘle silhouette d’une femme plongeant dans le vide. La gravure de Posada, La Suicida MarĂ­a-Luisa, relate le suicide de SofĂ­a Ahumada, une jeune ouvriĂšre de vingt ans, nerveuse et suicidaire, qui dans la matinĂ©e du 31 mai 1899, se prĂ©cipita dans le vide du haut d’une tour de la cathĂ©drale de Mexico, juste aprĂšs une courte dispute avec son fiancĂ© Bonifacio MartĂ­nez, l’horloger de la cathĂ©drale. Le suicide a suffisamment marquĂ© les esprits pour susciter une complainte populaire Ya SofĂ­a Ahumada muriĂł, Volando de Catedral; ÂĄQuĂ© momento tan fatal; La infelix se suicidĂł! L’étonnant est que le prĂ©nom de MarĂ­a-Luisa qui lĂ©gende le bois gravĂ© de Posada semble avoir Ă©tĂ© empruntĂ© Ă  un autre suicide survenu aussi Ă  Mexico, mais dans la matinĂ©e du 4 dĂ©cembre 1909. MarĂ­a-Luisa Nocker, une jeune fille de quinze ans, aprĂšs avoir passĂ© une nuit Ă  l’hĂŽtel avec Rodolfo Gaona, un cĂ©lĂšbre torĂ©ador, se suicida d’une balle de revolver en rentrant Ă  son domicile. Notre propos n’est pas tant de repĂ©rer les signes prĂ©curseurs du suicide de DomĂ­nguez, que de dĂ©couvrir ce qui se passe entre le peintre qui a conçu l’objet Jamais, les deux versions du Souvenir de l’avenir et le dessin La SuicidĂ©e, et le poĂšte AndrĂ© Breton qui a eu recours aux concepts de souvenir du futur » et de hasard objectif. Il existe entre eux une vraie complicitĂ©, intellectuelle et affective. Quand le 7 fĂ©vrier 1937 Breton rĂȘve de DomĂ­nguez en train de peindre, il en fait un dĂ©miurge de la peinture animĂ©e, Ă  la fois le dessinateur de vues hallucinatoires et l’opĂ©rateur de plans ou de durĂ©es filmiques. Dans le rĂȘve de Breton, DomĂ­nguez, l’inventeur de la dĂ©calcomanie sans objet prĂ©conçu, se rĂ©vĂšle ĂȘtre en possession d’un nouveau procĂ©dĂ© automatique enchaĂźnant sur la toile des plans et des Ă©vĂ©nements. Somme toute, serait en germe dĂšs cette date le projet lithochronique, qui irait comme un gant au peintre et Ă  la personnalitĂ© d’Óscar DomĂ­nguez. Dans la nuit du 27 au 28 aoĂ»t 1938, Óscar DomĂ­nguez est Ă  l’origine de la blessure accidentelle qui vaut Ă  Victor Brauner la perte de l’Ɠil gauche. Dans L’Ɠil du peintre », une Ă©tude dĂ©taillĂ©e publiĂ©e dans la derniĂšre livraison de Minotaure, Pierre Mabille rapportera cette Ă©nuclĂ©ation Ă  une sĂ©rie de tableaux prĂ©monitoires peints par Victor Brauner. MĂȘme si Mabille n’utilise pas explicitement le concept de Breton, les toiles invoquĂ©es apparaissent comme autant de souvenirs du futur ». Parmi ces toiles, il faudrait d’ailleurs faire un sort Ă  Paysage mĂ©diterranĂ©en de 1932, oĂč un personnage masculin a l’Ɠil percĂ© par une tige surmontĂ©e de la lettre D, qui est prĂ©cisĂ©ment l’initiale de DomĂ­nguez. De surcroĂźt, si l’on voulait Ă©tablir une parentĂ© entre les tableaux prĂ©monitoires de Brauner et la peinture lithochronique de DomĂ­nguez, il suffirait de remarquer que la peintre canarien a choisi d’illustrer son texte La pĂ©trification du temps » avec L’Estocade lithochronique, un tableau oĂč l’épĂ©e fichĂ©e dans la nuque du taureau se signale par une poignĂ©e Ă©carlate Ă©pousant la forme de la lettre D, et pour que personne ne s’y trompe, DomĂ­nguez a tracĂ©, Ă  la suite de l’initiale D, les autres lettres de son patronyme. AprĂšs la guerre, dans une lettre Ă  Victor Brauner, Óscar DomĂ­nguez emploiera spontanĂ©ment la formule grand souvenir de l’avenir » pour qualifier l’Ɠuvre et les tableaux prĂ©monitoires d’un peintre dont il avait Ă©tĂ© lui-mĂȘme l’instrument d’une Ă©nuclĂ©ation fatale Ma visite Ă  ton atelier, grand souvenir de l’avenir, et surtout grand soulagement, car on n’est pas tout seul dans le monde[9]. » Revenons Ă  la derniĂšre livraison de Minotaure. AndrĂ© Breton y prĂ©sente Souvenir du Mexique », accompagnĂ© de magnifiques photos d’Alvarez Bravo. Une photo cadrant un atelier de cercueils pour enfants est ainsi commentĂ©e par Breton Le rapport de la lumiĂšre Ă  l’ombre, de la pile de boĂźtes Ă  l’échelle et Ă  la grille et l’image poĂ©tiquement Ă©clatante obtenue par l’introduction du pavillon de phonographe dans le cercueil infĂ©rieur sont supĂ©rieurement Ă©vocateurs de l’atmosphĂšre sensible dans laquelle baigne tout le pays. » DĂ©cidĂ©ment, le pavillon de gramophone peut convoquer la mort. Au Mexique, le photographe Alvarez Bravo dispose un pavillon dans un cercueil d’enfant. Tandis qu’à Paris, le peintre DomĂ­nguez fait entendre, aussi bien dans l’objet Jamais que dans le dessin Le Souvenir de l’avenir, le chant du cygne d’une femme plongeant dans un pavillon de phonographe. La bifurcation de Marseille NĂ© le 8 dĂ©cembre 1902 Ă  Sagua la Grande, Wifredo Lam, qui est aussi prĂ©nommĂ© Oscar de la Concepcion, passe son enfance et sa jeunesse Ă  Cuba. Il vivra quinze ans de sa vie d’adulte surtout Ă  Madrid puis quittera l’Espagne au printemps 1938 pour rejoindre Paris. Ce sera la rencontre coup de foudre » avec Picasso qui reconnaĂźtra et intronisera Wifredo Lam comme peintre. Outre sa connivence avec Picasso, Lam se sentira vite Ă  l’aise parmi les surrĂ©alistes. Il y a incontestablement un parallĂšle Ă  faire entre Wifredo Lam et Óscar DomĂ­nguez, qui, nĂ© Ă  La Laguna le 7 janvier 1906, quittera aussi son Ăźle lointaine, et rĂ©sidera, Ă  partir de 1929, beaucoup plus Ă  Paris qu’aux Canaries. EntrĂ© dans le groupe surrĂ©aliste en septembre 1934, l’inventeur de la dĂ©calcomanie du dĂ©sir aura des relations privilĂ©giĂ©es avec AndrĂ© Breton. Justement, c’est Ă  Marseille, durant l’hiver 1940-1941, qu’on mesure le mieux Ă  quel point le surrĂ©aliste canarien est proche de Breton et Ă  quel point le peintre cubain se sent devenir surrĂ©aliste. Au printemps 1940, DomĂ­nguez est chargĂ© de la couverture du tirage de tĂȘte de l’Anthologie de l’humour noir. Au dĂ©but de 1941, il revient Ă  Wifredo Lam d’illustrer le poĂšme Fata Morgana. Le plus surprenant est que Lam se saisit de l’occasion pour dessiner d’une toute nouvelle maniĂšre, vĂ©ritable point de dĂ©part de son imaginaire et de son art surrĂ©aliste. De plus, DomĂ­nguez et Lam participent Ă  la refondation du jeu de cartes, rebaptisĂ© par les surrĂ©alistes jeu de Marseille. Le sort a voulu que les peintres natifs de l’üle de Tenerife et de l’üle de Cuba aient eu Ă  dessiner les quatre Ă©toiles noires du RĂȘve l’As et le Mage Freud pour DomĂ­nguez, le GĂ©nie LautrĂ©amont et la SirĂšne Alice pour Lam. Et l’étonnant, lĂ  encore, est que cette expĂ©rience est dĂ©cisive pour Lam. Car on pressent, dans la carte LautrĂ©amont, la jungle foisonnante, et dans la carte Alice, la femme-cheval en transe, deux des visions typiques de la peinture Ă  venir de Lam. Au fond, sachant qu’à Marseille, en 1941, les deux exilĂ©s DomĂ­nguez et Lam sont au cƓur du groupe surrĂ©aliste, il faut nous interroger sur leur destin respectif. Pourquoi le premier sort-il du circuit surrĂ©aliste Ă  la LibĂ©ration et doute-t-il plus que jamais de lui-mĂȘme pendant les annĂ©es cinquante ? Pourquoi, au contraire, le second reste-t-il liĂ© au groupe et continue-t-il Ă  croire en sa bonne Ă©toile ? Le retour pour Lam au pays natal, sur une terre Ă©pargnĂ©e par la guerre mondiale n’explique pas Ă  lui seul l’extraordinaire fĂ©conditĂ© de la peinture de Lam en 1942 et 1943. En ce qui concerne DomĂ­nguez, rien ne l’empĂȘchait, en s’éloignant de Breton, de creuser son propre sillon et de continuer Ă  affirmer sa singularitĂ©. On pourrait aborder le problĂšme sous un autre angle. Dans un premier temps, Picasso a Ă©tĂ© pour Lam un modĂšle indĂ©passable. Ensuite, Picasso a adoubĂ© son neveu », l’élevant Ă  l’ordre de la peinture. Mais Ă  partir de 1941, Lam s’est engagĂ© dans le giron surrĂ©aliste tout en inventant une peinture surnaturaliste des corps dĂ©membrĂ©s et en transe. Ce qui ne l’empĂȘchera pas de conserver de bonnes relations avec Picasso. En revanche, entre DomĂ­nguez et Breton, les choses se passent un peu diffĂ©remment. D’abord, DomĂ­nguez, qui vit Ă  Paris, met quelques annĂ©es avant de faire son entrĂ©e dans le groupe surrĂ©aliste. Ensuite de 1934 Ă  1941, les relations entre DomĂ­nguez et Breton sont au beau fixe, avec comme moments forts 1. le voyage aux Canaries ; 2. la dĂ©couverte d’une dĂ©calcomanie Ă©quivalant Ă  la recherche du Point Sublime ; 3. le rĂŽle dĂ©volu Ă  DomĂ­nguez, dans le rĂȘve du 7 fĂ©vrier 1937, de cameraman d’une peinture animĂ©e ; 4. la volontĂ© du peintre canarien d’explorer le temps, aussi bien dans l’objet Jamais que dans sa thĂ©orie et sa pratique lithochronique. 5. enfin le jeu de Marseille qui tĂ©moigne du collagisme surrĂ©aliste. Pourtant, en dĂ©pit de cette pĂ©riode faste, quelque chose de dĂ©saccordĂ©, aprĂšs Marseille, se produira entre DomĂ­nguez et Breton. Cela sera visible au retour de Breton Ă  Paris. En effet, le 30 mai 1946, DomĂ­nguez s’inquiĂ©tera, Breton ne lui ayant pas fait signe. Il chargera alors Maud Bonneaud, son Ă©pouse depuis un an, de lui Ă©crire pour une reprise de contact Mon cher AndrĂ© / Oscar m’a dit “ Toi que tu es dans la littĂ©rature ”, Ă©cris Ă  AndrĂ© que nous attendons toujours son coup de tĂ©lĂ©phone. / Nous sommes en effet extrĂȘmement impatients de vous revoir. Nous pensons que c’est important. Tant de bruits circulent, tant d’histoires ont Ă©tĂ© inventĂ©es, qu’Oscar tiendrait beaucoup Ă  tirer cela au clair avec vous[10]. » Dans cette lettre, oĂč Maud et Óscar expriment leur trĂšs grande affection » Ă  Breton et manifestent qu’ils seraient tellement heureux » de le revoir, on perçoit une certaine gĂȘne, pour ne pas dire une vive alarme. Quels pouvaient bien ĂȘtre les bruits et rumeurs autour d’Óscar DomĂ­nguez ? Il est difficile de le savoir. En revanche, ce qui pouvait avoir plus qu’irritĂ© AndrĂ© Breton, c’est que Paul Éluard, en dĂ©cembre 1943, et Georges Hugnet, en janvier 1945, avaient prĂ©facĂ© le catalogue d’une exposition DomĂ­nguez. Il paraissait alors peu pensable que le peintre canarien puisse ĂȘtre du cĂŽtĂ© de Breton tout en frĂ©quentant ouvertement Paul Éluard et Georges Hugnet, devenus des adversaires du surrĂ©alisme. Il est curieux aussi de constater une sorte de chassĂ©-croisĂ© entre Lam et DomĂ­nguez, au dĂ©but des annĂ©es quarante. Quand le premier s’émancipe de Picasso, le second semble vouloir l’élire comme modĂšle. Ce chassĂ©-croisĂ© n’empĂȘche pas une certaine rencontre entre les deux peintres insulaires. Par exemple, il y a une prolifĂ©ration de seins dans plusieurs dessins de Lam destinĂ©s Ă  Fata Morgana comme dans le frontispice d’Au fil du vent et La SuicidĂ©e de DomĂ­nguez. Ou encore, il y a une mĂȘme figuration voluptueuse de femme renversĂ©e dans une gouache de Lam de 1942 et dans La RĂȘveuse, une toile de DomĂ­nguez de 1943. Bien entendu, les deux peintures ne sont pas superposables. Mais il reste que quand le cubain affirmera et cultivera sa singularitĂ©, le canarien aiguisera moins son gĂ©nie et tĂątonnera davantage. L’émulation surrĂ©aliste manquera Ă  DomĂ­nguez. En 1947, il ne pourra pas, dans le cadre de l’exposition internationale du surrĂ©alisme, honorer LautrĂ©amont et Ă©lever un autel Ă  la Chevelure de Falmer, comme le fera Lam. Il y a un indice qui ne trompe pas. À Marseille, durant l’hiver 1940-1941, les surrĂ©alistes semblent sous le charme d’HĂ©lĂšne Holzer, la compagne de Wifredo Lam. Le jour de son anniversaire, le 19 janvier 1941, un petit carnet recueillera les hommages, entre autres, de Victor Brauner, Jacques HĂ©rold et Óscar DomĂ­nguez mais aussi du couple Breton et de la petite Aube. AndrĂ© Breton, pour sa part, dĂ©die Ă  sa trĂšs gracieuse amie HĂ©lĂšne Lam » un poĂšme oĂč elle incarne Ă  la fois l’avenir et la durĂ©e[11]. Quant Ă  DomĂ­nguez, outre une composition graphique, il Ă©crit Ă  Helena » une dĂ©dicace, oĂč, en une formule Ă©quivalant Ă  un souvenir de l’avenir, il Ă©voque une durĂ©e alchimique et millĂ©naire, miroir et promesse de son affection El agua vieja de mil años que es mercurio sobre el cristal es al mismo tiempo, el espejo donde se reflejarĂĄ mi afecto profundo por ti / DomĂ­nguez ». Si HĂ©lĂšne, pour DomĂ­nguez, comme pour Breton, reprĂ©sente l’image mĂȘme de la permanence et de la grĂące, il faut bien croire que sa prĂ©sence constante auprĂšs de Wifredo Lam Ă  Marseille, puis Ă  Cuba, aura des effets plus que vivifiants dans sa peinture supernaturaliste et inventive. Sans forcer la comparaison avec Wifredo Lam, on peut s’interroger sur la vie passionnelle de DomĂ­nguez. Sous l’Occupation, quelles sont ses relations avec Roma, la pianiste juive, qui a fait le voyage aux Canaries et dont il a rĂ©alisĂ© un portrait ? Avec Marcelle Ferry, l’ancienne amie de Breton, dont il a Ă©tĂ© l’amant ? Avec Laurence IchĂ©, dont il illustre Au fil du vent ? Et surtout, avec Maud Bonneaud, cette Ă©tudiante qui a cĂŽtoyĂ© AndrĂ© Breton ? Nous avons dĂ©jĂ  mentionnĂ© cette note sombre que semble reflĂ©ter le dessin La SuicidĂ©e. Mais, Ă  lire l’envoi, signĂ© AndrĂ© Thirion, sur un exemplaire du Grand Ordinaire, Ă©ditĂ© en 1943 avec le renfort d’illustrations et d’eaux-fortes licencieuses de DomĂ­nguez, ce dernier aurait eu une telle appĂ©tence pour certaines douces colombes, que cela contrebalancerait chez lui toute propension au suicide Pour Óscar DomĂ­nguez, le Minotaure en frac, il apprivoise les colombes et aprĂšs les avoir lĂąchĂ©es il les sacrifie Ă  coups de revolver hexagonal ; il en broie les plumes, les yeux et les pattes dans un gros mortier avec son gros sexe, et il s’en repaĂźt entre 10 h 35 et 11 h 45 du matin, avant l’heure du cinzano sans gin. En plus, nous prĂ©fĂ©rons les illustrations au texte qui n’aurait jamais Ă©tĂ© publiĂ© sans ton obstination d’ivrogne ! Un soir que tu t’en prenais Ă  une pauvre colombe turque, Oscar, cher canaque. / Ton ami, Thirion ». D’ailleurs, ces petites colombes ou ces cailles qui lui tomberaient rĂŽties dans la bouche, on en trouve trĂšs prĂ©cisĂ©ment la trace dans ƒil-de-pĂšre », un poĂšme de Robert Rius sur l’imagination, datĂ© du 25 mai 1943 l’imagination cheval / celle qui / celle que l’on rĂŽtit / celle que Dominguez appelle petite colombe blanche »[12]. Bref, Ă  cette Ă©poque, DomĂ­nguez Ă©tait-il heureux ou mĂȘme chanceux en amour ? Rien ne le dĂ©ment, rien ne l’établit. Une machine Ă  Ă©crire et Ă  peindre AprĂšs la guerre, il est de fait que DomĂ­nguez, en exil plus que jamais Ă  Paris, et qui se tient aux cĂŽtĂ©s d’Éluard et de Picasso, a dit adieu Ă  Breton. Or, de mĂȘme que nous avons suggĂ©rĂ© que le dessin d’avant le suicide, portant la mention avec le souvenir de l’avenir », replongeait DomĂ­nguez dans une temporalitĂ© qui le rattachait Ă  Breton, de mĂȘme nous voudrions montrer qu’un phĂ©nomĂšne analogue se produit chez Breton dans le dernier texte qu’il Ă©crit sur la peinture et qui clĂŽt d’ailleurs l’édition dĂ©finitive du SurrĂ©alisme et la peinture. Le 7 fĂ©vrier 1965, qui est tout de mĂȘme le jour anniversaire du fameux rĂȘve sur DomĂ­nguez, Breton signe une prĂ©face pour le catalogue de l’exposition Konrad Klapheck Ă  la galerie Ileana Sonnabend. Dans une facture Ă  la lisiĂšre de l’hyperrĂ©alisme, les tableaux de Klapheck dĂ©clinent toute une gamme de machines, tels que machines Ă  Ă©crire, machines Ă  coudre[13], tĂ©lĂ©phones et sirĂšnes, robinets et douches, embauchoirs, timbres de bicyclettes, toute une gamme qui, Ă  l’exception prĂšs des siphons des tables de cafĂ© ou des pavillons de phonographe, ressortit de la machinerie ou de la quincaillerie dĂ©jĂ  peintes par DomĂ­nguez. Pour exposer le problĂšme de la machine, Breton fait flĂšche de tout bois. Frottant le SurmĂąle d’Alfred Jarry Ă  La Science de l’amour de Charles Cros et Ă  L’Ève future de Villiers, puis invoquant Freud et Havelock Ellis, il aboutit Ă  la machine Ă  coudre de LautrĂ©amont. Autre perspective machinique, celle qui culmine dans La MariĂ©e mise Ă  nu par ses cĂ©libataires, mĂȘme de Duchamp, en prenant appui sur les dessins mĂ©caniques de Picabia ou de Dada. Surgit enfin, Ă©blouissante et aguicheuse dans son rĂŽle de vamp », la machine Ă  Ă©crire, qu’AndrĂ© Breton prĂ©sente ainsi Il n’y a pas si loin de la “pieuvre-machine Ă  Ă©crire” pour Jacques VachĂ© en 1917 Ă  celle dont les touches “germent” dans telle toile de 1939 de DomĂ­nguez ; ici et lĂ  manifestement on garde trace de leur corps Ă  corps avec leurs premiĂšres animatrices “les belles stĂ©nodactylographes” chantĂ©es par Apollinaire. » Alors que pour Klapheck[14], la machine Ă  Ă©crire, reprĂ©sentant le pĂšre, la politique et l’artiste, est de sexe mĂąle, pour Breton, au contraire, elle serait une vamp et elle conserverait la trace du corps Ă  corps avec les belles stĂ©nodactylographes », celles dont Guillaume Apollinaire, subjuguĂ© par l’affairement, les signaux sonores, les inscriptions, d’une rue industrielle de Paris, avait remarquĂ© la prĂ©sence, dans le poĂšme Zone » Les directeurs les ouvriers et les belles stĂ©nodactylographes Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent Quant Ă  Jacques VachĂ©, il avait fait surgir, dans sa lettre Ă  AndrĂ© Breton du 18 aoĂ»t 1917, l’image d’un dandy Ă  monocle pourvu d’une pieuvre-machine Ă  Ă©crire ». Et pour ce qui est enfin de la rĂ©fĂ©rence de Breton Ă  DomĂ­nguez, sont concernĂ©es en fait deux toiles de 1938, ou bien La Machine Ă  Ă©crire, qui a pour motif une mĂ©canique en dĂ©composition, mi-vĂ©gĂ©tale mi-animale, hĂ©rissĂ©e de touches dĂ©glinguĂ©es comme autant de tentacules, ou bien Souvenir de l’avenir, dont nous avons dĂ©jĂ  parlĂ©, avec sa machine Ă  Ă©crire un petit peu moins dĂ©labrĂ©e. Pourquoi donc le 7 fĂ©vrier 1965, Breton convoque-t-il la pieuvre-machine Ă  Ă©crire » de VachĂ©, la machine Ă  Ă©crire aux touches germinatives de DomĂ­nguez et enfin les belles stĂ©nodactylographes » d’Apollinaire ? Pour se faire une idĂ©e de cette vamp aux touches germinatives, il faut se situer en fĂ©vrier 1928, en pleine sĂ©ance de Recherches sur la sexualitĂ©. Voici les propos d’AndrĂ© Breton, indiquant Ă  quel Ăąge il eut sa premiĂšre expĂ©rience sexuelle et quel en fut le dĂ©roulement 19 ans. Avec une jeune dactylographe de chez Underwood, qui habitait Aubervilliers moi, Pantin. J’ai fait l’amour avec elle dans un hĂŽtel de la rue de la Harpe. Je n’ai pas cessĂ© toute la nuit d’ĂȘtre trĂšs tourmentĂ© au sujet de mes possibilitĂ©s physiques, bien que j’aie fait l’amour avec elle quatre fois. Impression merveilleuse nĂ©anmoins, mais le lendemain Ă  8 heures, crise d’appendicite violente nĂ©cessitant mon transport Ă  l’hĂŽpital ?[15]. » Que rĂ©vĂšle cette confidence ? Elle nous apprend au moins trois choses 1. AndrĂ© Breton a eu sa premiĂšre relation sexuelle, son premier corps Ă  corps, avec une jeune dactylographe de chez Underwood, qui rappelons-le Ă©tait une marque de machine Ă  Ă©crire. C’est donc sous le double signe de la machine Ă©crire que Breton a Ă©prouvĂ© en 1915 ses premiers Ă©mois physiques ; 2. Il y a une Ă©trange coĂŻncidence entre le poĂšme d’Apollinaire oĂč les belles stĂ©nodactylographes » passent dans la rue quatre fois par jour » et le souvenir, rapportĂ© par Breton, d’avoir fait, avec la jeune dactylographe, quatre fois » l’amour durant la nuit ; 3. Sachant que le corps Ă  corps avec la dactylographe a Ă©tĂ© merveilleux mais a tout de mĂȘme dĂ©clenchĂ© une crise d’appendicite, on comprend que Breton Ă  propos des machines de Klapheck, ait fait appel aux machines Ă  Ă©crire de VachĂ© et de DomĂ­nguez. Car, dans la pieuvre-machine Ă  Ă©crire » de Jacques VachĂ©, on verrait assez bien le corps tentateur et peut-ĂȘtre insatiable de la jeune dactylographe, et dans la machine dĂ©glinguĂ©e aux touches germinatives de DomĂ­nguez on distinguerait, outre les semences rĂ©pandues par le jeune poĂšte, les chocs et les Ă©branlements mettant Ă  rude Ă©preuve jusqu’à la carcasse de sa machine dĂ©sirante. AndrĂ© Breton, Ă  travers le trio Apollinaire, VachĂ© et DomĂ­nguez, aurait donc eu une rĂ©miniscence de ses premiĂšres Ă©treintes avec la pieuvre dactylographe. Óscar DomĂ­nguez, avant le suicide, aurait eu, pour sa part, la rĂ©miniscence d’une machine Ă  Ă©crire germinative et d’un phonographe avaleur de femme. Au peintre comme au poĂšte, la machine Ă  Ă©crire et le phonographe auront donc dĂ©voilĂ© un Ă©ros teintĂ© de terreur. Le peintre canarien Ă©tait-il suicidaire ? Marcel Jean rapporte qu’un jour, Roma l’ayant quittĂ© sans rien dire, il avait tentĂ© de se pendre, mais sans succĂšs, le clou auquel il avait accrochĂ© la corde ayant cĂ©dĂ©[16] . La journaliste Mercedes GuillĂ©n, qui avait rendu visite Ă  DomĂ­nguez, fin 1957, a racontĂ© par la suite que le peintre lui avait laissĂ© entendre qu’il allait se suicider. Il lui aurait aussi confiĂ©, qu’étant enfant, il avait eu envie de mourir, Ă  la vue de sa petite cousine dans un cercueil de verre, sur le chemin du cimetiĂšre[17]. Force est de convenir que le suicide de DomĂ­nguez, dans la nuit du 31 dĂ©cembre 1957, date ĂŽ combien symbolique, Ă©tait prĂ©mĂ©ditĂ©. Nous avons insistĂ© sur le dessin annonciateur de suicide qu’un coursier a remis Ă  Maurice Hersaint le 31 dĂ©cembre Ă  22 heures. Il est temps de rĂ©vĂ©ler deux ultimes documents Ă©tablissant, pour l’un, une volontĂ© d’en finir avec la vie, et pour l’autre, un dĂ©sir de suspendre cette dĂ©cision Ă  l’entrevue avec une femme, en l’occurrence avec Marcelle ou Lila Ferry, qui fut de 1936 Ă  1937 l’amante d’Óscar DomĂ­nguez, aprĂšs avoir Ă©tĂ© d’ailleurs la compagne de Georges Hugnet, puis d’AndrĂ© Breton. Sur un formulaire de tĂ©lĂ©gramme, oĂč ont Ă©tĂ© apposĂ©s, sans doute Ă  l’aide d’un tampon, deux labyrinthes, on peut lire, Ă©crit en gros caractĂšres, de la main de DomĂ­nguez Bonne AnnĂ©e 1958 », suivi de sa signature. De plus, en marge du formulaire, est notĂ© de la main de Marcelle Ferry Óscar m’avait adressĂ© ce tĂ©lĂ©gramme que je reçus aprĂšs sa mort le 31 dĂ©cembre 1957 / J’ai un remords[18] ». La signification du labyrinthe ne fait pas de doute. Il s’agit du labyrinthe dans lequel Ă©tait enfermĂ© Óscar DomĂ­nguez, alias le Minotaure[19], Ă  l’image d’ailleurs d’un tableau de 1950 intitulĂ© Minotauro. Cependant, ces vƓux de Bonne AnnĂ©e 1958 », dont la teneur est plus qu’ambiguĂ«, doivent ĂȘtre apprĂ©ciĂ©s Ă  la lumiĂšre d’un billet rĂ©digĂ© par DomĂ­nguez, Ă  deux pas du domicile de Lila Ferry, trĂšs probablement le samedi 28 dĂ©cembre 1957. Ce billet commence ainsi Dans le bistro du coin Ă  10 mĂštres de chez toi ». Puis vient l’objet du message – une demande pressante de rendez-vous Lila-c’est-la-vie. VoilĂ  comme je t’appelais hier soir dans mes rĂȘves
 Je voudrais te parler et te voir. Je serai Ă  la Rhumerie martiniquaise Ă  6 h. ce soir samedi. J’étais trĂšs malade, mais le Minotaure a vaincu tout, et je vous attends, avec toute l’amitiĂ© et l’intĂ©rĂȘt de toujours. C’est-la-vie = Lila. Viens toujours / Óscar » Que s’en est-il suivi[20] ? Soit Lila Ferry a rĂ©pondu Ă  l’appel du Minotaure et n’a pas su apaiser ses angoisses, soit elle n’a pas voulu ou n’a pas pu aller au rendez-vous. Dans les deux cas, les vƓux de bonne annĂ©e du Minotaure auront un goĂ»t amer pour Marcelle Ferry, qui reconnaĂźtra avoir eu du remords. Le 17 avril 1936, dans une pĂ©riode de passion violente et intense, DomĂ­nguez Ă©crivait Ă  Lila Ferry c’est toi qui me donne la force et l’envie de vivre. » Une semaine aprĂšs, il Ă©voquait le souvenir impĂ©rissable d’un amour d’enfance, celui de sa petite cousine morte Ă  sept ans. Et il prĂ©cisait que son amour pour Lila s’était substituĂ© Ă  celui de la petite fille C’est toi qui prends la place. » Ce qui voudrait dire que Lila Ferry, en 1936, condensait deux Lila Lila-la-cousine-morte et Lila-c’est-la-vie. Le 28 dĂ©cembre 1957, DomĂ­nguez lance un appel au secours Ă  Lila Ferry. Il espĂšre rencontrer Lila-c’est-la-vie. Le 31 dĂ©cembre, le Minotaure s’enferme dans son labyrinthe et confectionne deux souvenirs du futur, un dessin pour Maurice Hersaint et un tĂ©lĂ©gramme de Bonne annĂ©e 1958 pour Lila Ferry. Georges Sebbag Notes [1] Ces faits nous sont connus grĂące au tĂ©moignage de Claude Hersaint, qui aujourd’hui encore en est tout Ă©mue. Ils m’ont Ă©tĂ© aimablement rapportĂ©s par VĂ©ronique Serrano du musĂ©e Cantini de Marseille, Ă  qui j’avais demandĂ© de joindre Madame Hersaint pour en prĂ©ciser le dĂ©tail. [2] Curieusement, La RĂ©volution surrĂ©aliste n° 7 du 15 juin 1926 reproduira L’Énigme de la fatalitĂ© sous le titre L’Angoissant voyage. [3] En 1924, le Discours sur le peu de rĂ©alitĂ© est signalĂ© en prĂ©paration » dans Les Pas perdus puis dans le Manifeste du surrĂ©alisme. En juin 1927, il est indiquĂ© Ă  paraĂźtre » dans l’Introduction au discours sur le peu de rĂ©alitĂ©. [4] À notre connaissance, le dessin La SuicidĂ©e d’Óscar DomĂ­nguez a Ă©tĂ© reproduit pour la premiĂšre fois en 1978 dans Le Cache-sexe des anges, Les LĂšvres nues, Bruxelles. [5] Gilbert Senecaut, L’Érection expĂ©rimentale, intr. Roger Vitrac, Ă©d. L’Aiguille aimantĂ©e, Anvers, 1942. Selon l’auteur l’érection expĂ©rimentale » dĂ©finirait une nouvelle mĂ©thode pour l’insĂ©mination de la rĂ©alitĂ© ». En fait, G. Senecaut, mĂȘlant allĂ©grement psychologie et biologie, se livre Ă  une parodie de la terminologie et de l’expĂ©rimentation scientifique. [6] Óscar DomĂ­nguez, La pĂ©trification du temps », dans La ConquĂȘte du monde par l’image, les Ă©ditions de la Main Ă  plume, Paris, 1942. Notons que ce texte, portant la seule signature de DomĂ­nguez a Ă©tĂ© Ă©crit en collaboration avec Ernesto SĂĄbato, comme l’a indiquĂ© AndrĂ© Breton, en mai 1939, quand il en a fait une longue citation dans son article Des tendances les plus rĂ©centes de la peinture surrĂ©aliste » publiĂ© dans Minotaure n° 12-13. Cette longue citation couvrait en fait la seconde partie de La pĂ©trification du temps », mais Ă  cette diffĂ©rence prĂšs que la citation de Breton s’achevait sur la phrase Le hasard objectif sera un Ă©lĂ©ment trĂšs important dans le choix des Ă©lĂ©ments Ă  superposer », tandis qu’en 1942 cette phrase se poursuit avec le passage mentionnant les langoustes empaillĂ©es » et le suicide de Marie-Louise. D’oĂč cette interrogation cet ultime passage, oĂč apparaĂźt le thĂšme de la suicidĂ©e, figurait-il dans le manuscrit de 1939 consultĂ© par Breton ou correspond-il Ă  un ajout que DomĂ­nguez aurait introduit en 1942 ? [7] Il nous faut signaler le tableau de 1939 de Frida Kahlo intitulĂ© Le Suicide de Dorothy Hale, illustrant de façon dramatique le saut dans le vide de la jeune femme du haut d’un building de New York, le 21 octobre 1938. DomĂ­nguez a pu avoir connaissance de ce suicide qui avait touchĂ© de prĂšs Frida Kahlo. [8] La thĂšse, selon laquelle DomĂ­nguez est hantĂ© en 1942 par le suicide d’une femme pourrait trouver un renfort dans le frontispice d’Au fil du vent de Laurence IchĂ©. Cette plaquette comprend huit illustrations de DomĂ­nguez, Ă  savoir, la vignette de couverture un Ɠil ouvert, un Ɠil fermĂ©, le frontispice, et six vignettes courant dans le texte. Or le frontispice d’Au fil du vent, comme dans La SuicidĂ©e, reprĂ©sente une femme nue aux multiples seins. Surtout, comme cette femme nue ne semble avoir pour tĂȘte que le poignard qu’elle brandit, elle serait bien au bord du suicide. D’autre part, il est curieux de noter que ce quasi dĂ©but d’Au fil du vent dans ta poitrine de phosphore / qui s’ouvre en un vent d’éventail / Le vent ce grand sculpteur d’érections uniques / dans le jeu de quilles des jours trĂ©buchĂ©s », semble trouver un Ă©cho dans cette quasi fin de L’Érection expĂ©rimentale Mais il jouait aux quilles avec des seins / Mais les saints sont des hommes / Mais il fĂ©condait une morgue ». [9] Voir Victor Brauner, Écrits et correspondances, 1938-1948, Ă©d. Ă©tablie par Camille Morando et Sylvie Patry, Centre Pompidou, INHA, Paris, 2005, p. 184. Dans cette lettre non datĂ©e et accompagnĂ©e d’un dessin, on apprend que DomĂ­nguez fournit un peu de feuille d’or Ă  Brauner. On a le sentiment, comme l’atteste la formule grand souvenir de l’avenir », que les deux peintres partagent alors la mĂȘme recherche bretonienne de l’or du temps. Il serait intĂ©ressant de pouvoir dater avec certitude cette lettre importante. [10] Voir [11] En voici quelques vers Dans la prochaine feuille du printemps / Il y aura deux ailes pour HĂ©lĂšne [
] Mais l’avenir est une chambre dans laquelle vous mettez l’ordre des perles [
] [une branche de corail qui] ne peut se diviser ni pĂąlir avec les annĂ©es ». Voir Helena Benitez, Wifredo and Helena, My life with Wifredo Lam, 1939-1950, Acatos, Lausanne, 1999. [12] Je remercie Rose-HĂ©lĂšne IchĂ© de m’avoir signalĂ© le poĂšme ƒil-de-pĂšre » de Robert Rius. [13] Rappelons que fut organisĂ©e Ă  Berlin, au cours de la Grande SoirĂ©e Dada du 15 mai 1919, une course entre une couturiĂšre sur sa machine Ă  coudre et une dactylographe sur sa machine Ă  Ă©crire. [14] Voir dans le catalogue de l’exposition Konrad Klapheck Galerie Ileana Sonnabend, Paris, 1965, outre la prĂ©face d’AndrĂ© Breton, le texte de K. Klapheck intitulĂ© La machine et moi ». [15] Archives du surrĂ©alisme, Recherches sur la sexualitĂ©, Janvier 1928 – aoĂ»t 1932, Ă©d. JosĂ© Pierre, Gallimard, Paris, 1990, p. 116-117. [16] Voir Marcel Jean, Au galop dans le vent, Ă©d. Jean-Pierre de Monza, Paris, 1991, p. 46-47. Cette tentative de suicide pourrait se situer en 1935. [17] Voir Mercedes GuillĂ©n, Artistas españoles de la Escuala de ParĂ­s, Madrid, Taurus, 1960. Le passage sur DomĂ­nguez est repris dans le catalogue Óscar DomĂ­nguez, 1926-1957, CAAM, Canaries, Ă  la rubrique Chronologie, Ă©tablie par Emmanuel Guigon, p. 307-308. [18] Ce document figure dans la correspondance d’Óscar DomĂ­nguez Ă  Marcelle Ferry, que mon ami Dominique Rabourdin m’a permis de consulter. [19] Ce surnom de Minotaure remonte au moins au dĂ©but des annĂ©es quarante, comme le signale la dĂ©dicace d’AndrĂ© Thirion, dĂ©jĂ  citĂ©e, sur un exemplaire du Grand Ordinaire Pour Óscar DomĂ­nguez, le Minotaure en frac [
] ». [20] Une seule chose est certaine. DomĂ­nguez a portĂ© lui-mĂȘme le message au domicile de Lila Ferry. En effet, on peut lire sur l’enveloppe contenant le billet Mme Lila Ferry / rue Bonaparte / E. V. » RĂ©fĂ©rences Le souvenir de l’avenir », in Surrealismo Siglo 21, actes du colloque de l’universitĂ© de La Laguna, sous la direction de Domingo-Luis HernĂĄndez, Santa Cruz de Tenerife, 2006. Traduit en espagnol dans la revue La PĂĄgina Santa Cruz de Tenerife, n° 64-65, 2006.

Unerelation trÚs forte unit la famille Pompidou au Pays bigouden, et notamment Claude, ancienne premiÚre Dame de France. Son fils, Alain, réside toujours à Sainte-Marine.

Retour au portail d'archives Image Claude et Georges Pompidou sur la jetĂ©e du fort de BrĂ©gançon, probablement en aoĂ»t 1969 photo Getty Images? Autres ressources en lien Texte Visite du prĂ©sident italien, Giovanni Leone, le 1er octobre 1973 3 textes Giovanni Leone, prĂ©sident de la RĂ©publique italienne depuis 1971, est en visite officielle du... Voir le document Texte ConfĂ©rence de presse du 21 septembre 1972 ConfĂ©rence de presse de M. Georges Pompidou, PrĂ©sident de la RĂ©publique au Palais de l’ÉlysĂ©e le jeudi... Voir le document Texte Message de M. le PrĂ©sident de la RĂ©publique pour le numĂ©ro du 1er janvier du journal YOMIURI Voir le document Texte DĂ©claration Ă  la radio-tĂ©lĂ©vision italienne de M. le PrĂ©sident de la RĂ©publique, questionnaire du "Corriere della serra", Vendredi 28 septembre 1973 Voir le document

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3/4. Leur premier voyage officiel, une visite aux Etats-Unis, s’est mal passĂ©. Claude qui Ă©tait partie avec 23 tenues, a certes commencĂ© par faire un carton dans la presse amĂ©ricaine. Time magazine a mĂȘme titrĂ© "La silhouette de Claude est un rĂȘve de couturier". Si fier de sa femme, Georges Pompidou plaisante "Je suis le mari de Claude" comme Kennedy disait qu’il Ă©tait le mari de Jackie une phrase Ă©culĂ©e que presque tous les PrĂ©sidents français ont prononcĂ© depuis. Mais Ă  Chicago, quelques jours plus tard, tout dĂ©rape. Le couple prĂ©sidentiel est pris Ă  partie, et mĂȘme insultĂ©, par des manifestants sionistes, qui reprochent Ă  la France d’avoir vendu des mirages Ă  la Libye. Claude, dĂ©jĂ  sur les nerfs, est bouleversĂ©e, elle exige de rentrer immĂ©diatement Ă  Paris, Pompidou, qui ne supporte pas de voir sa femme injuriĂ©e, est lui-mĂȘme est trĂšs en colĂšre. Il faut toute la diplomatie du PrĂ©sident Nixon, qui vient en personne prĂ©senter ses excuses pour que le couple prĂ©sidentiel accepte de rester sur le sol amĂ©ricain. Pompidou a sur-rĂ©agi. La presse française le lui reproche, qui a tĂŽt fait de la prĂ©senter Claude Pompidou comme une reine capricieuse, voire hystĂ©rique, sans aucun sens du devoir et uniquement obnubilĂ©e par ses tenues. Claude Pompidou a beau rĂ©pĂ©ter qu’elle les emprunte aux couturiers, rien n’y fait. Son image est ternie. DĂšs lors, elle vit dans la peur de lui nuire. Elle se mĂ©fie de tout et de tout le monde. Elle suit Ă  la lettre le conseil que lui a donnĂ© Georges ne pas lire la presse qu’elle dĂ©teste de toutes façons depuis l’affaire Markovic, Ă  l’exception de la BBC. La seule personne Ă  laquelle elle se confie est sa sƓur Jacqueline, qu’elle a chaque jour longuement au tĂ©lĂ©phone. Elle n’est pas heureuse, elle se sent prisonniĂšre. La preuve ! Son agenda ne lui appartient plus, ses horaires sont extrĂȘmement minutĂ©s. Elle s’étonne ainsi de ces rendez-vous qui commencent Ă  ... 10h17ou 17h43 "jusqu’à ce qu’on m’explique, Ă©crit-elle. La journĂ©e Ă©tait strictement minutĂ©e, ici pour que personne n’attende, lĂ  parce que mon mari refusait que l’on bloque tout un quartier sous prĂ©texte qu’il allait le traverser" 1. On ne lui fait pas de cadeau. Le Canard EnchainĂ© la surnomme "La reine Claude" ou "Madame Pompidour". Dans tout Paris, on raconte que la PremiĂšre dame se la joue, qu’elle a les nerfs fragiles, qu’elle n’est pas au niveau de la fonction...Le Canard EnchainĂ© la surnomme "La reine Claude" ou "Madame Pompidour"Dur dur d’ĂȘtre PremiĂšre dame !Bizarrement, aucune voix ne s’élĂšve pour la critiquer lorsqu’elle dĂ©cide qu’elle n’aura pas de bureau Ă  l’ElysĂ©e. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle est oisive une secrĂ©taire travaille avec elle ainsi qu’une assistante sociale, ce sont elles deux qui gĂšrent le courrier. La PremiĂšre dame peut recevoir jusqu’à mille lettres par mois. Claude y passe du temps. Chaque jour, une synthĂšse du courrier reçu lui est prĂ©sentĂ©. Pour le reste... remise de mĂ©dailles, rĂ©ceptions, dĂźners Ă  l’ÉlysĂ©e, galas de bienfaisance, visites de crĂšches, voyages en province... elle fait sans dĂ©plaisir son job de first lady. Sans dĂ©plaisir mais sans plaisir. Depuis le dĂ©but, elle a senti le piĂšge n’ĂȘtre considĂ©rĂ©e que comme une gravure de mode, dĂ©pensiĂšre, Ă©cervelĂ©e voire un rien excentrique, les caricatures vont si vite... De 1969 Ă  1974, Claude Pompidou n’est-elle pas la PremiĂšre dame la plus photographiĂ©e de la planĂšte ? De son propre aveu, il fut une pĂ©riode de sa vie oĂč elle a failli devenir snob. Mais elle sest vite repris. Cela ne correspond pas Ă  sa vraie nature, Ă  son Ă©ducation par les sƓurs des Ursulines. Depuis l’enfance, Claude Pompidou a une conscience sociale dans la salle d’attente de son pĂšre mĂ©decin – qui recevait Ă  son domicile de ChĂąteau-Gontier- elle a cĂŽtoyĂ© toutes sortes de personnes, des plus aisĂ©es aux plus humbles, la Mayenne n’est pas exactement le dĂ©partement le plus riche de France... Et pendant ses annĂ©es Ă©tudiantes, elle a participĂ© Ă  des actions pour aider les personnes ĂągĂ©es. Avec Georges, ils ont depuis longtemps deux projets communs Tout d’abord, "La construction d’un ensemble monumental consacrĂ© Ă  l’art contemporain sur l’emplacement du plateau Beaubourg" tel que dĂ©fini par Georges Pompidou dans une lettre Ă  Edmond Michelet, ministre des affaires culturelles en dĂ©cembre 1969. Un musĂ©e consacrĂ© Ă  la culture, Ă  la peinture, Ă  la musique... Le plateau Beaubourg, qui n’est alors qu’un parvis Ă  l’abandon en plein Paris, est l’endroit rĂȘvĂ© "Quand nous passions en voiture le long du vaste plateau Beaubourg, alors Ă  l’état de ruines, il me redisait sa conviction qu’il faudrait construite lĂ  un grand Ă©tablissement vouĂ© Ă  la culture et Ă  la crĂ©ation, Ă  rayonnement international et de vocation interdisciplinaire" a confiĂ© Claude Ă  sa biographe Aude Terray 2.Sur le mĂȘme sujet La Fondation Claude Pompidou, l’oeuvre de sa vieLeur second projet, ils s’y sont attelĂ©s dĂšs leur premiĂšre semaine Ă  l’ElysĂ©e, c’est ce qui deviendra la fondation Claude Pompidou. Son objectif aider les enfants atteints de lourds handicaps ainsi que les personnes ĂągĂ©es. Claude Pompidou y consacre la majeure partie de son temps. Les opposants de son mari ont beau ne parler que de ses robes, elle en est persuadĂ©e le temps lui rendra justice. Elle a enfin le sentiment d’ĂȘtre utile ! Lors de son voyage aux États-Unis, Eunice Kennedy Shriver, la sƓur de JFK, lui a longuement expliquĂ© comment fonctionnaient les hĂŽpitaux amĂ©ricains qui "emploient" des bĂ©nĂ©voles. L’idĂ©e inspire Claude. Le 16 septembre 1970, sa fondation est reconnue d’utilitĂ© publique elle emploie six salariĂ©s et a Jacques Chirac, ministre de Pompidou, comme trĂ©sorier. Le PrĂ©sident a insistĂ©... Claude Pompidou obtient des subventions de conseils gĂ©nĂ©raux et de municipalitĂ©s mais une partie importante du financement de sa fondation provient de ses relations, qu’elle sollicite. Celui qui n’est "que le mari de Claude" est bluffĂ© "Songe qu’en tapant directement les gens, Ă©crit le PrĂ©sident Ă  un de ses amis d’adolescence, elle a ramassĂ© prĂšs d’un milliard d’anciens francs." 3 1 L’élan du cƓur, Claude Pompidou, ed Plon 2 Claude Pompidou l’incomprise, Aude Terray, ed du Toucan 3 Georges Pompidou lettres, notes et portrait, Alain Pompidou, lettre du 2 janvier 1972, citĂ© par Robert Schneider dans PremiĂšres dames, ed Pocket. Laurence Pieau est journaliste, auteure et ancienne directrice de la rĂ©daction de Closer. Elle a repris sa plume pour enquĂȘter et brosser le portrait des femmes qui ont Ă©tĂ© PremiĂšres 

PatrickFACON, « Innovation et tensions interarmĂ©es dans les annĂ©es Pompidou. L'exemple de l'armĂ©e de l'Air », dans GRISET, Pascal (dir.), Georges Pompidou et la modernitĂ©, les tensions de l'innovation, 1962-1974, Bruxelles, Peter Lang, coll. « Georges Pompidou », sĂ©rie « Études », 2006, p. 65-76.Mots-clĂ©s : ArmĂ©e de l'Air, Force de frappeLieux : -
RecensĂ© Maurice Grimaud, Je ne suis pas nĂ© en mai 68. Souvenirs et carnets 1934-1992, Paris, Tallandier, 2007, 25€. Quarante ans aprĂšs les Ă©vĂ©nements de mai 1968, la tempĂ©rature Ă©ditoriale a pris le relais de la fiĂšvre sociale et estudiantine. L’amateur Ă©clairĂ© se perdra entre ceux qui jugent le joli mois de mai » Ă  partir de ses fruits hexagonaux et contemporains [1], les Ă©ditions de sources commentĂ©es [2], les travaux d’historiens qui insistent sur la spĂ©cificitĂ© française [3] ou ceux qui invitent au contraire Ă  une vaste remise en perspective internationale. Les revues sacrifient elles aussi Ă  cet Ă©vĂ©nement-totem [4], qui suscite une moisson de colloques scientifiques et de journĂ©es d’études. La discrĂ©tion qui entoure les cinquante ans de mai 1958 n’en semble que plus significative. Aux yeux du citoyen contemporain, le fait politique » qui conduit au changement de constitution le cĂšde en importance au fait culturel » dont mai 1968 ne reprĂ©sente que la face Ă©mergĂ©e, le signe qui rend intelligible un changement des valeurs et des reprĂ©sentations. Acteur du mai 1968 parisien, le prĂ©fet de police Maurice Grimaud avait dĂ©jĂ  livrĂ© sa version de la crise dans un livre publiĂ© en 1977 [5]. Son nouvel ouvrage se prĂ©sente sous un titre plein d’ironie. Le prĂ©fet des barricades », qui fit preuve de sang-froid au plus fort de la crise, entend y donner plus de profondeur historique Ă  son personnage de grand serviteur de l’État, en publiant un rĂ©cit, des carnets ou des lettres. Il est permis de regretter que les pages consacrĂ©es Ă  l’affaire Ben Barka ne soient pas accompagnĂ©es d’un appareil critique qui permettrait au lecteur de situer un scandale dont les Ă©lĂ©ments nous sont devenus hĂ©las ! Ă©trangers. L’aspect hĂ©tĂ©roclite de Je ne suis pas nĂ© en mai 68 pourra en outre dĂ©router. On y glisse des annĂ©es de l’Entre-deux-guerres au journal tenu pendant le premier intĂ©rim d’Alain Poher Ă  l’ÉlysĂ©e, au printemps 1969. Le quotidien d’un voyage prĂ©sidentiel dans la Picardie des annĂ©es 1960 voisine avec la fĂ©brilitĂ© des Ă©meutes de mai 1968 pas plus que d’autres, le prĂ©fet de police n’avait vu venir » la colĂšre des Ă©tudiants et des salariĂ©s. NĂ© en ArdĂšche d’un pĂšre trĂšs engagĂ© dans la politique locale, Maurice Grimaud aborde les annĂ©es 1930 comme Ă©tudiant de classe prĂ©paratoire littĂ©raire. Il suit les cours de philosophie de Vladimir JankĂ©lĂ©vitch au lycĂ©e du Parc, Ă  Lyon, puis gagne le lycĂ©e Henri IV, Ă  Paris, oĂč Alain a cessĂ© d’enseigner depuis le 1er juillet 1933 [6]. Il Ă©choue au seuil de la rue d’Ulm. La carte de son Paris des annĂ©es 1930 se partage entre une CitĂ© universitaire que son aĂźnĂ© Robert Brasillach jugeait trop Ă©loignĂ©e du Quartier latin [7], la Sorbonne oĂč Georges Lefebvre commente Ă  chaud les soubresauts du Front populaire, les théùtres oĂč sont donnĂ©es les piĂšces de Giraudoux, les cinĂ©mas oĂč on projette les films de Jean Epstein et le pavĂ© oĂč il faut dĂ©fendre ce professeur JĂšze qui soutient l’Éthiopie du nĂ©gus contre l’Italie fasciste, et que les Ă©tudiants ligueurs – auxquels se mĂȘle le jeune François Mitterrand – empĂȘchent d’enseigner. Maurice Grimaud appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration de khĂągneux et de normaliens que sa culture politique situe en majoritĂ© Ă  gauche et dans le camp pacifiste. Comme l’historien Pierre Guiral, qui en dirige la section marseillaise, il milite au Parti frontiste de Gaston Bergery en 1935-1936. Cette formation, que caractĂ©rise encore un antifascisme vigoureux, se prononce pour la paix Ă  tout prix » [8]. Les lettres du jeune Maurice Grimaud ne dissimulent rien de ses aveuglements au moment de l’occupation de la RhĂ©nanie par les troupes du Reich. On en saura grĂ© Ă  l’auteur, qui n’a pas cĂ©dĂ© aux joies de la réécriture pour se dĂ©couvrir une luciditĂ© ou un courage rĂ©trospectifs. Il regrette en effet de n’avoir pas su saisir les occasions d’hĂ©roĂŻsme que [lui] offrirent les circonstances » [9]. Le jeune homme qui, en vacances dans le BĂ©arn chez Maurice Martin du Gard, entendait siffler les balles et tonner les canons ne s’engagea pas pour autant auprĂšs des RĂ©publicains espagnols. Le collaborateur du RĂ©sident gĂ©nĂ©ral au Maroc ne gagna pas Londres Ă  l’étĂ© 1940, pas plus que, passĂ© Ă  Alger, il ne rejoignit d’unitĂ© combattante aprĂšs 1943. Maurice Grimaud sacrifie en revanche aux lois du genre lorsqu’il entreprend de retracer sa carriĂšre administrative, dans la premiĂšre partie de l’ouvrage. Son engagement au service de l’État est dĂ©peint comme une entrĂ©e en religion, l’exercice des responsabilitĂ©s comme une forme de sacerdoce. C’est sous le signe du hasard que l’auteur place son essai de », en faisant la part des amitiĂ©s et des convictions dans cet itinĂ©raire. François Bloch-LainĂ© a posĂ© les rĂšgles du genre des mĂ©moires de serviteurs de l’État » ne jamais donner le sentiment qu’on a rĂ©ussi par la brigue ou intriguĂ© pour obtenir une responsabilitĂ©, se dĂ©peindre en garant de la continuitĂ© de l’État par-delĂ  le temps court de la politique [10]. Michel Winock apporte le sceau de l’historien Ă  ce rĂ©cit ordonnĂ© en Ă©crivant dans la prĂ©face que la RĂ©publique s’est perpĂ©tuĂ©e grĂące aux qualitĂ©s de ses grands commis plus encore qu’aux actions Ă©clatantes de ses ministres » [11]. L’équilibre du livre tient Ă  ce que Maurice Grimaud y donne l’image d’un homme engagĂ© sans ĂȘtre infĂ©odĂ©. Plus que comme le fidĂšle d’un parti ou d’un patron, il s’affirma comme un homme d’équipe pendant ses plus de cinquante de carriĂšre professionnelle, de 1938 Ă  1992. L’auteur situe en effet son action dans le cadre de ces groupes de travail que soudent l’estime mutuelle et l’expĂ©rience commune des situations d’exception. En poste au Maroc Ă  partir de 1938, il se constitua un premier capital professionnel auprĂšs de jeunes fonctionnaires qui ont fait le choix du dĂ©paysement. Il considĂ©ra Munich – dont il ne dit mot –, l’entrĂ©e en guerre, la dĂ©faite de juin 1940 et les dĂ©buts de la France libre depuis le Maroc, oĂč il avait le sentiment d’ĂȘtre utile Ă  son pays. D’autres que lui firent ce choix de gagner l’Afrique du Nord ou d’y demeurer avant l’opĂ©ration Torch » on songe notamment Ă  Michel DebrĂ©. S’il rĂ©prouva l’arrestation des passagers du Massilia rĂ©fugiĂ©s au Maroc, au nombre desquels figuraient Pierre MendĂšs France, Jean Zay et Georges Mandel, Maurice Grimaud semble comprendre l’attitude du rĂ©sident gĂ©nĂ©ral NoguĂšs, qui refusa de poursuivre le combat aprĂšs la demande d’armistice. Il rappelle que les autoritĂ©s françaises du Maroc appliquĂšrent les dĂ©cisions du rĂ©gime de Vichy jusqu’en 1942, mais qu’aux marges des pratiques officielles pouvaient se dĂ©velopper des comportements dissonants dĂ©marches en faveur de Juifs allemands ou autrichiens pour que des consulats Ă©trangers leur accordent des visas, contournement des dĂ©crets anti-maçonniques, 
 De 1942 Ă  1954, Maurice Grimaud devait connaĂźtre une carriĂšre atypique pour un futur prĂ©fet de police, puisque ses expĂ©riences professionnelles successives le conduisirent principalement hors de mĂ©tropole. Ayant rejoint une Alger passĂ©e Ă  la France Libre, il gagna la mĂ©tropole aprĂšs la LibĂ©ration de Paris, pour la quitter rapidement. Au cabinet de l’Administrateur gĂ©nĂ©ral de la Zone française d’Occupation en Allemagne ou comme Conseiller de l’Organisation internationale pour les rĂ©fugiĂ©s Ă  GenĂšve, il entendit ensuite reconstruire ce que la guerre avait dĂ©fait. De retour Ă  Rabat comme directeur des services d’information de la RĂ©sidence gĂ©nĂ©rale de France au dĂ©but des annĂ©es 1950, l’ancien militant de gauche comprit que le Maroc de Papa » avait vĂ©cu et se heurta au lobby des gros colons proches du parti radical. Le mitan des annĂ©es 1950 marqua plus tard une forme de retour dans le rang administratif pour Maurice Grimaud. Il partagea la sympathie de trĂšs nombreux hauts fonctionnaires pour l’expĂ©rience gouvernementale de Pierre MendĂšs France et y participa briĂšvement comme membre du cabinet de François Mitterrand, alors ministre de l’IntĂ©rieur. Ce passage par un cabinet ministĂ©riel devait l’autoriser Ă  rĂ©intĂ©grer en douceur » un corps prĂ©fectoral alors en voie d’institutionnalisation [12]. PrĂ©fet des Landes, il fut dĂ©placĂ© sur demande d’un parlementaire influent Ă  la fin de la IVe RĂ©publique il n’est pas certain que le rĂ©gime des partis » ait eu l’apanage de ces pratiques. Le cƓur de sa carriĂšre se situa aux grandes heures d’une RĂ©publique gaullienne. Entre 1958 et 1974, le rĂ©gime exigeait de ses serviteurs une loyautĂ© sans faille mais s’accommodait d’ĂȘtre exĂ©cutĂ© par des grand commis libĂ©raux ou progressistes. Comme directeur gĂ©nĂ©ral de la SĂ»retĂ© nationale, puis comme prĂ©fet de police de Paris, Maurice Grimaud eut Ă  questionner sans cesse son rapport d’obĂ©issance Ă  l’autoritĂ© politique. A quel moment une opinion ou une analyse personnelles se transforment-elles en une forme de dĂ©sobĂ©issance Ă  l’autoritĂ© ? Le devoir de rĂ©serve, qui n’a guĂšre d’existence que jurisprudentielle, impose-t-il au fonctionnaire de taire ses scrupules face Ă  une dĂ©cision qu’il juge mauvaise en conscience ? La figure de Maurice Grimaud, homme d’autoritĂ© ennemi de toute rĂ©pression aveugle, ne prend sens que par opposition Ă  son prĂ©dĂ©cesseur. Le prĂ©fet de Mai 1968 est Ă  premiĂšre vue l’anti-Maurice Papon. La carriĂšre en zigzags de l’un contraste avec l’itinĂ©raire rectiligne de l’autre deux conceptions de la responsabilitĂ© administrative s’y trouvent peut-ĂȘtre incarnĂ©es. Pour Maurice Grimaud, un haut fonctionnaire a notamment le devoir d’informer l’autoritĂ© politique avec prĂ©cision, sans dissimuler Ă  son ministre sa prĂ©fĂ©rence pour certaines options derriĂšre l’intĂ©rĂȘt des services ». L’ancien khĂągneux fĂ©ru de lettres et de philosophie Ă©tait toujours prĂ©sent chez le PrĂ©fet de police de mai 1968, qui plaida contre une rĂ©action trop brutale auprĂšs du Premier ministre Georges Pompidou ou du ministre de l’IntĂ©rieur Christian Fouchet. Son apparent libĂ©ralisme » en ces circonstances lui fut reprochĂ© a posteriori par Jean Rochet, directeur de la Direction de la surveillance du territoire DST Ă  la fin des annĂ©es 1960 [13]. Maurice Grimaud devait du reste se prononcer en faveur d’un meilleur contrĂŽle de l’usage de la police par le pouvoir exĂ©cutif, quelques annĂ©es seulement aprĂšs avoir quittĂ© ses fonctions [14]. L’identitĂ© de Maurice Papon vaut en revanche comme une eau-forte de ces grands commis guidĂ©s par l’amour de l’ordre et des formes administratives leur conception du service de l’État s’accommodait aisĂ©ment de dĂ©cisions brutales, voire criminelles dans le cas de Maurice Papon, pour peu qu’elles ne bouleversent pas la vie des bureaux. Le prĂ©fet Grimaud ordonna aux gardiens de la paix de ne pas faire preuve d’excĂšs dans l’emploi de la force » le 29 mai 1968 ; son prĂ©dĂ©cesseur ne voulut pas retenir le bras des policiers au dĂ©but des annĂ©es 1960. Il permit au contraire qu’une certaine conception de la rĂ©pression, dĂ©veloppĂ©e sous la IVe RĂ©publique au nom de la lutte anticommuniste, se durcisse encore Ă  la faveur de la guerre d’AlgĂ©rie jusqu’aux massacres d’État des 17 octobre 1961 [15] et du 8 fĂ©vrier 1962, Ă  la station Charonne [16]. Je ne suis pas nĂ© en mai 68 ne manque pas d’allusions dĂ©favorables Ă  l’ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Gironde sous Vichy. Il est difficile d’adhĂ©rer pour autant au portait que Maurice Grimaud trace de lui-mĂȘme en homme peu sĂ©duit par les questions de basse police ». Il entre une part – inĂ©vitable ? – de reconstruction dĂšs lors qu’un fonctionnaire d’autoritĂ© publie des carnets ou des rĂ©cits aprĂšs les avoir relus et sans doute corrigĂ©s [17]. L’ancien directeur de la SĂ»retĂ© n’entre pas dans les dĂ©tails de la lutte d’influence menĂ©e entre 1962 et 1966 contre des services de renseignements fĂącheusement pĂ©nĂ©trĂ©s par l’OAS » [18], notamment le SDECE [19]. Il manie l’ellipse ou la litote pour Ă©viter les dĂ©tails de la lutte qu’il eut Ă  conduire contre certains mouvements gauchistes aprĂšs mai 1968, sur instructions du trĂšs rĂ©pressif Raymond Marcellin, alors ministre de l’IntĂ©rieur [20]. Ces silences sont d’autant plus regrettables que la recherche s’intĂ©resse dĂ©sormais aux services d’information et aux questions que posent leurs modes de fonctionnement en rĂ©gime dĂ©mocratique [21]. Ces MĂ©moires mĂ©ritent pourtant d’ĂȘtre versĂ©s aux sources d’une histoire politique de l’administration. S’y dessine une chronologie du spoil system Ă  la française l’élection de ValĂ©ry Giscard d’Estaing aurait ainsi marquĂ© une Ă©tape dans la politisation des Ă©lites administratives. Maurice Grimaud, qui reprit du service Ă  soixante-huit ans au cabinet de Gaston Defferre, en mai 1981, insiste en revanche sur le caractĂšre de continuitĂ© rĂ©publicaine » que revĂȘtit l’alternance du point de vue des grands commis. VoilĂ  qui semblera rafraĂźchissant Ă  l’heure oĂč le statut des fonctionnaires Ă©volue vers une contractualisation non avouĂ©e
 Rencontreavec Alain Pompidou, docteur en biologie humaine, ancien dĂ©putĂ© europĂ©en, fils de Claude Pompidou, l’épouse du prĂ©sident Georges Pompidou (1969-1974).
Au dĂ©but des annĂ©es trente, au Quartier latin, une rencontre inattendue rĂ©unit Georges Pompidou et Claude Cahour. Ils se marient quelques annĂ©es plus... Lire la suite 19,90 € Neuf Poche ExpĂ©diĂ© sous 3 Ă  6 jours 9,00 € Ebook TĂ©lĂ©chargement immĂ©diat 9,99 € Grand format ExpĂ©diĂ© sous 3 Ă  6 jours 19,90 € ExpĂ©diĂ© sous 3 Ă  6 jours LivrĂ© chez vous entre le 25 aoĂ»t et le 30 aoĂ»t Au dĂ©but des annĂ©es trente, au Quartier latin, une rencontre inattendue rĂ©unit Georges Pompidou et Claude Cahour. Ils se marient quelques annĂ©es plus tard et forment un couple uni partageant le goĂ»t de la littĂ©rature, de la musique, du cinĂ©ma. TrĂšs vite, ils frĂ©quentent les galeries d'art et les artistes contemporains. DĂšs 1948, les Pompidou – comme on les appelle avec affection – font l'acquisition de leur premiĂšre toile abstraite signĂ©e d'un peintre alors peu connu Youla Chapoval. Par la suite, au fil des rencontres, leur collection se construit en relation Ă©troite avec les crĂ©ateurs. En 1958, Claude offre Ă  son mari un Nicolas de StaĂ«l. En 1962, l'accrochage d'un Soulages dans le bureau du Premier ministre surprend. Quand, en 1969, Ă  l'ElysĂ©e, le PrĂ©sident et son Ă©pouse font appel Ă  Pierre Paulin et Ă  Yaacov Agam pour la rĂ©novation et la dĂ©coration de leurs appartements privĂ©s, force est de constater que l'art reprĂ©sente pour eux une raison de vivre. Que la crĂ©ation du Centre Pompidou viendra couronner. C'est cette fusion artistique, ce sens innĂ© des oeuvres capables d'entrer dans l'Histoire, leurs rapports avec les artistes qu'Alain Pompidou et CĂ©sar Armand dĂ©voilent dans cet ouvrage biographique et intime, riche de souvenirs, de tĂ©moignages et d'illustrations. A travers le rĂ©cit de leur fils, les souvenirs de l'Ă©pouse de Jean Coural, directeur du Mobilier national, de MaĂŻa Paulin, Pierre Soulages, Jack Lang et bien d'autres, ce livre rĂ©vĂšle le parcours initiatique autant qu'affectif d'un couple pas comme les autres, mu par une insatiable curiositĂ©. Date de parution 09/11/2017 Editeur ISBN 978-2-259-25982-8 EAN 9782259259828 Format Grand Format PrĂ©sentation BrochĂ© Nb. de pages 272 pages Poids Kg Dimensions 14,2 cm × 22,6 cm × 2,3 cm Biographie d'Alain Pompidou Alain Pompidou, fils de Claude et Georges Pompidou, passionnĂ© et collectionneur d'art, est professeur Ă©mĂ©rite de biologie mĂ©dicale – il rĂ©alise ses propres brevets dans le champ du diagnostic. AprĂšs la publication de la correspondance de son pĂšre et d'un livre sur sa mĂšre, il consacre son temps aux archives familiales. CĂ©sar Armand est un jeune journaliste Ă©conomique et politique, Ă©galement amateur d'art.
Surle tarmac, elle rencontre Jacques et Bernadette Chirac, qui vont la prendre sous leur aile. Pendant deux ans, elle vit ainsi chez eux, aux cÎtés de leurs deux filles. Jamais officiellement journal article L'homme politique saisi par le théùtre La Revue administrative 50e Année, No. 297 MAI JUIN 1997, pp. 239-246 8 pages Published By Presses Universitaires de France Read and download Log in through your school or library Read Online Free relies on page scans, which are not currently available to screen readers. To access this article, please contact JSTOR User Support. We'll provide a PDF copy for your screen reader. With a personal account, you can read up to 100 articles each month for free. Get Started Already have an account? Log in Monthly Plan Access everything in the JPASS collection Read the full-text of every article Download up to 10 article PDFs to save and keep $ Yearly Plan Access everything in the JPASS collection Read the full-text of every article Download up to 120 article PDFs to save and keep $199/year Purchase a PDF Purchase this article for $ USD. Purchase this issue for $ USD. Go to Table of Contents. How does it work? Select a purchase option. Check out using a credit card or bank account with PayPal. Read your article online and download the PDF from your email or your account. Preview Preview Publisher Information Founded in 1921, consolidated in the '30s by merging with three editors of philosophy Alcan, history Leroux and literature Rieder, Presses Universitaires de France today organize their publications around the following lines of force research and reference collections, journals, book collections, and essay collections. Rights & Usage This item is part of a JSTOR Collection. For terms and use, please refer to our Terms and Conditions La Revue administrative © 1997 Presses Universitaires de France Request Permissions
ElizabethII et Georges Pompidou (1969-1974) Rolls Press/Popperfoto via Getty Images/Getty Images. En mai 1972, la reine effectue une deuxiùme visite d'État en France, alors que la Grande
par Patrick Kessel, cofondateur et prĂ©sident d’honneur du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique, ancien Grand MaĂźtre du Grand Orient de France. 10 janvier 2022Patrick Kessel, Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laĂŻque et rĂ©publicain, prĂ©face de GĂ©rard Delfau, Ă©d. L’Harmattan, 8 dĂ©c. 2021, 34 e. C’est en octobre 1988 qu’explose la premiĂšre affaire dite du voile. Telle une irruption volcanique, elle annonce des rĂ©pĂ©titions plus redoutables, la fragilisation de la laĂŻcitĂ©, la montĂ©e d’une fracturation sociale catastrophique, l’éclatement de l’universalisme citoyen en tribalismes communautaires. C’est le pavĂ© mosaĂŻque de la RĂ©publique et des LumiĂšres qui menace de voler en Ă©clats. Un principal de collĂšge Ă  Creil refuse l’entrĂ©e Ă  deux jeunes filles voilĂ©es. Il essaie de les convaincre qu’elles peuvent porter ce voile en venant Ă  l’école ainsi qu’en en partant, mais qu’à l’intĂ©rieur de l’établissement scolaire personne ne porte de signes religieux ostensibles. La polĂ©mique se dĂ©veloppe. Avec mes amis, nous attendons un soutien au principal de la part des associations laĂŻques et plus encore du gouvernement de gauche. Il ne vient pas. Au contraire, des voix s’élĂšvent pour dĂ©fendre le "droit Ă  la diffĂ©rence", en l’occurrence le droit de porter le voile Ă  l’école pour ces "pauvres jeunes filles" bientĂŽt considĂ©rĂ©es comme victimes d’un ostracisme xĂ©nophobe. Le principal est traitĂ© de raciste, ce qui n’est pas sans blesser l’homme, originaire des Antilles et aboutĂ© Ă  l’humanisme rĂ©publicain. Le ministre, saisi de l’affaire tergiverse, dĂ©cide de ne pas dĂ©cider et transmet le plat brĂ»lant au Conseil d’État !Probablement n’a -t-il pas compris sur le coup qu’il tenait lĂ  entre les mains une bombe Ă  retardement qui pulvĂ©riserait son destin et celui de la gauche. Lionel Jospin dira par la suite combien il regrette cette dĂ©cision qu’il voulait tempĂ©rĂ©e. Il expliquera l’appel au Conseil d’État, "non pas pour me dĂ©rober ou pour botter en touche, mais pour refroidir les passions, craignant que les interdits laĂŻques ne valent qu’à l’usage exclusif des arabo-musulmans et n’adoptent un contenu discriminatoire, voire raciste" [1]. La peur de passer pour raciste, la survivance d’une forme de culpabilitĂ© Ă  l’égard de tout ce qui a un lien avec le passĂ© colonial de la France paralysent les tĂȘtes les mieux faites de la Gauche. Ainsi la France va-t-elle perdre trente ans en s’empĂȘtrant dans le cancer du communautarisme dont les mĂ©tastases s’attaqueront aux principaux fondements de la RĂ©publique. Cinq intellectuels, Élisabeth Badinter, RĂ©gis Debray, Alain Finkielkrault, Élisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler dĂ©noncent Ă  la Une du Nouvel Observateur un "Munich des consciences" [2]. Les associations laĂŻques traditionnelles et les partis de gauche ne rĂ©agissent pas. Ils considĂšrent qu’il serait mal venu de critiquer les amis qui gouvernent le pays. Et que, s’agissant de deux petites filles musulmanes, s’en prendre Ă  elles reviendrait Ă  apporter de l’eau au moulin de l’extrĂȘme droite xĂ©nophobe. Leur silence vaut consentement. Comme si les atteintes Ă  la laĂŻcitĂ©, dĂšs lors qu’elles sont le fait de populations de culture ou de religion musulmanes, devaient ĂȘtre acceptĂ©es, tolĂ©rĂ©es, voire nĂ©gociĂ©es. La laĂŻcitĂ© dite "nouvelle" montre immĂ©diatement qu’elle aboutit Ă  renier le principe de sĂ©paration et ouvre la voie aux accommodements dits "raisonnables" et au communautarisme. Telle est d’ailleurs la vraie nature de cette rupture avec la culture laĂŻque, mĂȘme si tous ses promoteurs ne semblent pas conscients des dangers qu’ils font courir Ă  libertĂ© de conscience et Ă  l’égalitĂ© des droits entre toutes et tous. Il importe de rĂ©agir vite. Le 19 dĂ©cembre 1990, le ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique est constituĂ©. J’ai lancĂ© l’association avec des personnalitĂ©s d’origines et d’appartenances diverses qui ressentent la gravitĂ© du moment et avec une nouvelle gĂ©nĂ©ration de militants laĂŻques. Ce qui est en jeu, pressentent-ils, c’est la dĂ©composition des principes fondateurs de la RĂ©publique. Maurice Agulhon, titulaire de la chaire d’histoire au CollĂšge de France, historien internationalement reconnu de la RĂ©publique ; Louis Astre, ancien responsable Ă  la FEN ; Pierre BergĂ©, homme d’affaires ; Henri Caillavet, ancien ministre ; Jean-Pierre Changeux, neurobiologiste ; Fanny Cottençon, comĂ©dienne ; RĂ©gis Debray, philosophe ; Manuel de DiĂ©guez, philosophe ; ClĂ©ment Durand, ancien secrĂ©taire national du syndicat des instituteurs, fondateur du ComitĂ© National d’action laĂŻque ; Alain Finkielkraut, philosophe ; Yves Galifret, ancien PrĂ©sident de l’Union rationaliste ; Max Gallo, journaliste, ancien ministre ; GisĂšle Halimi, avocate, fondatrice du mouvement fĂ©ministe Choisir et militante du droit Ă  l’IVG ; Eddy Khaldi, enseignant, syndicaliste et futur prĂ©sident des DDEN DĂ©lĂ©guĂ©s dĂ©partementaux Ă  l’Éducation Nationale ; Catherine Kintzler, philosophe ; Albert Memmi, Ă©crivain, essayiste ; Sami NaĂŻr, politologue ; Claude Nicolet, historien, spĂ©cialiste des institutions et des idĂ©es politiques ; Émile Papiernik, obstĂ©tricien ; Jean-Claude Pecker, astrophysicien ; Yvette Roudy, ancien ministre ; Claude Villers, journaliste ; Claude Vaillant, avocat,s’embarquent dans cette aventure passionnante. Claude Nicolet en est le premier PrĂ©sident et j’en assume le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral. Henri Caillavet lui succĂšdera, puis moi-mĂȘme, Jean-Marie Matisson, ancien Grand-MaĂźtre adjoint du Grand Orient, Philippe Foussier qui deviendra Grand-MaĂźtre en 2017 et auquel je succĂšderai pour un second mandat, Jean-Pierre Sakoun et Gilbert Abergel. On trouvera qu’il y a beaucoup de francs-maçons dans cette association. Ce n’est pas faux. Paul Gourdot, ancien Grand-MaĂźtre, a amenĂ© avec lui ses compagnons de route tels Pierre Aubert, de la gĂ©nĂ©ration pour qui la gauche et la laĂŻcitĂ© ne peuvent faire qu’un. En vue de sa crĂ©ation j’avais obtenu du Convent, le vote d’une motion de soutien et d’une petite subvention de dĂ©marrage comme le fit le Grand Orient, Ă  la fin du XIXĂšme siĂšcle, lors de la crĂ©ation de la Ligue de l’Enseignement et de la Ligue des Droits de l’homme. Pour autant la nouvelle association est totalement indĂ©pendante de l’obĂ©dience et ne saurait s’exprimer en son nom. Sa proximitĂ© tient aux idĂ©es communes que nous dĂ©fendons en matiĂšre de laĂŻcitĂ©, proximitĂ© plus ou moins forte en fonction des diffĂ©rents grands maĂźtres qui se succĂšdent rue Cadet. Nous n’imaginons pas alors que ce petit groupe au fonctionnement exclusivement militant, sans subventions publiques, dĂ©pourvu de secrĂ©tariat permanent, de local associatif, va devenir une association reconnue de dĂ©fense et de promotion de la laĂŻcitĂ© sans qualificatif, lanceuse d’alerte, interlocutrice des autoritĂ©s, apprĂ©ciĂ©e par les uns pour ses prises de position fermes, son refus de rĂ©pondre aux invectives, sa volontĂ© de dialogue, critiquĂ©e, voire honnie par d’autres, en particulier lorsque le communautarisme va infiltrer une partie de la gauche et que l’islamisme politique s’installera au cƓur du dĂ©bat. Le ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique lance un Grand prix national et un Grand prix international ainsi qu’un prix Science et laĂŻcitĂ©, dĂ©cernĂ©s par un jury de personnalitĂ©s indĂ©pendantes et destinĂ©s Ă  soutenir des femmes et des hommes engagĂ©s, souvent au pĂ©ril de leur vie, en faveur de la libertĂ© de conscience et de la laĂŻcitĂ©. Remis chaque annĂ©e dans le grand salon de l’HĂŽtel de Ville de Paris, en prĂ©sence de la Maire, Anne Hidalgo, et d’un petit millier de personnes, il rĂ©vĂšle au grand public des talents nouveaux. Mon ami Charb prĂ©side le jury en octobre 2012. "J’ai moins peur des extrĂ©mistes religieux que des laĂŻques qui se taisent", dit-t-il Ă  cette occasion, nĂ©anmoins conscient que ses jours sont comptĂ©s [3]. [4] Le ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique s’implique sur de nombreux fronts. La commĂ©moration du baptĂȘme de Clovis, dont Jean-Paul II, en visite Ă  Paris, veut faire l’acte de naissance de la Nation française, rassemble place de la RĂ©publique Ă  Paris 65 organisations, qui dĂ©noncent le financement public de ce voyage pastoral et rappellent que "Clovis n’est pas la France". Le ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique est en premiĂšre ligne avec les associations historiques. Ce sera la derniĂšre manifestation commune avant que la question du communautarisme ne divise profondĂ©ment le monde laĂŻque. Symbolique, cette bataille veut rĂ©affirmer que la Nation française n’a pas de religion et que la RĂ©publique est laĂŻque. Pierre BergĂ© dans "l’affaire Clovis" dĂ©nonce "le retour en force du clĂ©ricalisme" [5]. Dans Marianne, je t’aime, je dĂ©nonce les pompes auxquelles donne prĂ©texte le 1500e anniversaire de la conversion de Clovis, aux frais de l’État, ce qui participe d’une inacceptable remise en cause de la laĂŻcitĂ© [6]. Le ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique monte en ligne contre la ratification par la France de la Charte europĂ©enne des langues rĂ©gionales ou minoritaires qui revient ipso facto Ă  reconnaĂźtre des communautĂ©s rĂ©gionales comme Ă©quivalentes Ă  la communautĂ© nationale avec, demain, la reconnaissance de dĂ©rogations Ă  la loi commune. Il dĂ©nonce la tentative de substituer l’équitĂ© Ă  l’égalitĂ©. C’est lĂ  une autre attaque subreptice contre les LumiĂšres. Le principe d’égalitĂ© des droits et des devoirs entre tous les citoyens, quels qu’ils soient, d’oĂč qu’ils viennent, quelles que soient leurs apparences, leurs convictions, n’est pas nĂ©gociable. Nous organisons sur le sujet un colloque Ă  l’AssemblĂ©e Nationale. Le ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique dĂ©nonce Ă©galement, sous la prĂ©sidence Sarkozy, la crĂ©ation d’un "ministĂšre de l’IdentitĂ© nationale" et plaide en faveur d’un "ministĂšre de la citoyennetĂ©". L’identitĂ© de la RĂ©publique, c’est d’abord l’intĂ©gration dans l’universalisme des principes des LumiĂšres. Le ComitĂ©, qui a Ă©tĂ© en premiĂšre ligne pour dĂ©noncer l’infiltration de l’universitĂ© Lyon 3, monte en ligne contre l’extrĂȘme-droite et dĂ©nonce sa tentative de dĂ©tourner la laĂŻcitĂ© Ă  des fins xĂ©nophobes. Le renoncement d’une partie de la gauche Ă  dĂ©fendre la laĂŻcitĂ© lui ouvre un boulevard dans lequel elle se jette. Ce sera le sens du livre Ils ont volĂ© la laĂŻcitĂ©, que je publierai en 2012 et dont la couverture sera illustrĂ©e d’un dessin de Charb [7]. L’originalitĂ© du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique va s’exprimer dans le dĂ©bat qui s’engage autour des affaires du voile et du communautarisme. Avec Jean-Marie Matisson, son PrĂ©sident d’alors, par ailleurs partie civile dans le procĂšs Maurice Papon, nous sommes auditionnĂ©s Ă  l’AssemblĂ©e Nationale et plaidons en faveur d’une loi interdisant le port de signes religieux Ă  l’école. "Entre le fort et le faible, c’est la libertĂ© qui opprime et la loi qui affranchit", Ă©crivait Lacordaire. Articles de presse, Ă©ditos, colloques se succĂšdent. Nous y invitons entre autres Élisabeth de Fontenay, Luc Ferry, Henri Jouffa, Albert Memmi, Danielle Sallenave, Lucien SĂšve, Michel Vovelle, Yves Gallifret, Maurice Benassayag, Louis Mexandeazu, Edgar Pisani, Georges Sarre, Alain Vivien, Jean-Pierre ChevĂšnement, Xavier Pasquini, Georges-Marc Benamou. La tension monte entre associations laĂŻques. L’enjeu le communautarisme. J’ai toujours cru aux vertus du dialogue et fais confiance Ă  l’honnĂȘtetĂ© intellectuelle de mes contradicteurs. Optimiste, j’imagine qu’il est encore possible de dĂ©battre au fond et d’éviter un schisme au sein de la famille laĂŻque. D’autant que certaines amitiĂ©s perdurent. J’écris Ă  Pierre Tournemire, un des principaux animateurs de la Ligue de l’Enseignement, pour lui proposer un dĂ©bat au fond avec des reprĂ©sentants de la Ligue de l’Enseignement, de la FEN et quelques autres associations. En vain. Je rĂ©itĂ©rerai cette proposition auprĂšs du PrĂ©sident d’alors de la Ligue, qui, pour toute rĂ©ponse, taxera mes amis du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique et moi-mĂȘme d’islamophobes ! Sans rĂ©ponse, j’écris une tribune dans Le Monde dont Guy Le NĂ©ouanic, qui a succĂ©dĂ© Ă  Yannick Simbron comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral la FEN, cite des extraits dans son rapport d’activitĂ©. J’interviens, comme nous le faisons rĂ©guliĂšrement, Ă  la Libre PensĂ©e dont le PrĂ©sident, Marc Blondel, facilite le dialogue. Nos dĂ©saccords sont relativement mineurs et ne menacent pas la perspective de rassemblement des laĂŻques. Il serait encore possible de rĂ©flĂ©chir entre gens de bonne volontĂ© parmi lesquels plus d’un franc-maçon. Mais cette fois, la bonne volontĂ© ne suffira pas. Commence le temps des procĂšs en islamophobie. Trente ans aprĂšs la crĂ©ation du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique, l’actualitĂ© donne malheureusement raison Ă  ses fondateurs. L’universalisme rĂ©publicain, autrefois combattu par la seule extrĂȘme droite, est dĂ©sormais vivement attaquĂ© par des voix issues de la rive progressiste qui ont oubliĂ© les fondements de la culture et des combats de la Gauche. La laĂŻcitĂ©, clĂ© de voĂ»te de la RĂ©publique sociale et laĂŻque, se trouve mise Ă  mal, traitĂ©e de "raciste" et de "colonialiste", de "bourgeoise" et de "rĂ©actionnaire", dĂšs lors qu’il s’agit de l’appliquer aux musulmans comme Ă  tous les autres citoyens. Dans cette traversĂ©e du dĂ©sert, le ComitĂ© a contribuĂ© avec quelques autres associations Ă  sauver l’essentiel de la laĂŻcitĂ©, en particulier la loi de sĂ©paration de 1905 qui faillit ĂȘtre vidĂ©e de son contenu au prĂ©texte de modernisation. Il a activement participĂ© Ă  la crĂ©ation et Ă  l’animation du Collectif des associations laĂŻques qui rassemble au Grand Orient les obĂ©diences adogmatiques et une quarantaine d’associations dĂ©fendant une laĂŻcitĂ© sans qualificatif [8]. Ce collectif publie chaque annĂ©e un État de la laĂŻcitĂ© en France. La premiĂšre Ă©dition, que je portai Ă  bout de bras avec Charles Arrambourou de l’UFAL et Martine Cerf d’Égales, nĂ©cessita beaucoup de force de conviction car elle prenait le contre-pied du premier rapport de l’Observatoire de la laĂŻcitĂ© dont le prĂ©sident Jean-Louis Bianco venait de dĂ©clarer "il n’y a pas de problĂšmes de laĂŻcitĂ© en France". Cette dĂ©claration suscita une rĂ©action trĂšs ferme au sein de cet Observatoire, du dĂ©putĂ© Jean Glavany, de la sĂ©natrice Françoise Laborde et de moi-mĂȘme [9]. [Au ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique,] des comitĂ©s locaux ont vu le jour dans une vingtaine de villes et rĂ©gions, organisant des rĂ©unions publiques et une action de terrain auxquelles j’ai trĂšs souvent participĂ©, bien Ă©loignĂ©es du parisianisme politicien. Quelle chance fut la mienne de pouvoir compter dĂšs le dĂ©but sur tant de talents, de convictions, de culture, de soutiens amicaux, de femmes et d’hommes exceptionnels parmi lesquels Henri Caillavet et Élisabeth Badinter occupent une place de choix [10]. » [1] Lionel Jospin, L’invention du possible, Flammarion, 1991, p. 295.[3] LaurĂ©ats du Prix de la laĂŻcitĂ© du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique. Ont ainsi notamment Ă©tĂ© honorĂ©s Caroline Fourest, journaliste menacĂ©e de mort, Chadortt Djavan, Ă©crivaine iranienne, menacĂ©e de mort, Djemila Benhabib, militante quĂ©bĂ©coise fĂ©ministe et laĂŻque, menacĂ©e de mort, Françoise Laborde, sĂ©natrice, Catherine Kintzler, philosophe, Jeannette Bougrab, secrĂ©taire d’État, Henri Pena-Ruiz, philosophe, Shoukria Haidar, militante afghane du droit des femmes et de la laĂŻcitĂ©, menacĂ©e de mort, Jean-Luc Petit Huguenin, patron de Paprec, ayant fait voter une charte de la laĂŻcitĂ© dans son entreprise, Samuel Mayol, directeur de l’IUT de St Denis, menacĂ© de mort, Fazil Say, pianiste, emprisonnĂ© en Turquie pour son engagement en faveur des droits de l’homme et de la libertĂ© de conscience, Zineb El Rhazoui, journaliste Ă  Charlie hebdo, menacĂ©e de mort, Gorgio Napolitano, alors prĂ©sident de la RĂ©publique italienne pour son soutien Ă  un patient dans le coma qui avait prĂ©alablement sollicitĂ© en vain le droit Ă  mourir dans la dignitĂ©, Maryam Namazie, politique iranienne exilĂ©e, menacĂ©e de mort, le Professeur Émile Baulieu, pĂšre de la pilule abortive, Gilles Clavreul, ancien dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la lutte contre le racisme et l’antisĂ©mitisme, Jorge Clavero, militant laĂŻque argentin, Inna Shevchenko, animatrice des Femen, Sarah Doraghi, journaliste et comĂ©dienne au nom des femmes iraniennes qui risquent leur vie pour ne pas avoir Ă  porter le voile, Ensaf Haidar, Ă©pouse de Raif Badawi, blogueur condamnĂ© en Arabie saoudite Ă  dix annĂ©es de prison et mille coups de fouet, pour avoir critiquĂ© la religion, Jean-Pierre Obin, auteur du rapport qui alerta en France sur le danger des revendications communautaristes Ă  l’école notamment, Boualem Sansal, Ă©crivain algĂ©rien, Georges Bensoussan, historien ostracisĂ© pour avoir, parmi les premiers, osĂ© donner son nom Ă  la barbarie islamiste, FrĂ©dĂ©ric AurĂ©al, responsable du Service de la protection rapprochĂ©e SDLP, service de police discret dont les membres risquent leur vie pour protĂ©ger celles et ceux qui dĂ©fendent la laĂŻcitĂ© au pĂ©ril de leur vie. Le jury auquel ont participĂ© des responsables politiques de gauche comme de droite, anciens ministres tels Anicet Le Pors, communiste, AndrĂ© Henry, socialiste, Jacques Toubon, RPR, des intellectuels, des reprĂ©sentants d’associations laĂŻques, a Ă©tĂ© notamment prĂ©sidĂ© par la philosophe Élisabeth Badinter, l’ancien ministre Jean Glavany, l’ancienne dĂ©putĂ©e Odile Saugues, les journalistes Joseph MacĂ©-Scaron, Françoise Laborde, Renaud Dely et par Charb, mon ami, le dessinateur et directeur de Charlie.[5] Pierre BergĂ©, L’affaire Clovis, Plon,1996.[6] Patrick Kessel, Marianne, je t’aime, Ă©ditions Bruno Leprince, 1996.[7] Patrick Kessel, Ils ont volĂ© la laĂŻcitĂ©, Jean -Claude Gawsewitch, 2012.[8] La liste des associations membres du Collectif, dĂ©jĂ  citĂ©e.[9] Le communiquĂ© Glavany – Laborde - Kessel. Voir en Annexes.[10] Ont notamment contribuĂ© Ă  la crĂ©ation et au dĂ©veloppement du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique les anciens ministres AndrĂ© Henry, Guy Lengagne, Yvette Roudy,Anne-Marie Lizin, ministre belge,les dĂ©putĂ©s Christian Bataille, Jean-Louis Touraine,les anciens Grands MaĂźtres du Grand Orient Jacques Lafouge, Gilbert Abergel, Philippe Foussier, les anciennes Grandes MaĂźtresses et dignitaires de la GLFF, le recteur Alain Morvan,Jean-Philippe Simonet qui a créé le site du ComitĂ© LaĂŻcitĂ© RĂ©publique et Édouard Moreau qui l’actualise quotidiennement,Daniel BĂ©nichou, Daniel BƓuf, Jean-Pierre Catala, Charles Coutel, JoĂ«l Denis, Marie-Danielle Gaffric, Catherine Kintzler, Guillaume Lecointre, Evelyne LĂ©vy, Jacques LĂ©vy, Jean-Marie Matisson, Jean-Claude Pecker, Nicole Raffin, Alain Seksig, Antoine Sfeir. TĂ©lĂ©chargerle livre Georges Pompidou de Eric ROUSSEL en Ebook au format ePub sur Vivlio et retrouvez le sur votre liseuse prĂ©fĂ©rĂ©e. DĂ©but octobre 1968, une rumeur enflamme le tout-Paris Claude Pompidou, la femme de l'ancien Premier ministre, aurait fait assassiner un playboy yougoslave, Stephan Markovic, parce qu'il la faisait chanter avec des photos de parties fines. Ce complot sordide scelle le destin de Georges Pompidou, qui vient de quitter Matignon aprĂšs six annĂ©es de fonction. OutrĂ© par cette machination fomentĂ©e par certains gaullistes, il dĂ©cide de briguer la prĂ©sidence. Ce documentaire raconte les quatre annĂ©es et demi du couple Pompidou Ă  l'ElysĂ©e, depuis la calomnie initiale jusqu'Ă  la mort du prĂ©sident, terrassĂ© par une et Georges Pompidou l'amour au coeur du pouvoir a Ă©tĂ© diffusĂ© sur France 3 le jeudi 17 septembre 2015, 23H40.
Sculptures Paris, Centre Georges Pompidou, BibliothÚque Nationale de France, Musée national Picasso-Paris, du 24 au 26 mars 2016, mai 2017. March 2016 DOI: 10.13140/RG.2.2.25675.18723
1Alors que le moment 68 » semble s’imposer comme un jalon incontournable dans l’histoire du rire et de la dĂ©rision, l’analyse des formes et des supports de cet Ă©clat de rire » gĂ©nĂ©ralisĂ© reste Ă  faire. Bertrand Lemonnier, en travaillant ici l’hypothĂšse d’un glissement de l’humour vers la dĂ©rision, propose une premiĂšre approche de cette problĂ©matique, des Ă©vĂ©nements de mai jusqu’à nos jours. Nul doute que cette proposition viendra nourrir le dĂ©bat en cours sur l’articulation d’une histoire politique ou culturelle des annĂ©es 68. 2Dans une ambitieuse Histoire du rire et de la dĂ©rision, Georges Minois ne consacre qu’une petite partie de son livre Ă  l’époque contemporaine [1]. Quel point de vue faut-il en effet adopter esthĂ©tique, littĂ©raire, sociologique, anthropologique ? L’approche critique doit-elle ĂȘtre multidisciplinaire et nĂ©cessairement Ă©clatĂ©e – c’est celle dĂ©fendue par la revue Humoresques [2] – ou y a-t-il la place pour une dĂ©marche historienne ? Et pour quel genre d’histoire ? On l’aura compris, l’espace humoristique est encore en dĂ©frichement sinon en dĂ©chiffrage, territoire propice aux hypothĂšses les plus stimulantes mais aussi aux inĂ©vitables approximations mĂ©thodologiques [3]. Dans l’ouvrage de Georges Minois, le moment 1968 » apparaĂźt Ă©tonnamment absent d’une rĂ©flexion qui fait la part belle, pour la fin du 20e siĂšcle, aux travaux de Gilles Lipovetski sur la sociĂ©tĂ© humoristique [4] ». Georges Minois semble ainsi dĂ©plorer la gĂ©nĂ©ralisation d’un esprit postmoderne, oĂč les mĂ©dias imposent un comique de rigueur, un rire soft et cool, oĂč l’ironie est vide de sens, oĂč la dĂ©rision tourne Ă  vide, quelles que soient les intentions subversives. On est alors vĂ©ritablement dans le dĂ©risoire, mais au sens de l’insignifiance. 3Pourtant, en dĂ©pit de ce constat un peu dĂ©sabusĂ© sur une sociĂ©tĂ© mĂ©diatique », qui nous empĂȘcherait de rire librement et sainement, la dĂ©finition d’AndrĂ© Breton et des surrĂ©alistes, selon laquelle l’humour est une rĂ©volte supĂ©rieure de l’esprit » nous paraĂźt toujours avoir une rĂ©elle dimension historique, notamment lorsque le contexte s’y prĂȘte. Et, justement, le contexte de Mai 68 et de l’aprĂšs-68 en France, Ă  travers une formidable libĂ©ration de la parole, puis des mƓurs, oblige Ă  une rĂ©flexion sur la dimension humoristique de cette libĂ©ration, et plus prĂ©cisĂ©ment dans le registre complexe de la dĂ©rision [5]. 4Mais ce registre a-t-il une Ă©paisseur chronologique ? Comment borner une histoire de la dĂ©rision [6] » autour des Ă©vĂ©nements de 1968 ? Deux photographies, prises Ă  douze annĂ©es de distance – la premiĂšre en mai 1968 et la seconde en dĂ©cembre 1980 – fournissent une premiĂšre rĂ©ponse en forme de correspondance dans le temps et dans l’espace. Ces clichĂ©s rĂ©vĂšlent en effet deux formes d’appropriation sauvage de l’espace public, aux dĂ©pens des affiches politiques classiques. Le premier – cĂ©lĂšbre et si souvent reproduit – est signĂ© Henri Cartier-Bresson [7]. Il suggĂšre le contraste entre la France conservatrice de 1968 et la jeune France soixan-te-huitarde le slogan libertaire Jouissez sans entraves » recouvre alors des affiches notamment du PCF, ce qui laisse un digne vieux monsieur perplexe
 ou rĂȘveur ! Les murs ont alors la parole et la prennent sans retenue, comme un nouveau langage de dĂ©rision. Le second est l’affiche d’un meeting de Coluche Ă  la bourse du travail de Lyon [8], alors qu’il dĂ©fend sa candidature Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 1981. Un candidat de la dĂ©rision du politique, humoriste de profession, dont le programme » se rattache sur certains points au slogan de mai affichĂ© sur les murs. 5À partir de ces deux photographies et du lien que l’on peut Ă©tablir entre elles, il est possible de poser quelques questions d’ordre gĂ©nĂ©ral, comme autant d’hypothĂšses de travail. Y a-t-il une forme d’humour et de dĂ©rision propre Ă  Mai 68, en tout cas vĂ©ritablement innovante en la matiĂšre ? Les formes d’humour et de dĂ©rision qui se dĂ©veloppent en France dans les annĂ©es 1970 et 1980 peuvent-elles se rattacher, de prĂšs ou de loin, Ă  un esprit de 68 » une ombre portĂ©e » ? ou ne sont-elles finalement que des avatars de la sociĂ©tĂ© de masse, en pleine digestion d’une hypothĂ©tique culture ou pensĂ©e 68 » [9] ? Peut-on distinguer dans l’abondance et la diversitĂ© culturelles des annĂ©es qui suivent 1968 un certain nombre de personnages, de mĂ©dias, de productions qui sont porteurs d’un humour spĂ©cifiquement post-soixante-huitard » ou que Mai 68 a contribuĂ© Ă  diffuser ? Coluche est-il notamment le produit dĂ©rivĂ© » de cet humour ? Et aprĂšs lui certains programmes satiriques diffusĂ©s dans les mĂ©dias ?Le moment 68, entre dĂ©rision et esprit de sĂ©rieux6D’abord, une premiĂšre mise au point en forme de rĂ©ponse globale Mai 68 est un mouvement trĂšs sĂ©rieux » dans son ensemble. Faire la rĂ©volution n’est pas un divertissement lĂ©ger, oĂč l’on s’amuse. Olivier Rolin, un ancien de la Gauche prolĂ©tarienne, dans son roman Tigre en papier [10], a rappelĂ© Ă  sa façon que la plupart des groupes gauchistes – maoĂŻstes, dans le cas prĂ©sent – se prennent terriblement au sĂ©rieux, oubliant sans doute l’un des slogans de l’OdĂ©on occupĂ© Prenons la rĂ©volution au sĂ©rieux, mais ne nous prenons pas au sĂ©rieux ». Les rares crises de rire, dans le rĂ©cit de Rolin, sont autant de transgressions Ă  la ligne gĂ©nĂ©rale du groupuscule et sont des actes quasi bourgeois » ! Pourtant, l’auteur admet que tout pourrait bien, Ă  certains moments, se terminer dans un grand Ă©clat de rire, Ă  condition de trouver ridicules les sentences du Grand Timonier. Ce sĂ©rieux proclamĂ©, assez psychorigide, n’empĂȘche pas la contestation de s’alimenter Ă  certaines sources d’humour et de dĂ©rision. Mai 68 reste un immense happening aux aspects libertaires et festifs [11] ; d’un certain point de vue, il constitue une rĂ©volution par la dĂ©rision. 7Difficile en effet de dĂ©nier tout humour Ă  Mai 68, notamment Ă  travers un certain nombre de mots, de slogans [12], de maximes, de tracts, d’affiches, de fresques, de caricatures, de graffitis dirigĂ©s contre les pouvoirs et la sociĂ©tĂ© bourgeoise et parfois aussi contre certains acteurs du mouvement, tel le PCF. C’est non seulement la grammaire de la contestation 68 [13] », mais aussi son esthĂ©tique. L’éphĂ©mĂšre publication Action [14] – faite sur le modĂšle graphique de Black Dwarf en Angleterre [15]– a de toute Ă©vidence un cĂŽtĂ© festif ; certains articles de La Cause du peuple rappellent l’humour dĂ©capant des publications anarchisantes de la Belle Époque comme L’Assiette au beurre ou Le PĂšre peinard. Les ateliers des Beaux-Arts rue Bonaparte ont produit dans l’effervescence des Ɠuvres qui renvoient autant au gauchisme ou Ă  l’anarchisme qu’aux aphorismes et aux collages dadaĂŻstes et surrĂ©alistes. On trouve aussi Ă  Censier, Ă  Nanterre ou Ă  la Sorbonne de jolies formules certaines apocryphes ou simplement rapportĂ©es, dont le cĂ©lĂšbre marxiste, tendance Groucho ». De mĂȘme, l’activisme situationniste ne manque pas d’humour, mĂȘme s’il est parfois involontaire. Si l’influence politique des situationnistes dits enragĂ©s » demeure Ă©pisodique – au sein par exemple des comitĂ©s d’occupation de la Sorbonne, qu’ils ne contrĂŽlent que quelques jours –, l’impact des avant-gardes situationnistes est bien rĂ©el dans les milieux artistiques des annĂ©es 1968. Raoul Vaneigem et Guy Debord encouragent ainsi dans les annĂ©es 1960 les opĂ©rations de dĂ©tournement de la culture de masse [16], par exemple des comics bandes dessinĂ©es, essentiellement d’origine anglo-saxonne et du cinĂ©ma. En 1968, des comics par dĂ©tournement » fleurissent ainsi au beau milieu des tracts politiques les bandes dessinĂ©es sont alors une nouvelle conception de la praxis rĂ©volutionnaire, une forme prolĂ©tarienne de l’expression graphique [qui] rĂ©alise le dĂ©passement de l’art bourgeois » [17]. Dans les annĂ©es 1970, l’artiste situationniste Jean-Jacques Lebel organise des happenings Ă  base de provocations multiples, considĂ©rant notamment la pornographie comme un genre humoristique. Le dĂ©tournement iconoclaste de la culture de masse est l’un de ses thĂšmes de prĂ©dilection artistique, mais il s’agit autant d’un effet 68 » que du prolongement d’un concept de dĂ©rision nĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1950, Ă  travers le Pop Art ou le Nouveau gauchisme Ă  la contre-culture8Justement, aprĂšs Mai 68, que reste t-il de ce que l’on peut qualifier provisoirement d’humour contestataire ? N’y a t-il pas un repli vers un certain conformisme ou alors vers des formes de contre-culture souvent mĂ©prisĂ©es des rĂ©volutionnaires orthodoxes, on pense au psychĂ©dĂ©lisme hippie, Ă  l’écologie baba-cool, Ă  l’anarchisme fĂȘtard, au postsituationnisme ? En fait, rien n’est simple. En effet, c’est l’humour – nous y reviendrons Ă  propos de certains mĂ©dias – qui permet de faire le lien entre le gauchisme et la contre-culture, notamment psychĂ©dĂ©lique, telle qu’elle s’est Ă©panouie dans le monde anglo-saxon depuis le milieu des annĂ©es 1960. 9Cela dit, il est Ă©vident que le passage du sĂ©rieux au rire n’a pas Ă©tĂ© chose facile – et mĂȘme impossible, sĂ»rement – au sein de groupes radicaux, qui vivent plus ou moins bien leur dĂ©pression post-68 ». D’autant que rire, cela signifie aussi savoir rire de soi. Bonne nuit les petits ! » titre ironiquement Action en se sabordant lors de l’élection de Georges Pompidou en 1969 [18]. L’autodĂ©rision n’est donc pas trĂšs frĂ©quente, du moins Ă  l’époque. Un exemple assez rĂ©vĂ©lateur est celui du FHAR Front homosexuel d’action rĂ©volutionnaire, qui tient ses rĂ©unions rĂ©guliĂšres de 1971 Ă  1973 dans l’amphithéùtre des Loges aux Beaux-Arts [19]. Dans ce qui devient trĂšs vite un happening permanent, le militantisme d’un Guy Hocquenghem est assez vite dĂ©passĂ© par les folles radicales appelĂ©es Gazolines », qui n’ont que faire de la phrasĂ©ologie gauchisante. La libĂ©ration de la parole gay prend les formes inattendues de la dĂ©rision ProlĂ©taires de tous les pays, caressez-vous », Nationalisons les usines Ă  paillettes », CRS, desserrez les fesses ! Gauchistes vous aussi », tandis que les Beaux-Arts deviennent un lieu de drague privilĂ©giĂ© pour les homosexuels parisiens. De mĂȘme, lors de l’enterrement du militant maoĂŻste Pierre Overney en 1972, les Gazolines voilĂ©es de noir scandent Liz Taylor, Overney, mĂȘme combat », au grand dam des activistes de la Gauche prolĂ©tarienne. 10Ce type de happening prolonge en acte la libĂ©ration de la parole initiĂ©e en Mai 68, mais il trouve assez peu d’écho au-delĂ  d’une certaine communautĂ© initiĂ©e, tandis qu’il apparaĂźt dans sa dĂ©rision comme bourgeois » par les militants les plus radicaux. L’expĂ©rience de fĂȘte rĂ©volutionnaire » menĂ©e par les spontanĂ©istes ou anarcho-maoĂŻstes, plus connus sous le sigle VLR Vive la RĂ©volution ou Mao-Spontex, demeure ainsi sans vĂ©ritable lendemain. Dans l’éphĂ©mĂšre publication Tout ce que nous voulons [20], Roland Castro dĂ©fend avec StĂ©phane Courtois et Guy Hocquenghem une rĂ©volution festive et libertaire, jusqu’à ce que le psychanalyste Lacan le dĂ©tourne en 1972 de cette ligne intellectuelle jugĂ©e sans issue [21]. Quant Ă  la revue L’Idiot international, elle est moins l’expression d’un courant de dĂ©rision que le projet un peu mĂ©galomane de son fondateur, Jean-Edern Hallier, celui de fonder autour de sa personne un grand journal gauchiste. 11De toutes les façons, il reste difficile aux mouvements contestataires – qu’ils soient situationnistes, gauchistes, fĂ©ministes, Ă©cologistes – de s’exprimer ouvertement dans les grands mĂ©dias, surtout audiovisuels. À la radio et la tĂ©lĂ©vision, en dĂ©pit de quelques espaces de libertĂ© Ă  la radio le Pop Club » de JosĂ© Artur et surtout Campus » de Michel Lancelot sur Europe n° 1, un conformisme assez pesant caractĂ©rise l’aprĂšs-Mai 68, et cela jusqu’en 1974-1975, Ă  quelques exceptions prĂšs. Quant aux radios dites libres » en fait illĂ©gales, appelĂ©es aussi radio-pirates, elles sont quantitĂ© nĂ©gligeable sur le sol français jusqu’à la libĂ©ralisation des annĂ©es 1980, ainsi Radio Campus Ă  Lille en 1969 ou Radio verte Ă  Paris en vecteurs d’un nouvel humour contestataire12Alors, comment peut s’exprimer un humour contestataire post-68, toujours suspectĂ© de porter en lui des germes de rĂ©volte ou du moins d’anarchie, mĂȘme si tous les mĂ©dias ne relĂšvent pas du monopole public ? Y a-t-il de la censure ou de l’autocensure ? En rĂ©alitĂ©, l’époque est plutĂŽt propice Ă  la libertĂ© d’expression, en dĂ©pit d’un certain nombre d’interdictions ponctuelles et du sentiment quelque peu paranoĂŻaque des gauchistes. Cette libertĂ© se manifeste notamment dans trois domaines d’expression d’abord le cinĂ©ma, ensuite le cafĂ©-théùtre et le music-hall, enfin la presse, Ă  laquelle on peut associer la bande dessinĂ©e. 13Existe-t-il d’abord un vĂ©ritable cinĂ©ma post-68 » [22] ? Un certain nombre de films tournĂ©s aprĂšs 68 relĂšvent du cinĂ©ma expĂ©rimental ou restent dans la tradition de la Nouvelle Vague comme Tout va bien de Jean-Luc Godard 1972, La Maman et la putain de Jean Eustache 1973, La Salamandre d’Alain Tanner 1971, du documentaire militant tel Camarades de Marin Karmitz 1969, de la chronique sociale comme On n’arrĂȘte pas le printemps de RenĂ© Gilson en 1971, sur les lycĂ©es de l’aprĂšs-68 ou l’intimiste Erica minor de Bertrand Van Effenterre 1974, de la fable utopique Valparaiso, Valparaiso de Pascal Aubier, 1969 et de la farce anarchiste La Grande Lessive de Jean-Pierre Mocky, 1969. Le film trĂšs remarquĂ© de Barbet Schroeder More 1969, avec la musique entĂȘtante de Pink Floyd, est plus un film de dĂ©nonciation des illusions hippies et psychĂ©dĂ©liques que de dĂ©rision humoristique des annĂ©es Woodstock. Plus proche de certains thĂšmes soixante-huitards apparaĂźt Les Valseuses de Bertrand Blier 1974, qui raconte la cavale de deux marginaux anticonformistes sur fond de libĂ©ration des mƓurs. Le film fait scandale. Son interdiction aux moins de 18 ans en dit long sur les blocages d’une sociĂ©tĂ© qui prend comme un coup de poing cette aventure amorale, mais d’un rĂ©alisme cru. 14Quelques ovnis cinĂ©matographiques relĂšvent d’un humour plus particulier, comme La Dialectique peut-elle casser des briques de GĂ©rard Cohen et RenĂ© ViĂ©net 1973 et L’An 01 de Jacques Doillon 1972, avec la participation de Jean Rouch et Alain Resnais. La Dialectique est un dĂ©tournement situationniste [23] des films de kung-fu taiwanais, Ă  la recette trĂšs simple. Il s’agit de sous-titrer et dialoguer des films en modifiant radicalement leur sens initial, ce qui leur donne un contenu subversif – rĂ©volutionnaire ? – trĂšs inattendu et plutĂŽt comique. Le dĂ©tournement a, par cette mĂ©thode, une triple fonction destruction-dĂ©valorisation radicale de l’art, propagande rĂ©volutionnaire, et rĂ©alisation du jeu et de l’esthĂ©tique ludique dans le dĂ©conditionnement de l’humour [24]. » Quant Ă  L’An 01 [25], il est co-Ă©crit par le dessinateur de bande dessinĂ©e GĂ©bĂ©, qui a d’abord publiĂ© les planches de L’An 01 dans le journal gauchiste Politique Hebdo. L’An 01 apparaĂźt comme une fable post-soixante-huitarde traitĂ©e comme un faux reportage – en noir et blanc – qui montre les premiers mois d’une rĂ©volution culturelle et sociale, oĂč l’on remettrait en cause dans la bonne humeur le travail, le couple, l’école, l’armĂ©e, la propriĂ©tĂ© privĂ©e. Le scĂ©nario du film est d’ailleurs plus ou moins dĂ©construit sur des slogans de 68, teintĂ©s d’écologie et de situationnisme ludique [26] Et si un jour on arrĂȘtait tout ? Plus de travail, plus d’horaires, plus de voitures, plus de tĂ©lĂ©vision. On prendrait le temps de flĂąner, de discuter, de chanter, de faire l’amour, de cueillir une fleur [
]. Le temps de vivre tout simplement. Ce serait l’an 01 d’une Ăšre nouvelle. » Le casting du film est hĂ©tĂ©roclite on y rencontre pĂȘle-mĂȘle des dessinateurs de BD Cabu, Gotlib, l’équipe de Hara-Kiri, des chanteurs politiquement engagĂ©s tels Jacques Higelin – Ă  l’époque du film retirĂ© dans une communautĂ© hippie – ou François BĂ©ranger, ainsi que des comĂ©diens dĂ©butants promis Ă  un bel avenir Coluche, Romain Bouteille, GĂ©rard Depardieu, Miou-Miou, Christian Clavier
. 15La prĂ©sence de Romain Bouteille apporte Ă  ce film un peu de la loufoquerie du cafĂ©-théùtre, un genre qui connaĂźt un grand succĂšs public aprĂšs Mai 68. C’est en effet en juin 1969 que Bouteille ouvre Le cafĂ© de la gare, d’abord Ă  Montparnasse puis rue du Temple. Ce spectacle innove par rapport au cafĂ©-concert ou au traditionnel music-hall, en ce sens qu’il fonctionne en vĂ©ritable communautĂ© artistique. AppelĂ©e ainsi pour des raisons fiscales mais aussi parce que les acteurs servent au public une boisson – lequel public paie ou ne paie pas sa place aprĂšs tirage au sort –, cette communautĂ© relĂšve d’un mĂ©lange entre l’esprit potache et l’anarchisme soixante-huitard. La devise du CafĂ© de la gare joue sur l’autodĂ©rision C’est moche, c’est sale, c’est dans le vent. » Sa troupe forme une bande de copains » formĂ©e au hasard des Ă©vĂ©nements de mai sans y avoir toujours participĂ© activement [27] ; elle joue des spectacles mi-Ă©crits mi-improvisĂ©s, suites de sketches loufoques comme Des boulons dans mon yaourt collectif, 1970, Le Jaune devant le marron derriĂšre collectif, 1973, Les Semelles de la nuit Romain Bouteille, 1974, Le Graphique de Boscop Sotha, 1975-1976. 16Le Graphique de Boscop est une piĂšce puis un film-culte, sorti en 1976, assez reprĂ©sentative d’un cafĂ©-théùtre, certes burlesque, mais aussi politiquement incorrect, s’affranchissant volontiers des normes artistiques. L’argument de Boscop est d’une loufoquerie Ă  la Pierre Dac, mais il rappelle aussi dans un genre diffĂ©rent les dĂ©sopilants Shadoks [28] de la tĂ©lĂ©vision c’est l’histoire de la famille Dindon, une famille de prolĂ©taires un peu ahuris dont le pĂšre est Ă©boueur et inventeur d’une machine qui a de commun avec Potemkine qu’elle est la voix du peuple », en fait une machine-Ă -faire-des-chansons-Ă -succĂšs, et dont le fils est un dĂ©bile social qui se rĂ©vĂšle un gĂ©nie des mathĂ©matiques. Le succĂšs de ces spectacles est tel que le cafĂ©-théùtre devient presque une institution dans la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1970 en 1974 se produit la troupe du Splendid, qui crĂ©e en 1977 avec une bande de joyeux drilles plutĂŽt issus des beaux quartiers, Amours, coquillages et crustacĂ©s, adaptĂ© en 1978 au cinĂ©ma sous le titre Les BronzĂ©s. 17Autre succĂšs du cafĂ©-théùtre, celui des humoristes Patrick Font et Philippe Val [29], qui se produisent au dĂ©but des annĂ©es 1970 au Théùtre de Dix Heures et inventent une sorte de cabaret gauchiste », mĂȘlant rĂ©flexions politiques, critiques de la sociĂ©tĂ© du spectacle et humour graveleux. Le duo, qui sĂ©duit un public de lycĂ©ens et d’étudiants bien au-delĂ  du militantisme gauchiste, fonde une troupe installĂ©e au Vrai Chic parisien Sainte-Jeanne du Larzac en 1974. Les deux compĂšres, en dĂ©pit de leurs provocations, n’en sont pas moins remarquĂ©s par certains mĂ©dias l’imitateur Thierry Le Luron, plutĂŽt classĂ© Ă  droite, invite Patrick Font dans son Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e dominicale de grande audience de janvier Ă  juin 1973 et JosĂ© Artur sur France Inter programme quelques sketches ou chansons. 18D’une façon gĂ©nĂ©rale, la chanson française engagĂ©e » de l’aprĂšs-68 [30] n’est pas tout Ă  fait Ă  l’unisson du cafĂ©-théùtre. Elle n’est pas spĂ©cialement humoristique, mais plutĂŽt poĂ©tique et parfois lyrique Paris mai de Claude Nougaro, Au printemps de quoi rĂȘvais-tu ? de Jean Ferrat, Comme une fille de LĂ©o FerrĂ©, Le Temps de vivre de Georges Moustaki. Elle participe aussi du renouveau d’un folk song contestataire, inspirĂ© des modĂšles anglo-saxons et qui sĂ©duit plusieurs gĂ©nĂ©rations. Ancien ouvrier de Renault, François BĂ©ranger connaĂźt un certain succĂšs avec ses Tranches de vie 1969, qui rĂ©sument sur une musique country l’itinĂ©raire d’un prolĂ©taire nĂ© en 1937, de la guerre d’AlgĂ©rie Ă  Mai 68. NĂ© en 1949 dans un milieu plus intellectuel, Maxime le Forestier est renvoyĂ© du lycĂ©e Condorcet avant les Ă©vĂ©nements de mai et se lance dĂšs 17 ans dans le cabaret rive gauche ». Au dĂ©but des annĂ©es 1970, il apparaĂźt comme le porte-parole de la gĂ©nĂ©ration lycĂ©enne post-68, romantique et baba cool », dĂ©jĂ  Ă©cologiste, toujours rĂ©voltĂ©e mais aussi un peu dĂ©sabusĂ©e. Le troubadour barbu critique l’armĂ©e dans Parachutiste, dans un genre antimilitariste assez classique qui lui vaut une interdiction Ă  la radio ; dans la chanson Comme un arbre, il fait sienne la gĂ©nĂ©ration nĂ©e dans les grands ensembles et le bĂ©ton. Enfin c’est Renaud, nĂ© en 1952 mais dĂ©jĂ  actif sur les barricades de mai [31], qui apparaĂźt au milieu des annĂ©es 1970 comme un Gavroche folk, quelque part entre BĂ©ranger, Bruant et Bob Dylan. Dans Camarade bourgeois, il tourne en dĂ©rision les fils Ă  papa », dans Jojo le dĂ©mago, le prĂ©sident des gogos
 qu’a trahi les prolos », dans Amoureux de Paname les Ă©cologistes du sam’di soir ». Hexagone 1975 dĂ©nonce Ă  la fois le populisme ambiant et la sociĂ©tĂ© de consommation, non sans revisiter l’histoire de France la RĂ©volution de 1789, Vichy, Charonne, Mai 68
. Le Roi des cons, sur son trĂŽne, il est Français ça j’en suis sĂ»r », chante Renaud dans une veine libertaire qui va en partie assurer son succĂšs. 19Renaud devient le porte-parole d’un puissant courant anti-autoritaire, qui traverse les annĂ©es 1970. On retrouve largement ce courant dans la presse de la contre-culture, associĂ© Ă  des thĂšmes plus spĂ©cifiques l’écologie, le pacifisme, la sexualitĂ©, la drogue. L’humour et la dĂ©rision constituent de ce point de vue des armes redoutables. Ainsi, la presse gauchiste la plus radicale n’a jamais dĂ©daignĂ© la caricature, Ă  travers les dessins de Willem dans L’EnragĂ©, de GĂ©bĂ© dans Politique Hebdo, sans compter tous ceux publiĂ©s dans Action, Tout ou L’Idiot. Mais y a-t-il eu en France une presse qui aurait plus cultivĂ© la satire et la dĂ©rision que l’engagement politique d’extrĂȘme gauche ? Il faudrait en fait distinguer plusieurs types de publications de la contre-culture. Beaucoup sont Ă©phĂ©mĂšres et se rĂ©sument Ă  des tracts, des numĂ©ros ronĂ©otypĂ©s, notamment lycĂ©ens ; quelques-unes tentent de poursuivre l’expĂ©rience d’un journalisme de combat, jusqu’à la crĂ©ation du quotidien LibĂ©ration en 1973 [32] ; un certain nombre dĂ©fend des causes quasi communautaristes fĂ©ministes, homosexuelles, rĂ©gionalistes, Ă©cologistes ainsi La Gueule ouverte [33] ou rĂ©gĂ©nĂšrent une tradition satirique plus ancienne comme Hara-Kiri et Charlie Hebdo ; enfin dans un genre nettement plus anglo-saxon, le magazine Actuel imite l’underground free press nĂ©e au milieu des annĂ©es 1960, avec comme modĂšles OZ ou International Times en Angleterre, Rolling Stone aux États-Unis [34]. 20Hara-Kiri, le journal bĂȘte et mĂ©chant » est nĂ© bien avant 1968 [35] c’est en septembre 1960 que François Cavanna et Georges Bernier le professeur Choron » lancent ce mensuel satirique. On y trouve dĂ©jĂ  des dessins de Cabu, Reiser, Wolinski, Topor et Hara-Kiri devient cĂ©lĂšbre en raison de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec la justice. Il y dĂ©veloppe un humour Ă  la fois anarchiste, subversif et amoral, Ă  base de scatologie et de situations salaces, de blagues de mauvais goĂ»t, de dĂ©tournements provocateurs de la culture de masse la publicitĂ©, le roman-photo. Hara-Kiri est sans doute le journal qui Ă©rige le mauvais goĂ»t et la provocation antibourgeoise Ă  un degrĂ© extrĂȘme sinon extrĂ©miste pour l’époque. Pour ses lecteurs d’avant-68, qui s’expriment aujourd’hui sur les forums Internet, il apparaĂźt que Mai 68 n’aurait pu avoir lieu sans Hara-Kiri ou du moins que le journal bĂȘte et mĂ©chant entre pour une grande part dans le souffle libertaire – et libertin ? – qui anime Mai 68 et les annĂ©es qui suivent. Alors s’agit-il une fois de plus d’une reconstruction un peu nostalgique, comparable Ă  celle qui a touchĂ© le rock ainsi Serge July dĂ©clarant vingt ans aprĂšs Mai 68 qu’il n’y aurait pas eu de Mai 68 sans le rock [36]. C’est possible, mais le groupe de presse Hara-Kiri les Éditions du Square, profite incontestablement de l’effet 68. Le 3 fĂ©vrier 1969 Cavanna lance Hara-Kiri Hebdo qui devient L’Hebdo Hara-Kiri en mai 1969, avec une Ă©troite collaboration de dessinateurs satiriques, le Hollandais Willem un ancien provo, Wolinski, Cabu, Reiser, GĂ©bĂ©. Cavanna croit nĂ©cessaire de publier une charte de Hara-Kiri Hebdo et rappelle les principes qui fondent la ligne Ă©ditoriale de ce journal il faut ĂȘtre fidĂšle Ă  la laĂŻcitĂ©, Ă  la dĂ©fense de l’écologie, aux idĂ©aux des LumiĂšres, aux droits de l’homme, Ă  la lutte contre le racisme et l’antisĂ©mitisme et Ă  la dĂ©nonciation de la cruautĂ© contre les animaux. Ce n’est pas tout Ă  fait un programme rĂ©volutionnaire ou mĂȘme libertaire, mais plutĂŽt un programme rĂ©publicain tout n’est donc pas permis dans le registre de la dĂ©rision ! Pourtant, la premiĂšre interdiction tombe en novembre 1969 pour pornographie et en novembre 1970, Ă  la mort du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, L’Hebdo titre Bal tragique Ă  Colombey 1 mort [37] ». Le journal est Ă  nouveau interdit par les services du ministre de l’IntĂ©rieur, Raymond Marcellin – lequel fait aussi annuler des festivals pop, puis interdire des organisations gauchistes, ce qui en fait la bĂȘte noire de la presse alternative [38]. Nullement dĂ©couragĂ©, Cavanna lance Charlie Hebdo, plus politisĂ© avec Delfeil de Ton comme chroniqueur et qui dure dans sa formule d’origine de 1970 Ă  janvier 1982, tandis que Hara-Kiri reparaĂźt ensuite dans une formule mensuelle, proche de celle d’avant 1969. 21L’une des consĂ©quences du succĂšs de ces publications – et tout particuliĂšrement de Charlie Hebdo – est l’évolution du genre de la bande dessinĂ©e, jusque-lĂ  bien cadrĂ© par la loi de 1949 et sagement reprĂ©sentĂ© en France par Pilote, dirigĂ© par RenĂ© Goscinny, l’un des pĂšres d’AstĂ©rix. C’est dans ce journal destinĂ© aux enfants et adolescents que la plupart des auteurs de BD ont fait leurs classes, comme Cabu ou Reiser, et l’historien de l’humour ne peut ignorer l’influence d’un esprit Pilote » sur la jeune gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 1960. Pilote ne s’émancipe vĂ©ritablement qu’à partir de 1968, sans pour autant se mettre hors la loi – le pĂšre fondateur veille au grain, jusqu’à sa mort en 1977. Ainsi Marcel Gotlib crĂ©e-t-il entre 1968 et 1972 la Rubrique Ă  Brac, savoureux mĂ©lange de parodie, de dĂ©rision et d’absurde, bien dans l’esprit du temps, qui succĂšde aux sages Dingodossiers, scĂ©narisĂ©s par Goscinny. Mai 68 est passĂ© par lĂ  et Pilote change incontestablement de ton les jeunes lecteurs de l’époque s’en aperçoivent ! Toutefois, ses collaborateurs se sentent encore bridĂ©s Gotlib fonde en 1972 L’Écho des savanes avec Mandryka et Claire BrĂ©techer trimestriel puis mensuel puis en 1975 le trimestriel Fluide glacial, sorte de version pour adultes de Pilote avec la mention rĂ©servĂ© aux adultes » et vĂ©ritable pĂ©piniĂšre de talents Binet, par exemple. 22Actuel est d’une nature un peu diffĂ©rente. Ce journal est fondĂ© en 1970 par Jean-François Bizot [39], Michel-Antoine Burnier et Bernard Kouchner sur une plateforme dite underground, en rĂ©fĂ©rence Ă  la contre-culture d’origine anglo-saxonne. Le journal connaĂźt son apogĂ©e entre 1971 et 1973, en reprenant un slogan censĂ© fĂ©dĂ©rer les hippies et les gauchistes Sexe, rock ’n’ roll, drogue, fĂȘte et rĂ©volution ». Aux États-Unis, cette hybridation a produit les yippies de Jerry Rubin, un mouvement trĂšs radical mais ouvert Ă  toutes les influences de la rock culture [40]. Il s’agit aussi, d’une certaine façon, de passer de LĂ©nine Ă  Lennon [41] ». Une des couvertures d’Actuel donne le menu sociologique de la rĂ©volution pour le plaisir » et rĂ©unit dans un mĂȘme Ă©lan le hippie-baba-cool, l’étudiant-gauchiste et le prolĂ©taire-ouvrier [42]. Les thĂšmes privilĂ©giĂ©s du journal sont le rock, le fĂ©minisme tendance MLF, la drogue, l’homosexualitĂ©, la libĂ©ration sexuelle, le voyage Ă  Katmandou, souvent traitĂ©s avec une dose d’humour et accompagnĂ©s de dessins, notamment ceux de l’AmĂ©ricain Robert Crumb. Jean-François Bizot considĂšre qu’Actuel se situe dans la continuitĂ© non politique du dĂ©lire de Mai 68 [43] ». La premiĂšre formule du magazine ne rĂ©siste en fait qu’un an au giscardisme et Ă  la sociĂ©tĂ© libĂ©rale avancĂ©e. Selon Bizot, le dĂ©ferlement de l’érotisme au milieu des annĂ©es 1970 et la banalisation des thĂšmes de la contre-culture ont rendu le journal sans objet, d’autant que la crise Ă©conomique a fait disparaĂźtre ce qui restait d’insouciance et de lĂ©gĂšretĂ© dans les utopies cas Coluche23À ce stade de notre Ă©tude, alors que la crise Ă©conomique commence Ă  s’inscrire dans le paysage politique et social, le retour Ă  Coluche s’impose. On retrouve d’abord le chansonnier au cƓur de quelques expĂ©riences libertaires post-68, Le cafĂ© de la gare, L’An 01 et l’équipe de Hara-Kiri/Charlie Hebdo. Pourtant, Michel Colucci, ce fils d’un immigrĂ© italien, nĂ© en 1944, sans autre diplĂŽme qu’un certificat d’études, est paradoxalement passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de Mai 68, en spectateur amusĂ©. Il raconte avec un Ă©vident sens de la dĂ©rision son expĂ©rience – il se produisait alors dans les cabarets de la Montagne Sainte-GeneviĂšve – des rĂ©unions d’artistes J’ai pris un pied terrible aux rĂ©unions de comĂ©diens Ă  la Sorbonne. J’ai vu des mecs qui sont devenus rĂ©volutionnaires en trente secondes. Y’avait des spectacles gratuits, pour le peuple, et la caractĂ©ristique de ces spectacles, c’était le nombre de ringards, des mecs qui avant la rĂ©volution ne chantaient nulle part, on pouvait plus les sortir de scĂšne. Ils y tenaient des heures et des heures. Y chantaient tous, les mecs [44]. » D’aprĂšs ses biographes [45], une anecdote est significative. InterpellĂ© sans ses papiers d’identitĂ©, le 12 juin 1968 Ă  19 h 30 boulevard Beaumarchais, oĂč a lieu une manifestation, il dĂ©clare le procĂšs-verbal a Ă©tĂ© exhumĂ© ! J’allais chez Paul Beuscher pour chercher des cordes pour ma guitare. Je ne manifeste pas. » 24Quoi qu’il en soit, aprĂšs son succĂšs au cafĂ©-théùtre, Coluche devient au milieu des annĂ©es 1970 une grande vedette de la culture de masse [46], Ă  la fois clown et chansonnier, auteur de sketches qui le propulsent en tĂȘte d’affiche Ă  l’Olympia, animateur de radio trĂšs populaire et provocateur sur Europe n° 1 et RMC, comĂ©dien de cinĂ©ma, tout en poursuivant sa collaboration avec la contre-culture anarchisante il pose pour de nombreuses couvertures salaces de Hara-Kiri, collabore Ă  Charlie Hebdo. Il semble surtout que Coluche a Ă©tĂ© capable de marier de multiples traditions populaires, celles du cirque, du music-hall, du cabaret, avec un sens aigu du social, avec ses sketches sur le racisme, sur les Français moyens, sur le sport, les mĂ©dias. Son goĂ»t pour la provocation et la vulgaritĂ©, loin de n’amuser qu’une Ă©lite complice, plaĂźt au plus grand nombre, ce qui lui ouvre la porte de tous les mĂ©dias, sans exception, y compris la tĂ©lĂ©vision publique. Il s’agit aussi pour Coluche de faire reculer les frontiĂšres de l’humour et de la dĂ©rision, dans une attitude de transgression des barriĂšres respectables de l’humour. Tout est possible on peut rire de tout et sans tabous, y compris bien entendu de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative. 25En projetant de se prĂ©senter aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 1981, l’humoriste, dans un acte aussi pataphysique que situationniste, se situe certainement dans la vieille perspective du bouffon du roi, mais il apparaĂźt aussi comme le reprĂ©sentant – peut-ĂȘtre le dernier du genre – d’un certain esprit de Mai ». Ce n’est pas un hasard si l’idĂ©e de la prĂ©sidentielle vient de son ami Romain Goupil, comĂ©dien et cinĂ©aste, qui lui Ă©crit une partie de ses textes pour la radio. Or, Goupil est un ex-militant d’extrĂȘme gauche, l’un des fondateurs des ComitĂ©s Vietnam lycĂ©ens dans les annĂ©es 1967-1968, Ă  la tĂȘte des ComitĂ©s d’action lycĂ©enne en 1968, membre de la JCR d’Alain Krivine et le rĂ©alisateur de Mourir Ă  30 ans 1982, film oĂč il revient sur le suicide de son compagnon de lutte Michel Recanati. 26Le programme Ă©lectoral bleu blanc merde » de Coluche [47] est un manifeste-canular Ă  mi-chemin entre l’anarchisme bon enfant, le gag potache et l’inventaire Ă  la PrĂ©vert version Charlie. Il n’est pas sans rappeler Ă  travers ses slogans – il est le seul candidat qui n’a pas besoin de mentir » – Alphonse Allais et son Captain Cap 1902, satire caustique et fantaisiste du monde politique. Certes, cette candidature dĂ©plaĂźt dans l’ensemble au gauchisme pur et dur, mais elle a tout de mĂȘme le ferme soutien des journaux de la contre-culture, tels Hara-Kiri et Charlie Hebdo, qui publient le manifeste Ă©lectoral du candidat. Elle peut aussi compter sur LibĂ©ration, le quotidien s’étant en 1978 Ă©loignĂ© du gauchisme pour devenir un quotidien politique et culturel gĂ©nĂ©raliste dans le vent ». Le Nouvel Observateur, encore mal remis de l’éviction de Michel Rocard Ă  la candidature prĂ©sidentielle lui consacre sa une, mais fait vite machine arriĂšre. À cette presse de gauche se joint une partie de la jeunesse lycĂ©enne et Ă©tudiante, d’un certain nombre d’artistes du showbiz et de la chanson. Dans le ComitĂ© de soutien Ă  la candidature de Coluche [48], on est assez peu Ă©tonnĂ© d’y trouver Serge July, Jean-Luc Godard, Romain Bouteille ou Daniel Cohn-Bendit mais un peu plus surpris de voir qu’un certain nombre d’intellectuels tels Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze ou FĂ©lix Guattari soutiennent cette candidature atypique. Le soutien d’un Bourdieu [49] s’explique par le fait que le sociologue dĂ©clare ne pas aimer les partis politiques », mais aussi parce qu’il croit trĂšs sĂ©rieusement aux vertus citoyennes de la sociĂ©tĂ© civile », dont Coluche est alors pour lui le meilleur reprĂ©sentant. À tel point d’ailleurs qu’avec 12 % et mĂȘme 16 % dans certains sondages d’intentions de vote, Coluche se prend au jeu et donc au sĂ©rieux ; il fait peur aux politiques et suscite contre lui une campagne de presse soigneusement orchestrĂ©e. Lorsqu’il se retire de la course en avril 1981, Pierre Bourdieu lui-mĂȘme stigmatise les professionnels de la politique qui ont refusĂ© Ă  ce casseur de jeu le droit d’entrĂ©e, que les profanes lui accordaient massivement ». Face au danger potentiel que reprĂ©sente cette candidature atypique, le pouvoir – Ă  gauche comme Ă  droite, car Coluche a inquiĂ©tĂ© tous les appareils – reprend la main, un peu comme il a pu le faire en Mai 68, c’est-Ă -dire sans mĂ©nagement, en mettant en avant la dĂ©fense des valeurs dĂ©mocratiques et celle des institutions – et surtout la sacro-sainte fonction prĂ©sidentielle. C’est aussi l’analyse d’Arnaud Mercier, pour lequel le cas Coluche illustre parfaitement ce qui peut advenir lorsqu’un bouffon outrepasse les limites Ă  l’intĂ©rieur desquelles il a traditionnellement le droit de tout dire et de tout faire [50] ». En fait, Coluche est Ă  son tour la victime du processus de dĂ©rision qu’il avait cru pouvoir contrĂŽler se sentant rabaissĂ©s et humiliĂ©s, les gens sĂ©rieux » fourbissent les mĂȘmes armes ironie, mĂ©pris, coups bas pour disqualifier l’ l’éclat de rire au grand cauchemar » ?27L’échec du candidat Coluche marque t-il alors la fin d’une certaine forme de dĂ©rision post-68, celle d’une contre-culture protĂ©iforme, dont l’humour masquerait la vacuitĂ© intellectuelle et artistique [51] ? Il est devenu assez courant depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980 de tourner en dĂ©rision la pensĂ©e 68 » et de la rendre responsable de la confusion des valeurs, du nivellement par le bas et de la dictature du tout culturel » [52]. D’une certaine façon, les annĂ©es 1980 apparaissent comme une concrĂ©tisation de certains idĂ©aux de Mai, alors que les soixante-huitards sont passĂ©s allĂšgrement du col Mao au Rotary [53] » et se retrouvent dans les allĂ©es du pouvoir l’écologie politique fait une percĂ©e notable, les valeurs hĂ©donistes n’ont jamais Ă©tĂ© aussi partagĂ©es et revendiquĂ©es, les Ă©tudiants nĂ©s en 1968 occupent de nouveau les rues en 1986, contre le projet de loi Devaquet, tandis que la libĂ©ralisation des ondes provoque une vĂ©ritable flambĂ©e libertaire. Ainsi la radio libre » Carbone 14 Ă  Paris fait-elle de la dĂ©rision un succĂšs d’audience [54] elle adopte entre 1981 et 1983 un ton dĂ©calĂ©, mĂ©lange d’esprit Hara-Kiri, d’humour Ă  la Coluche et de cafĂ©-théùtre dĂ©jantĂ©. Les animateurs comme les auditeurs de cette station Ă©phĂ©mĂšre ne sont plus des soixante-huitards », mais des jeunes nĂ©s Ă  la fin des annĂ©es 1950, qui ont baignĂ© dans l’atmosphĂšre particuliĂšre des annĂ©es 1970 ils ont Ă©tĂ© baba-cool » puis punk ». À la fin des annĂ©es 1980, c’est cette mĂȘme gĂ©nĂ©ration post-68 qui fait le succĂšs des Ă©missions parodiques sur Canal +, d’abord Les nuls » 1987-1988, puis Les guignols de l’info » Ă  partir de 1988. La satire de la tĂ©lĂ©vision comme de la politique – et plus largement de la sociĂ©tĂ© du spectacle » n’est certes pas nouvelle, mais elle est porteuse d’une forme de dĂ©rision postmoderne », qui ne se fixe plus de limites. Il devient interdit d’interdire » dans certains mĂ©dias audiovisuels, qui ont compris tout le bĂ©nĂ©fice qu’ils pouvaient tirer de ces formes de provocation. C’est le triomphe d’un rire qui contribuerait selon le sociologue Paul Yonnet Ă  l’installation d’un nouvel ordre moral mĂ©diatique [55] », qui domine tout particuliĂšrement les shows tĂ©lĂ©visĂ©s. Selon Paul Yonnet ce comique consiste Ă  ĂȘtre cynique, amoral, grossier, ordurier, anticlĂ©rical, de s’avouer cruel, alcoolique, obsĂ©dĂ© sexuel, de dĂ©tester la religion, de dĂ©fendre le droit de tricher [
] de se moquer des Juifs comme des paysans normands
 » Ce que dĂ©nonce – ou constate simplement – le sociologue, c’est le moment oĂč les tĂ©lĂ©spectateurs complices des shows mĂ©diatiques ne savent plus prendre la distance indispensable que requiert la caricature ou l’humour et considĂšrent le dĂ©dain et le mĂ©pris comme les formes normales des relations humaines et sociales. Les hommes politiques eux-mĂȘmes s’en rendent complices, participant aux Ă©missions les plus racoleuses, lançant des bons mots » ou des calembours de plus en plus douteux. Quant aux anciens papes de la contre-culture, ils cultivent la nostalgie distante des valeurs libertaires, qu’il convient surtout de ne plus prendre au sĂ©rieux [56]. C’est le conformisme de l’irrĂ©vĂ©rence, la banalisation du rire, aussi provocateur soit-il, et d’une certaine façon aussi l’entrĂ©e en dĂ©rision » d’une sociĂ©tĂ© en plein vide critique ». Rendre Mai 68 seul responsable de ces dĂ©rives apparaĂźt tout aussi excessif que de lui imputer la perte de l’autoritĂ© des familles, de l’École ou de l’État. La sociĂ©tĂ© des annĂ©es 1980-1990 est devenue de fait plus Ă©clatĂ©e, plus individualiste, attachĂ©e au bien-ĂȘtre et au paraĂźtre, faisant de la dĂ©rision une valeur quasi consensuelle et donc sans aucune force vĂ©ritablement subversive. Les engagements collectifs aussi ont changĂ© de nature les grandes causes humanitaires, fortement mĂ©diatisĂ©es, ont remplacĂ© les idĂ©ologies. Sur fond de crise Ă©conomique et de montĂ©e de la pauvretĂ©, Coluche crĂ©e Les restos du cƓur » en 1985, comme rĂ©ponse au mal ĂȘtre social. L’évĂ©nement n’est plus du domaine de la contre-culture il est mĂ©diatisĂ© par TF1 aux heures de grande Ă©coute, rĂ©unissant en direct une plĂ©iade de chanteurs de variĂ©tĂ©, de sportifs, de comĂ©diens, d’animateurs de radio et de tĂ©lĂ©vision, d’hommes politiques [57]. C’est, pour reprendre l’expression de François Cusset, le grand cauchemar [58] » d’une fin de siĂšcle qui semble avoir enterrĂ© les rĂȘves de 1968, sans en assumer pleinement l’hĂ©ritage [59]. Notes [1] Georges Minois, Histoire du rire et de la dĂ©rision, Paris, Fayard, 2000, p. 510-579. Il s’agit de l’une des seules synthĂšses historiques sur le sujet. [2] Revue semestrielle publiĂ©e par l’Association pour le dĂ©veloppement des recherches sur le comique, le rire et l’humour CORHUM et le Centre de recherche interdisciplinaire sur l’humour CRIH – Paris-VIII. [3] L’historien du culturel trĂšs contemporain travaille sur un terrain saturĂ© de sources tĂ©moignages, analyses socio-historiques, philosophiques, journalistiques, productions mĂ©diatiques de toute nature. Il est aussi prisonnier des mĂ©moires gĂ©nĂ©rationnelles », y compris parfois de la sienne. Les outils mĂ©thodologiques se consolident depuis une vingtaine d’annĂ©es mais les piĂšges demeurent nombreux. [4] Gilles Lipovetsky, L’Ère du vide, essais sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, 1983 ; Gilles Lipovetsky a prolongĂ© sa rĂ©flexion dans Le Bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006. [5] La dĂ©rision est une attitude plus nettement mĂ©prisante que l’humour. Il existe en effet dans la dĂ©rision une dimension critique qui n’est plus tout Ă  fait celle du dĂ©tachement humoristique, dans la mesure oĂč l’on cherche Ă  rendre un fait ou un personnage insignifiant. Elle tend Ă  devenir, selon Arnaud Mercier un redoutable instrument de jugement social, de dĂ©foulement et d’agression [
] mais aussi parfois d’innovation, car en contestant on s’affirme et on s’oppose Ă  des codes existants pour en proposer d’autres » Arnaud Mercier, Pouvoirs de la dĂ©rision, dĂ©rision des pouvoirs », HermĂšs, dossier DĂ©rision-Contestation », 29, 2001. Lorsqu’elle se fait catharsis, elle peut se rĂ©vĂ©ler une salutaire purgation, au sens aristotĂ©licien du terme. Selon Christian SavĂšs, elle est une des catĂ©gories fondamentales de l’expĂ©rience humaine » et une dimension essentielle de la conscience historique » Christian SavĂšs, Éloge de la dĂ©rision, une dimension de la conscience humaine, Paris, L’Harmattan, 2007. Pour certains mĂ©decins et psychologues, elle est aussi une expression psychotique, au sens oĂč son emploi permet d’annuler la portĂ©e de ce qui est exprimĂ© ou montrĂ© et de neutraliser l’autre » par le mĂ©pris ou l’humiliation. [6] Notons que pour d’autres pĂ©riodes historiques par exemple le Moyen Âge, la dĂ©rision devient un sujet majeur de recherche, lire notamment Élisabeth Crouzet-Pavan et Jacques Verger dir., La DĂ©rision au Moyen Âge de la pratique sociale au rituel politique, Paris, Publication de la Sorbonne, 2007. Les auteurs montrent que la dĂ©rision est une arme redoutable d’humiliation et de disqualification, trĂšs codifiĂ©e Ă  l’époque mĂ©diĂ©vale. [7] Henri Cartier-Bresson, Rue de Vaugirard, Paris, mai 1968. [8] Votez Coluche », bourse du travail de Lyon, du 18 au 23 dĂ©cembre 1980, 21 heures. [9] Pour reprendre l’expression de l’ouvrage polĂ©mique de Luc Ferry et d’Alain Renaut, La PensĂ©e 68, essai sur l’anti-humanisme contemporain, Paris, Gallimard, Folio », 1988. [10] Un roman trĂšs autobiographique publiĂ© au Seuil en 2002. [11] On pense aux grandes fĂȘtes antiques ou mĂ©diĂ©vales comme les Saturnales romaines, les fĂȘtes des fous, de l’ñne, aux carnavals. Lire aussi Élisabeth Crouzet-Pavan et Jacques Verger dir., op. cit. Toutefois, il faut se garder de rĂ©duire Mai 68 Ă  une grande fĂȘte estudiantine, au risque d’un contresens total sur la nature politique et sociale du mouvement. [12] Ronald Landheer, L’humour contestataire les slogans de 1968 », Humoresques, 19, janvier 2004. [13] Bernard Brillant, Les Clercs de 68, Paris, PUF, 2003. [4] Action est une publication nĂ©e le 5 mai 68 et qui survit un peu plus d’un an de maniĂšre Ă©pisodique. Y participent notamment certains fondateurs d’Actuel mais aussi de LibĂ©ration. [15] Journal de la Nouvelle Gauche anglaise fondĂ© en mai 1968 par Tariq Ali. Ouvert Ă  la contre-culture pop il considĂšre Mick Jagger comme l’égal de Marx et d’Engels Black Dwarf du 27 octobre 1968. De nombreux intellectuels de gauche y Ă©crivent librement, comme le dramaturge David Mercer, l’historien Eric Hobsbawm. [16] Guy Debord, Mode d’emploi du dĂ©tournement », Les LĂšvres nues, 8, mai 1956. Une autre forme de dĂ©tournement est celle des mots, initiĂ©e par l’Oulipo dans les annĂ©es 1960 et dont on ne peut sous-estimer la posture de dĂ©rision », mĂȘme si le lien avec Mai 68 n’est pas Ă©vident Ă  Ă©tablir. [17] [18] Allusion Ă  la cĂ©lĂšbre Ă©mission pour enfants des annĂ©es 1960. [19] Gulliver, 1, novembre 1972. En dĂ©cembre 1971 paraĂźt L’Antinorm, revue du FHAR. [20] Jean-Paul Sartre est le directeur de publication de ce bimensuel. [21] Roland Castro n’a toutefois pas abandonnĂ© la posture de dĂ©rision contre le politiquement correct » si l’on en croit les propositions prĂ©sidentielles de son Mouvement de l’utopie concrĂšte en 2007 http// www. utopiesconcretes. org/ . [22] Le festival RĂ©sistances » de Tarascon-sur-AriĂšge avait pour thĂšme de son millĂ©sime 1998 68 n’est pas fini », avec une programmation cinĂ©matographique Ă©clectique. [23] La Dialectique peut-elle casser des briques ? n’est qu’un exemple parmi les nombreux dĂ©tournements situationnistes de films orientaux, dont le sinologue RenĂ© ViĂ©net est le spĂ©cialiste, ainsi L’Aubergine est farcie, Une soutane n’a pas de braguette, Mao par lui-mĂȘme, Chinois, encore un effort pour ĂȘtre rĂ©volutionnaire, Du sang chez les taoĂŻstes, Dialogue entre un maton CFDT et un gardien de prison affiliĂ© au syndicat CGT du personnel pĂ©nitentiaire. La Dialectique est en visionnage libre sur http// www. ubu. com/ film/ vienet. html. [24] Thomas Genty, op. cit. [25] Réédition des planches de L’An 01 aux Ă©ditions L’Association 2000. Le film est alors un succĂšs public cent vingt-cinq mille spectateurs sur prĂšs de vingt semaines d’exploitation dans deux salles du Quartier Latin. [26] L’An 01 n’est pas une Ɠuvre situationniste, mais elle reprend Ă  son compte sans les prendre vraiment au sĂ©rieux toute une sĂ©rie de propositions situationnistes sur la libĂ©ration sociale. [27] On y voit notamment Romain Bouteille, Coluche, Henri Guybet, Sotha, Renaud SĂ©chan, Martin Lamotte, mais aussi le trio des Valseuses, Patrick Dewaere, Miou-Miou et GĂ©rard Depardieu. [28] Les Shadoks », ORTF, 1968-1969. [29] Philippe Val est actuellement le rĂ©dacteur en chef de Charlie Hebdo. [30] J. BĂ©reaud, La chanson française depuis Mai 68 », The French Review, 62 2, dĂ©cembre 1988. [31] On lui doit notamment la chanson CrĂšve Salope, composĂ©e dans la Sorbonne occupĂ©e, manifeste rageur contre l’autoritĂ© des parents et surtout des professeurs et des flics ». [32] F. Samuelson, Il Ă©tait une fois LibĂ©, Paris, Flammarion, Ă©d. rev. et corr., 2007. [33] La Gueule ouverte offre peut-ĂȘtre un intĂ©rĂȘt humoristique limitĂ©, mais il traduit bien les dĂ©buts de l’écologie politique. Son fondateur, Pierre Fournier, transfuge de Charlie Hebdo, imprime Ă  ce journal qui paraĂźt jusqu’en 1980 un ton dĂ©calĂ© et proche de la contre-culture. [34] Voir l’exposition The Sixties, annĂ©es utopies, 1962-1973, France/Grande-Bretagne », BDIC, 1996. [35] Alexandre Devaux, Hara-Kiri mensuel, le berceau de l’humour bĂȘte et mĂ©chant », Humoresques, 23, janvier 2006. [36] Ancien maoĂŻste et cofondateur de LibĂ©ration, Serge July a cherchĂ© dans les annĂ©es 1980 Ă  culturaliser » Mai 68 et Ă  pratiquer, selon les termes de François Cusset, la rĂ©duction rĂ©trospective de l’évĂ©nement social Ă  ses seuls avatars culturels » François Cusset, La DĂ©cennie le Grand Cauchemar des annĂ©es 1980, Paris, Albin Michel, 2006. De fait, lorsque July parle de Mai 68 comme d’une rĂ©volution rock » LibĂ©ration, hors sĂ©rie, mai 1988, L’album de nos 20 ans » , c’est oublier que les gauchistes français n’écoutaient pas beaucoup cette musique ou s’en cachaient. [37] Allusion au fait divers du dancing de Saint-Laurent-du-Pont, dĂ©but novembre, oĂč 156 jeunes gens trouvent la mort dans un incendie L’Hebdo Hara-Kiri, 94, 16 novembre 1970. [38] Raymond Marcellin, ministre de l’IntĂ©rieur de 1968 Ă  1974, procĂšde notamment en juin 1973 Ă  la dissolution de la Ligue communiste rĂ©volutionnaire. Il est souvent caricaturĂ© par la presse d’extrĂȘme gauche sous les traits d’un CRS, la matraque Ă  la main. [39] Jean-François Bizot, Free Press la contre-culture vue par la presse underground, Paris, Panama, 2006. Actuel renaĂźt dans les annĂ©es 1980 sur des bases postmodernes, nettement moins contre-culturelles. [40] Jerry Rubin, Do It, Paris, Seuil, Points », 1971. [41] L’ex-Beatles John Lennon est au dĂ©but des annĂ©es 1970 le symbole de la contre-culture anglo-saxonne, militant avec son Ă©pouse, l’artiste japonaise Yoko Ono, pour la paix dans le monde, tout en revendiquant ses origines de classe working class heroe. [42] Actuel, juin 1971. Le mĂȘme numĂ©ro consacre aussi un article au nouveau gauchisme » et Ă  VLR. [43] Apostrophes, Farceurs et pasticheurs », A2, 1er avril 1977. L’émission est intĂ©ressante Ă  plus d’un titre, les invitĂ©s Bory, Averty, Bizot revendiquant Ă  des degrĂ©s divers le droit Ă  l’humour et Ă  la rigolade » comme droit citoyen. [44] [45] Philippe Boggio, Coluche, l’histoire d’un mec, Paris, Flammarion, 2006. [46] Bertrand Lemonnier, Coluche, roi de l’époque », L’Histoire, 276, mai 2003. [47] Hara-Kiri, 231. [48] Charlie-Hebdo, 5 novembre 1980. [49] Ce soutien a Ă©tĂ© largement commentĂ©. Pierre Bourdieu s’en est beaucoup expliquĂ©, notamment dans l’émission de France Culture Les chemins de la connaissance » et ses entretiens avec Roger Chartier 1988. [50] Arnaud Mercier, op. cit. [51] Alain Finkielkraut a stigmatisĂ© dans l’émission Esprits libres » les ravages de l’humour coluchien et du on peut rire de tout », mais existe-t-il aujourd’hui en France l’équivalent d’un Coluche ? Esprits libres », France 2, le 2 mars 2007 [52] Luc Ferry et Alain Renaut, op. cit. ; Alain Finkielkraut, La DĂ©faite de la pensĂ©e, 1987. Les annĂ©es 1980 voient en effet l’extension du terme de culture Ă  tous les domaines de la vie quotidienne et de la production de masse. Une paire de bottes vaut Shakespeare », lance Finkielkraut dans un raccourci dĂ©risoire. [53] Guy Hocquenghem, Lettre ouverte Ă  ceux qui sont passĂ©s du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986. [54] France Culture, La Fabrique de l’Histoire », janvier 2007 Histoire des radios libres en France ». [55] Paul Yonnet, La planĂšte du Rire, sur la mĂ©diatisation du comique », Le DĂ©bat, mars-avril 1990. [56] Dans les annĂ©es 1980-1990, lorsque Jean-François Bizot relance Actuel, il contribue Ă  la nostalgie trĂšs fin de siĂšcle des annĂ©es 1970, dĂ©sormais distanciĂ©es et rĂ©habilitĂ©es, y compris sur le plan politique les annĂ©es Pompidou » et les annĂ©es Giscard ». [57] TF1, 26 janvier 1986. [58] François Cusset, op. cit. Cet ouvrage offre un panorama Ă©clatĂ© mais saisissant de la dĂ©cennie 1980 et de la fin des idĂ©ologies. [59] Jean-Pierre Le Goff, Mai 68, l’hĂ©ritage impossible, Paris, La DĂ©couverte, 2006. [*] AgrĂ©gĂ© de l’universitĂ© et docteur en histoire, Bertrand Lemonnier est professeur de chaire supĂ©rieure au lycĂ©e Louis-le-Grand Paris. Il a notamment participĂ© Ă  deux ouvrages sur Mai 68 Philippe ArtiĂšres et Michelle Zancarini-Fournel dir., 68, une histoire collective La DĂ©couverte, 2008, ainsi que Henri Rey et Jacques Capdevielle dir., Dictionnaire de Mai 68, Larousse, 2008. InvitĂ©par Brigitte Renedot, nouvelle administratrice de Kerazan, Alain Pompidou, fils de Claude et Georges Pompidou, Ă©tait au manoir,
Des images, des Ă©motions, une Ă©criture sensible aux aventures humaines 13h15, le samedi...» et 13h15, le dimanche...» proposent des histoires françaises, le feuilleton de la politique, les coulisses de la vie de tous les jours, les sagas familiales et les confidences des grands magazine de la rĂ©daction de France 2 au ton dynamique et dĂ©calĂ© sur l'actualitĂ©, l'air du temps et la sommaire ce dimanche 15 avril, "Georges et Claude Pompidou pour l'amour de l'Art", un document signĂ© Marie-Pierre Farkas, Jean-Marie Lequertier et Ghislain se sont aimĂ©s au premier regard. Cette rencontre dĂ©cisive dans un cinĂ©ma du quartier latin va sceller quarante et un ans de vie commune. Ensemble, ils vont grimper une Ă  une les marches du pouvoir. Ensemble ils feront face aux coups bas, au complot et Ă  la maladie qui emportera Georges Pompidou le 2 avril Pompidou vient de la Mayenne, Georges du Cantal. Ils partagent Ă  la fois l’amour de la campagne et l’envie de quitter la province pour monter Ă  ont eu la mĂȘme enfance studieuse, cherchant dans la lecture une ouverture sur le aimaient l’art et les artistes, Georges et Claude les ont beaucoup aidĂ©s. Aujourd’hui encore, leur nom est associĂ© au Centre qui accueille chaque annĂ©e plus de trois millions de Pompidou pensait qu’une vie remplie devait ĂȘtre un mĂ©lange d’Art, d’Amour et d’Action ; il a Ă©tĂ© exaucĂ©. Alain son fils, feuillette avec nous l’album de ses souvenirs de famille.
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